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L'obésité, menace sous-estimée ?

Voici le nom de l’étude réalisée dans le cadre de la Journée Européenne de l’Obésité. Le CHU Lyon-Sud a organisé une rencontre entre médecins, patients et la presse pour collaborer en faveur du développement de la prévention de l’obésité. L’étude menée par l’Association Française d’Etude et de Recherche sur l’Obésité (AFERO) démontre que beaucoup de français sous-estiment leur propre poids et que les risques de l’obésité pour la santé sont largement méconnus.

L’obésité est définie par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) comme une "accumulation anormale ou excessive de graisses présentant des risques pour la santé". Cette obésité est calculée selon l’IMC (Indice de Masse Corporelle). Jusqu’ici, rien de nouveau sous le soleil. Mais sommes-nous assez bien informés sur cette maladie, les personnes touchées, et les mesures préventives que la société doit mettre en œuvre pour lutter contre la vague d’obésité prédite par les médecins d’ici 2030 ?

"L’obésité constitue l’une des menaces les plus virulentes pour la santé dans nos sociétés"

Euan Woodward, directeur exécutif de l’EASO (European Association for the Study of Obesity) indique que dans certains pays européens, 6 hommes adultes sur 10 sont obèses ou en surpoids et ce chiffre pourrait s’élever à 9 sur 10 en 2030. 1 français sur 4, obèse en 2030. Les médecins expliquent que c’est la conséquence directe de l’épidémie d’obésité infantile observée entre 1980 et 2000. Les chiffres ont tendance à se stabiliser pour les générations suivantes mais ces enfants nés obèses le sont encore aujourd’hui. Ces jeunes filles obèses enfants, aujourd’hui en âge de procréer, inquiètent les médecins. L’obésité génétique, détectée dans moins de 5 % des cas d’obésités pourrait voir son pourcentage grimper en flèche.

"Les Français sont ceux qui reconnaissent le moins l’impact de l’obésité sur la santé"

Alors que 44 % des Européens estiment que l’obésité constitue un danger plus important sur la santé que le tabac, ils ne sont que 39 % en France. L’étude estime que près d’un quart des européens n’a pas conscience des risques de maladies cardiaques, de diabète, d’hypertension artérielle, d’AVC ou même de cancer, que l’obésité peut causer. Les complications cardiovasculaires et articulaires et le handicap sont aussi des risques encourus. L’étude montre aussi qu’en France, 16 % des personnes se qualifiant comme "normales" sont en réalité en "surpoids" et que 28 % des personnes se disant en "surpoids" sont en fait "obèses".

Le recours à la chirurgie, trop radical et pas assez médical

Il faut bien comprendre qu’user de la chirurgie dans le but de perdre de la masse pondérale ne permet pas une guérison soudaine ou miracle. La chirurgie est considérée comme la solution de derniers recours en cas de danger pour la personne atteinte d’obésité chronique, et ne devrait pas être utilisée à tout bout de champs, selon les professionnels de santé.

"Il y a 3 niveaux de prise en charge : le premier, c’est la consultation chez le médecin généraliste" qui n’est pas assez sollicité selon les spécialistes car ces derniers peuvent être réticents à l’idée d’une prise en charge à long terme du patient.

Le deuxième niveau d’intervention, c’est la visite chez le spécialiste endocrinologue ou diététicien : formés à cette prise en charge, les spécialistes sont les traitants les plus capables car ils savent travailler à la fois l’aspect physique, psychologique et environnemental, "indissociables pour une bonne compréhension de son patient et donc un bon traitement"

Et dans un dernier temps, le troisième niveau de prise en charge, la chirurgie. Ces chirurgies, rappelons-le peuvent avoir des conséquences néfastes : le déséquilibre hormonal de l’opération peut causer des anorexies et des coupures d’appétit définitives.

La sensibilisation, seule arme possible contre la guerre du poids

L’étude, les médecins du CHU de Lyon, ainsi qu’une patiente en cas d’obésité chronique, adhérente à l’AFERO, sont tous unanimes sur les solutions que les patients et les traitants doivent adopter ainsi que des solutions que la société doit prendre en compte pour lutter efficacement contre l’obésité :
- Une prise en charge médicale, psychologique et nutritive est nécessaire pour donner au patient une chance d’appréhender sa maladie sur tous les plans. Les projets construits avec les spécialistes doivent être réalistes pour ne pas mettre le patient en échec, le décourageant avant même d’avoir commencé. L’écoute et la compréhension du patient sont primordiales.
- et surtout, il faut prendre son temps. Dans une société où tout va toujours plus vite, l’objectif lorsque quelques kilos en trop apparaissent est de les faire disparaître le plus vite possible. Le patient, angoissé et mal dans sa peau, ressent le besoin de perdre du poids vite plutôt que bien, ce qui peut le pousser à enchaîner des régimes draconiens et va se placer en situation d’échec. L’échec va donc « le pousser dans cette spirale dont il est si difficile de sortir » témoigne la patiente atteinte d’obésité chronique.
- une adaptation des infrastructures doit également être mise en place : manger, bouger, c’est bien, avoir un endroit adapté pour le faire, c’est mieux. Les salles de sport et les piscines peuvent facilement décourager la personne atteinte de problème d’image et la conforter dans ces kilos. Avec des infrastructures spécialisées et des activités adaptées, une meilleure chance de faire du sport est offerte à ceux qui en ont besoin.
- une sensibilisation auprès des enfants : rendre le sport ludique, voici l’une des suggestions proposées dans plusieurs collèges du Bas-Rhin dans le cadre d’une étude sur les habitudes sportives. De la 6ème à la 3ème, le sport est à l’honneur : activités physiques régulières, ludiques, visites de clubs de sports locaux etc. Les élèves en terminale ayant participé à cette étude ont plus de chances de garder leurs habitudes sportives enseignées pendant leur enfance que les autres.
- un partenariat longue durée entre les acteurs concernés : l’industrie de l’agroalimentaire, les politiques, les journalistes, etc. Chacun doit prendre conscience et/ou faire prendre conscience des dangers pour pouvoir prévenir des risques et ainsi aider à la lutte contre l’obésité.

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