La malédiction du député de Givors ?

(Article paru dans l'édition de juillet de Lyon Capitale)

Raymond Durand (Nouveau Centre) est devenu député de la circonscription de Givors l'année dernière grâce à une "bévue" : son prédécesseur, Georges Fenech (UMP) avait fait une erreur pendant sa campagne en laissant une militante régler directement une facture de 6261 euros, au lieu de passer par le mandataire financier. Durand s'est ensuite fait élire à sa place et s'est même fâché à mort avec Fenech en refusant de lui restituer "son" siège, quand ce dernier est redevenu éligible.

Mais Raymond Durand aura-t-il à s'expliquer d'une autre "bévue", qui le concerne lui cette fois ? Maire de Chaponnay, il a attribué un logement municipal à une proche collaboratrice, Ingrid Burlet. Il l'a expliqué très naturellement à Lyon Capitale : il la connaissait comme fonctionnaire en charge des marchés publics au Conseil Général du Rhône, dont il est vice-président ; et il a souhaité qu'elle rejoigne sa commune pour se présenter sur ses listes aux municipales et apporter son "expertise" : "Elle est venue pour nous aider sur les marchés publics". Et il lui a promis qu'elle prendrait "en tant qu'élue, les deux gros dossiers : budget et marchés publics".

Comme elle n'habitait pas la commune, il lui a trouvé un logement appartenant à la mairie, où elle a pu s'installer à un prix imbattable (278,54 euros pour un T2 de 31m2, dans une des communes les plus chères du Rhône) juste avant la date limite pour s'inscrire sur les listes électorales. N'y voyant visiblement aucun mal, il nous a même donné une copie du bail, signé de sa main. Après les municipales, Ingrid Burlet est bien devenue conseillère déléguée aux finances, puis même un peu plus tard l'attachée parlementaire de Raymond Durand, un poste de confiance à 3000 euros brut par mois.

Une histoire toute simple. Sauf si l'on considère qu'il s'est servi de sa casquette de maire, pour arranger ses affaires de candidat aux municipales ou, à tout le moins, pour aider une de ses proches à trouver un logement. En d'autres termes, si l'affaire arrivait sur le bureau d'un procureur, il pourrait la qualifier de prise illégale d'intérêt, comme nous l'a confirmé un avocat spécialisé. Une infraction qui entraînerait l'inéligibilité automatique en application de l'article L7 du code électoral.

Deux jours après cette rencontre, et s'étant apparemment un peu mieux renseigné sur ces questions de droit qui ne semblent pas sa tasse de thé, le député Raymond Durand nous a d'ailleurs présenté une version bien différente : cette fois, Ingrid Burlet ne serait venue à Chaponnay que parce qu'elle avait "envie de vivre à la campagne". Le maire pour la dépanner lui aurait trouvé ce logement, comme il l'aurait fait avec n'importe qui, la faisant simplement passer devant les demandes sociales en attente. Et ce n'est que deux mois plus tard, au moment de faire sa liste, que le candidat aurait décidé de la présenter aux municipales. Affaire à suivre.

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