Logement et hébergement : le préfet dans le collimateur

À l’approche de l’hiver, le ras-le-bol des professionnels de l’hébergement d’urgence fait écho à la mobilisation des associations et des syndicats lyonnais contre le mal-logement.

Les uns comme les autres disent la même chose : à l’approche de l’hiver, le dispositif d’hébergement d’urgence est déjà saturé. La meilleure preuve, tous les jours entre 100 et 130 personnes ne trouvent pas de place en appelant le 115. À côté de ces "sans-solution", comme on les nomme désormais, il y a tous ceux qui n’appellent pas le 115 parce qu’ils savent qu’il n’y a pas de places ou que, si place il y a, cela ne durera que trois ou quatre jours avant d’être remis à la rue.

"On ne veut plus participer à mascarade du système du 115 qui consiste à faire tourner les gens sur les places d’hébergement. On nous demande d’empêcher les gens de mourir pour qu’il n’y ait pas de vagues. Depuis des mois, on fait remonter l’information pour demander davantage de places. Mais pour la Ddass tout va bien", s’insurge l’un des initiateurs de la fronde relayée par une pétition* lancée sur Internet le 17 novembre et envoyée le 30 novembre à la préfecture et aux collectivités. Ils souhaitent aussi insister sur l'aspect primordial de la stabilité nécessaire à un accompagnement social des personnes vers une sortie de la rue.

Dans la pétition, ces travailleurs sociaux promettent d’autres actions "si l’État et les collectivités locales ne font pas un effort financier conséquent, notamment en ouvrant deux centres d’hébergement d’urgence pérennes". Une telle mobilisation est une première. Elle s’inscrit dans une vague de mobilisation contre le mal logement. Le 16 novembre, un collectif d’associations et de syndicats** écrivaient au préfet pour dénoncer le non respect de l’article 73 de la loi MOLLE (précédent article 4 de la loi sur le droit opposable au logement, dite loi DALO), qui prévoit la continuité dans la prise en charge des personnes.

Ce qui aboutit, particulièrement dans le Rhône, à la remise à la rue des personnes accueillies en centre d’hébergement (lire notre article). Questionnés sur le non respect de la loi par l’État, le directeur de la Ddass comme le préfet délégué à l’égalité des chances bottent en touche.
Pour la Ddass, Joël May, affirme que vouloir maintenir les personnes dans leur place contribuerait à emboliser complètement le dispositif d’accueil d’urgence. Quant au préfet délégué, il annonce que 383 personnes vont sortir de centres d’hébergement de réinsertion sociale (CHRS) pour aller dans le logement social, d’ici fin 2009. Ce qui devrait, selon lui, créer plus de "fluidité" dans le dispositif d’hébergement.

Le 27 novembre, place des Terreaux (Lyon 1er), à l’appel du Collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement, une centaine de personnes (associatifs, syndicalistes et personnalités politiques de gauche) ont tourné en rond pour “dénoncer les politiques qui, elles-mêmes, tournent en rond”. Plus précisément, ce collectif d’association dénonce un désengagement de l’Etat dans la construction de logements sociaux et l’ouverture de nouveaux centres d’hébergement adaptés alors que que la crise du logement touche 10 millions de personnes dont plus de 100 000 vivent à la rue.

Dans le Rhône, selon la Fondation Abbé Pierre, on compte 50 000 demandeurs de logements sociaux pour 8 000 attributions. Soit un rapport de 1 à 4. Il y a cinq ans, ce rapport était de 1 à 3. “Dans le Rhône, le préfet Jacques Gérault ne joue pas son rôle d’animation des dispositifs, relève Marc Uhry, responsable régionale de la Fondation Abbé Pierre. Il n’a toujours pas mis en place un comité départemental de prévention des expulsions prévu par la loi alors que ces expulsions explosent. Quant au Plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées, il vient tout juste de le remettre en place”.

Présente à la “Nuit solidaire”, Nathalie Perrin-Gilbert, maire du Premier arrondissement et secrétaire nationale du PS au logement enfonce le clou : “le préfet se satisfait des moyens et mesures mis en œuvre par ses services en matière d’hébergement. Il préfère le déni des situations et la suspicion vis-à-vis des associations plutôt que la mise en œuvre d’un dialogue respectueux et l’élaboration de diagnostics et solutions partagés”.

*http://reelengagementsdf.free.fr/
** CGT, CFDT, FSU, UNSA, Solidaires, Alpil, Fondation Abbé Pierre, Fnars, Personne Dehors, Les Enfants de Don Quichotte

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