La Guillotière – Lyon 7e © Tim Douet
La Guillotière – Lyon 7e © Tim Douet

“La Guillotière n’est pas à vendre” : une assemblée contre les “bobos”

Quelque 150 personnes se sont rassemblées samedi après-midi à l’initiative du collectif La Guillotière n’est pas à vendre, qui veut lancer un mouvement contre “le remplacement d’une population précaire par une population plus riche” dans ce quartier de Lyon.

Se réapproprier un quartier qui leur échappe. C’est l’ambition partagée par les 150 personnes réunies samedi après-midi à l’appel du collectif “La Guillotière n’est pas à vendre”, qui entend lutter contre “la machine infernale de la gentrification”. Au milieu du gymnase de la salle des Rancy, installés sur des chaises disposées en hémicycle, ils ont évoqué un processus à l’œuvre depuis plusieurs années : une évolution des lieux et des gens, d’un climat populaire à une population plus aisée. Il y a beaucoup plus de bobos, observe Régis, cinquantenaire à queue de cheval qui a connu la Guille dans les années 1990. Beaucoup de petits cafés ouvriers ont disparu, maintenant on voit des magasins bio à 3 euros le kilo de carottes et des bars branchés.” “Les petits commerces sont remplacés par des agences de pub, des cabinets d’architecte et de designers en rez-de-chaussée”, pointe encore une habitante coiffée d’un fichu noir. Une transformation soutenue par la rénovation de l’immobilier. On détruit des ateliers, des petites maisons un peu délabrées, explique un architecte, pointant une toile sur laquelle est projetée une carte montrant l’évolution des bâtiments. Les opérations de démolition-reconstruction, portées par la mairie ou simplement permises par le règlement, excluent une partie des habitants et des usages : s’il n’y a plus d’ouvriers, c’est parce qu’ils n’ont plus d’endroits où travailler.”

L'assemblée de “La Guillotière n'est pas à vendre”, salle des Rancy, le 12 janvier 2019 © DR

Pression immobilière

Beaucoup sont poussés dehors par la montée des prix de l’immobilier. “Je paye 935 euros par mois pour 70 m², quand je suis arrivée en 1998 c’était seulement 3 500 francs, raconte Laure, cheveux gris courts et lunettes. Si j’ai un coup dur, je vais devoir quitter le quartier. J’ai des collègues qui ont dû s’en aller au moment de partir à la retraite.” “Il y a des gens qui se font expulser car ils ne peuvent plus payer leur loyer, on voit des avis d’huissier dans les cages d’escalier”, s’alarme une autre participante. Les départs se font au rythme des changements de propriétaire, motivés par des montants de vente de plus en plus élevés. “C’est mon troisième appartement à la Guille, je me suis déjà fait virer deux fois parce que le proprio avait vendu”, témoigne une trentenaire portant une grosse écharpe.

S’emparant du micro les uns après les autres, les habitants suggèrent des leviers d’action afin de protéger le paysage urbain et ses résidents. Parmi eux, des outils juridiques : “Réglementer les hauteurs d’immeuble, limiter l’augmentation de la surface à l’occasion des reconstructions, classer certains bâtiments”, énumère l’architecte, pour qui “la richesse et la diversité urbaines du quartier sont en train de disparaître”. “Il faut sanctuariser les parcelles qui appartiennent à la métropole”, affirme encore une participante. Plusieurs parlent de faire pression sur les responsables politiques, à l’approche des élections municipale et métropolitaine. Un lobbying qui s’appuierait sur une série de revendications, actées en fin de réunion : augmenter la proportion de logements sociaux, instaurer un encadrement populaire des loyers, interdire les expulsions sans relogement dans le quartier au même prix ou encore réhabiliter les logements sans augmenter leur coût. Des actions de terrain sont aussi envisagées. Il faut créer un réseau pour alerter sur les expulsions à venir et les empêcher, par exemple en se massant devant la porte d’entrée, propose Seb, un des organisateurs de l’assemblée générale.

“Rendre le quartier moins sûr”

Au-delà de retenir les habitants actuels, une autre piste est de dissuader les nouveaux d’arriver. Les études montrent qu’une des seules choses qui fonctionnent contre la gentrification, c’est que le quartier soit mal famé, affirme Lionel, ancien crieur public sur la place Mazagran, pour qui il faut protéger la vente à la sauvette “contre les interventions de la puissance publique”. Plusieurs contributions notées sur des Post-it collés sur une grille disposée à cet effet sur un côté de la salle vont dans le même sens : “faire peur aux investisseurs et promoteurs en tirant des faux coups de feu”, “rendre le quartier moins sûr en luttant contre les caméras et les rondes policières”. Des propositions restées marginales, mais qui illustrent toute la difficulté d’améliorer le cadre de vie en échappant à la gentrification.

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