La campagne politique tunisienne se joue aussi en France

Mustafa Ben Jaafar, secrétaire général du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), parti politique social démocrate en Tunisie, était à Lyon ce vendredi 17 juin pour un meeting. L'ancien opposant au régime de Ben Ali veut convaincre les électeurs tunisiens de France de voter pour son parti lors de l'élection du 23 octobre.

Lyon Capitale : Quelle est votre analyse de la période de transition que vit actuellement la Tunisie ?

Mustafa Ben Jaafar  : Ce que nous déplorons, c'est qu'il n'y ait pas eu de gestes forts juste après la Révolution envers la population tunisienne. Il fallait regagner sa confiance tout de suite. On a perdu deux mois précieux. Maintenant, la question n'est pas de voir si ce gouvernement provisoire outrepasse ses droits car si on lui dit "dégage", on risque l'instabilité, ce qui irait à l'encontre des objectifs de la Révolution. Et puis le report des élections non voulu par ce gouvernement mais exigé par la commission électorale indépendante (prévues à l'origine le 24 juillet, Ndlr) prouve qu'il existe un contre pouvoir actuellement en Tunisie.

Ce report des élections a-t-il un rapport avec la déclaration de l'ex-ministre de l'Intérieur, Farhat Rahji, sur un possible coup d'État de l'armée en cas de victoire des islamistes de Ennahdha ?

Fahrat Rahji est un irresponsable ! Vu son ancienne place dans le gouvernement, il doit savoir des choses mais quand il parle d'un gouvernement de l'ombre, c'est un beau cliché. Pour ma part, j'imagine mal le Premier ministre actuel recevoir des ordres de derrière le rideau (Farhat Rahji a parlé d'un "gouvernement parallèle" conduit par Kamel Ltaïef, proche de Ben Ali, Ndlr).

Quel est le poids électoral de votre parti le FDTL, en Tunisie ?

Nous étions quelques centaines du temps de Ben Ali et là nous sommes des milliers. Beaucoup de jeunes et de femmes nous rejoignent. A Paris, lors du meeting d'hier (16 juin 2011, Ndlr), il y avait 500 à 600 sympathisants dans la salle.

Est-ce que les Tunisiens qui découvrent le multipartisme comprennent qu'ils ne vont pas élire un président le 23 octobre mais bien une Assemblée constituante ?

Pour la première fois, on va vivre une vraie compétition. Il y a au moins une centaine de partis politiques aujourd'hui dans le pays. Mais les Tunisiens comprennent ce pour quoi ils vont voter même s'ils ne connaissent pas tous les partis et peuvent en confondre certains. Ils sont encore 50 à 60 % à ne pas avoir fait leur choix.

Pensez-vous qu'Ennahdha, parti politique islamiste, peut gagner ces élections ? Et le redoutez-vous ?

Ben Ali a géré la Tunisie sur un fond de peur de l'islamisme. Mais il faut dire que la culture arabo-musulmane peut se concilier avec la démocratie. Ennahdha va sûrement faire le meilleur score de son histoire en octobre et ce en raison de l'auréole que Ben Ali lui a donnée en en faisant la principale victime de la répression. Or, si on ne laisse pas les urnes s'exprimer, on ouvre la porte à l'extrémisme. On attend Ennahdha au tournant car actuellement ils ont un discours apaisant mais on veut les voir s'engager par écrit sur l'égalité hommes/femmes, par exemple. Dans la future constitution, il faut qu'il y ait séparation entre la politique et la religion, ce qui ne plaît pas à Ennahdha. Mais en ce qui concerne les électeurs, je suis persuadé qu'une majorité votera en faveur d'une constitution ouverte et moderne.

Ben Ali doit être jugé par contumace le 20 juin prochain. L'Arabie Saoudite ne souhaite pas l'extrader. Selon vous, la justice tunisienne actuelle est-elle prête à juger l'ex-dictateur ? Va-t-il aller en prison ?

Ce jugement a trop tardé, ça aurait dû être un des signaux forts. Mais l'hésitation fait partie du processus de sortie de l'ère Ben Ali. J'affirme tout de même qu'en matière de justice en Tunisie, il y a encore deux poids deux mesures. Le gouvernement nous assure que la justice est indépendante mais elle ne l'est pas. Les postes sont tenus par les mêmes personnes que sous Ben Ali. En ce qui concerne l'emprisonnement de Ben Ali, ça m'étonnerait fort que l'Arabie Saoudite l'extrade...

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