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Loi climat votée ce mardi : à Lyon, une grande "marche de sanction" prévue ce dimanche, décryptage

Ils réclament une "vraie loi climat". Une grande mobilisation est attendue dimanche à Lyon pour dénoncer le manque d'ambition de la loi climat débattue et adoptée en première lecture ce mardi à l'Assemblée nationale où seulement quelques propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat ont été reprises dans ce texte. Décryptage.

Le mot "déception" revient en boucle alors que la loi climat et résilience a été débattue et adoptée en première lecture ce mardi à l'Assemblée nationale. Pour beaucoup, pour les associations environnementales comme pour des institutions plus neutres comme le Haut conseil d'état pour le climat ou le Conseil d'Etat, le compte n'y est pas. Trop peu de propositions de l'ambitieuse Convention Citoyenne pour le Climat ont été vraiment reprises dans cette loi climat et résilience, beaucoup sont jugées insuffisantes. Ou alors avec trop d'exceptions, vidées de leur substance, qui rendent les mesures illisibles ou inefficaces. Pour limiter les effets du réchauffement climatique, la France a notamment comme objectif la réduction de 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 (par rapport aux niveaux d'émissions de 1990). Clairement, ce projet de loi ne permettra pas à la France de tenir ses engagements.

Ainsi, dimanche, à Lyon notamment, une grande marche est organisée "la marche d'après" pour dénoncer une loi au rabais. Une marche co-organisée par deux collectifs citoyens : Lyon Climat, une coalition de seize associations qui luttent pour la justice climatique à Lyon et qui organise notamment les marches pour le climat à Lyon depuis leur création et le collectif "Plus Jamais Ca Rhône", coalition d'associations écologistes, altermondialistes et de syndicats, crée en décembre 2020 et notamment connu pour une action contre l'implantation d'un entrepôt d'Amazon vers l'aéroport de Lyon.


"Le gouvernement ne fait que de la communication" Charles de Lacombe, porte-parole de Lyon Climat


"Le gouvernement a déclaré son intention de faire une loi climat ambitieuse, ce qui était demandé par un certain nombre d'organisations depuis déjà des dizaines d'années. La Loi Climat devait être LA grande occasion du quinquennat d'Emmanuel Macron de lancer la transition écologique en France. Malheureusement, énormément d'acteurs, des ONG mais aussi des institutions comme le Haut Conseil pour le Climat le Conseil d'Etat ont donné un avis extrêmement négatif sur ce projet de loi climat, pointant qu'il ne permettait pas d'atteindre les objectifs d'ici 2030. Or, 2030 c'est demain", regrette Charles de Lacombe, porte-parole du collectif Lyon Climat. La marche de dimanche, c'est une "marche de sanction" selon lui, car "le gouvernement ne fait malheureusement que de la communication".

La rénovation des passoires thermiques, l'interdiction de la publicité dans l'espace public extérieur, l'interdiction des vols internes pour les trajets pouvant être faits en train en moins de 4h sont notamment des propositions défendues par les association environnementales. Ou encore empêcher les aménagements de zones commerciales péri-urbaines.

La manifestation à Lyon le 21 septembre 2019, @Lucas Lemmel / Lyon Climat

La loi débattue ce mardi est jugée bien peu ambitieuse. Par exemple, le projet de loi prévoit l’interdiction des lignes aériennes intérieures lorsqu’il existe une alternative en train en moins de deux heures et demie, à l’exception des correspondances. "On a plein de lignes intérieures, des Paris-Nice, des Paris-Marseille, qui ont des alternatives en train, qui peuvent aisément être remplacées. La convention citoyenne pour le climat avait demandé à ce que tous les trajets qui peuvent se faire en moins de 4h en train ne puissent pas être faits au niveau national en avion. Cela fait sens. Finalement, ce qui a été retenu, ce sont les trajets de 2h30 et moins, ce qui laisse sur le carreau la quasi totalité des liaisons aériennes les plus utilisées en France, dont la plus grosse Paris-Marseille. Ca se fait en moins de 3h en TGV", regrette Charles de Lacombe, porte-parole de Lyon Climat.

"C'est la même chose pour les extensions d'aéroports. Il y a une interdiction de façade mais qui laisse suffisamment d'exceptions pour que dans les 10 grands projets d'extensions d'aéroports actuels, 2 seulement vont être interrompus. Tous les autres passent entre les mailles du filet", poursuit le militant écologiste.


"Il n'y a pas de justice climatique sans justice sociale" Laure Tomczyk, porte-parole de "Plus jamais ça Rhône"


Dimanche, la marche sera coorganisée par le collectif "Plus jamais ça Rhône" qui travaille notamment sur le rapprochement entre les combats sociaux et écologiques". "La justice sociale et la justice climatique sont indissociables, explique Laure Tomczyk, militante de la FSU (fédération syndicale unitaire) et porte-parole du collectif "Plus Jamais Ca Rhône". "Les préoccupations climatiques peuvent paraître parfois bien éloignées des situations de vie quotidiennes que subissent les plus défavorisés. Je le vois en tant que fonctionnaire, la casse du service public opérée par tous les gouvernement successifs, cela fragilise ceux qui sont déjà les plus précaires. Il n'y a pas de justice sociale sans justice climatique et il n'y a pas de justice climatique sans justice sociale", explique-t-elle.

Son collectif dénonce notamment l'implantation d'un entrepôt logistique de 160 000 mètres carrés du géant du e-commerce Amazon qui pourrait voir le jour près de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry, à Colombier-Saugnieu (Rhône). "Le fait par exemple que des entrepôts de e-commerce s'implantent où ils veulent, quand ils veulent et bétonnent des milliers d'hectares de terres agricoles, qu'ils suppriment des emplois, car pour un emploi créé chez Amazon, quatre emplois sont supprimés, tout ça participe à la misère sociale. Le système tel qu'il est actuellement ne peut pas de nous permettre de vivre mieux, de manger mieux, de respirer mieux. Tout est lié", poursuit Laure Tomczyk.

L'Assemblée nationale a adopté le projet en première lecture ce mardi (332 voix POUR, 77 CONTRE). "On avait réussi à convaincre certains députés de LREM, ils ne sont pas forcément bornés. En discutant avec eux, on a pu leur expliquer que certaines mesures étaient intéressantes. Qu'inclure des mesures sur les entrepôts de e-commerce, c'était pertinent par exemple. Des députés de LREM ont proposé des amendements qui allaient dans le bon sens, mais ils se sont vus opposer un avis défavorable du gouvernement et les amendements ont été rejetés", souligne Charles de Lacombe. Après la large adoption du projet de loi en première lecture mardi, le son de cloche est évidemment différent du côté du gouvernement."Le combat écologique n'est jamais terminé mais avec cette loi nous marquons un tournant", s'est réjouie la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, après le scrutin.

Dimanche, une marche d'ampleur est prévue à Lyon. "La lutte n'est pas finie. On le dira le 9 mai, on ne lâchera rien. Ces actions ne s'arrêteront pas tant qu'il n'y aura pas des choses de vraiment mises en place", assure la porte-parole de Plus jamais ça Rhône. Le 28 mars dernier, la marche sur le même sujet avait rassemblé près de 10 000 âmes à Lyon. "Le dimanche 9 mai, nous marcherons car nous n’avons plus le choix face à ce gouvernement qui demeure éternellement sourd. Nous marcherons, ensemble, dans la joie et avec détermination. Car, si Emmanuel Macron avance à rebours de l’Histoire, nous sommes déjà en train de construire l’après", écrivent les organisateurs de la marche.

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