Le Sarko-Show

Mais c'est encore plus flagrant depuis la campagne présidentielle et depuis l'élection de N. Sarkozy. Et ces dernières semaines avec le dernier épisode de la saga de l'ex couple présidentiel, cela bat tous les records !

Ce week-end, le Sarko show s'est transformé en Super Sarko en enfilant la panoplie de Zorro ou de Jack Bauer pour se rendre en personne au Tchad pour aller chercher les trois journalistes français et quatre hôtesses de l'air espagnoles poursuivis dans l'affaire de l''Arche de Zoé'. Une action coup de poing très remarquée au moment où il fête ses six mois d'accession à l'Elysée, et alors que le ciel s'obscurcit pour lui en matière économique et sociale.
La politique est aujourd'hui envisagée comme un spectacle total. L'électeur doit en avoir pour son argent. A tel point que cela frôle parfois le ridicule. Le n'importe quoi. La politique - les politiques - n'en sortent pas grandis.

La politique spectacle obéit à trois grands fondements : réactivité, " peopolisation ", propagande.Ces trois grands fondements font de la politique spectacle une aberration. Ils sont en complète opposition avec les objectifs de la politique avec un grand P. Ils s'opposent à l'idée même de démocratie...mais l'important pour N. Sarkozy, n'est-il pas de rester Président après 2012 puisqu'il est déjà en campagne depuis le lendemain de son élection ?

Les dérives qui se multiplient ne sont pas des accidents, mais les symptômes réitérées d'une maladie démocratique. Une maladie qui, sous prétexte de rapprocher les citoyens de ceux qui les dirigent, finira inéluctablement par les éloigner de leurs idées, lorsqu' ils en ont.

Pour ce qui est de la réactivité : tout doit se jouer dans l'instant. Chaque événement, chaque fait divers doit entraîner une réponse médiatique immédiate du Président ou du gouvernement, une nouvelle loi, un nouveau texte. Ceci même si cela doit surfer sur un populisme nauséabond. Alors que la politique devrait prendre le temps de la réflexion, on est au contraire dans la frénésie interventionniste en intervenant sous le coup de l'émotion sans vision à long terme.

Trois exemples depuis l'arrivée de Sarkozy : la suppression de l'atténuation de peine pour les mineurs récidivistes, le projet de faire juger des personnes déclarées irresponsable par les médecins, les tests ADN au prétexte de lutter contre les fraudes à l'immigration. Sans nier les problèmes, la voie qui a été choisie a été de jouer la carte du " spectaculaire ". Ceci en prenant le risque d'ouvrir une boîte de Pandore : à force de tripoter les fondamentaux de notre république, on chamboule les repères visibles qui conditionnent le vivre ensemble et reflètent un certain état de civilisation. Le tout pour un résultat de surcroit très maigre car c'est moins la performance qui est recherchée que le symbolique. Cette voie est celle de tous les dangers.

Quant à la peopolisation, le feuilleton divorcera, divorcera pas est digne des pires sagas de TF1. Sarkozy s'est laissé prendre à son propre jeu tout en utilisant au maximum la situation à son avantage. Il a (malheureusement il est pas le seul) transformé la vie de famille ou extraconjugale en argument électoral puis en élément politique parce que, obsédé par la victoire électorale et la proximité avec les électeurs, il a vendu sa vie privée pensant se rapprocher d'un citoyen de plus en plus distant. Jouer aujourd'hui le divorcé moderne, rentre dans la même logique. Cela pose la question de la représentation médiatique de la politique dans un monde qui valorise l'hyper-individualisme.

Reste la propagande dont Sarkozy est en train de devenir la référence, les autres anciens ou présents ne lui arrivent pas à la cheville. Et pour cela, comme un Berlusconi (mais de manière plus fine), il se sert des médias et particulièrement de la télévision toute à sa botte. Le Sarko Show est donc bien le plus rodé. Et le plus dangereux. Tout cela serait risible si cela n'était si pathétiquement efficace.

par Louis Pelaez

http://www.louis-pelaez.net/blog/index.php?2007/11/06/27-la-politique-spectacle

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