Alexandre Germain, kiné de l’équipe de France ©Alexandre Germain

Kiné des Bleus : “Dès la préparation, on a su qu'il se passait un truc”

Kiné du FC Villefranche-sur-Saône, Alexandre Germain est aussi l'un des quatre kinés de l'équipe de France de football, championne du monde. Entre euphorie de la victoire et fierté du travail accompli, il est revenu pour Lyon Capitale sur ce mois passé aux côtés des Bleus en Russie, et sur son rôle au sein de l'équipe.

Lyon Capitale : Qu'est-ce que ça fait d'être champion du monde ?

Alexandre Germain : En France, nous ne sommes que six kinés champions du monde de football entre 1998 et 2018 donc c'est incroyable, c'est magique, c'est un rêve éveillé.

Comment on devient kiné de l'équipe de France ?

C'est beaucoup de travail. Pour ma part, j'ai connu le sport de haut niveau avec le vélo et le hockey sur glace. Puis, j'ai retrouvé le niveau amateur pour des raisons personnelles. Je voulais voir grandir mes enfants tout en gardant un pied dans le milieu professionnel. L'équipe de France de football recherchait un kiné après la Coupe du monde 2014, au Brésil. Cette année-là, mon CV n'avait pas été retenu, puis en 2016, après l'Euro, j'ai intégré l'équipe.

L'équipe de France a été plutôt épargnée par les blessures durant la compétition. Quel a été votre rôle ?

Concernant les jours d'arrêt des joueurs sur l'ensemble d'une compétition, quand on regarde les champions de France, ils se situent en général en dessous de 10 %. Sur la Coupe du monde, on a été entre 5 et 6 %. C'est une vraie réussite. Cela tient à la mise en place du travail de prévention en amont en fonction de chaque joueur et des blessures les plus récurrentes dans le football, aux soins que l'on peut faire qui doivent être le plus efficace. Mais aussi à la récupération pour que les joueurs soient les plus performants et les moins fatigués, pour ne pas s'exposer à la blessure. Enfin, en médecine, on ne peut pas tout contrôler et il y a un facteur chance. Tous ces éléments réunis font que le sélectionneur a pu disposer de 23 joueurs aptes -d'un point de vue médical- six matchs sur sept durant toute la compétition. C'est une fierté.

Dans les équipes, les risques de blessures sont intégrés comme une des données de la réussite ? 

Les Croates font partie des équipes qui ont eu le moins de blessés, donc tout est lié. Même si la réussite est en grande partie due aux qualités individuelles des joueurs et aux choix tactiques du sélectionneur. Nous, notre part dans cette réussite est minime, mais ces petits pourcentages font la différence dans le sport de haut niveau.

“Quand on vit plus de 50 jours ensemble en groupe, il peut y avoir des tensions”

Quelle différence y a-t-il entre un joueur de CFA et un joueur de l'équipe de France ?

Tous sont des sportifs de haut niveau. En équipe de France, les joueurs font preuve de qualités physiques et techniques supérieures, mais les soins sont les mêmes. Je m'occupe de la même façon des joueurs de Villefranche et des joueurs internationaux. En équipe de France, j'ai juste des moyens  supplémentaires à ma disposition.

Comment fonctionne le quotidien d'un staff médical ?

Déjà, il faut dire que notre staff s'entend très très bien.

Ce n'est pas toujours le cas ?

Quand on vit plus de 50 jours ensemble en groupe, il peut y avoir des tensions. Là, cela n'a pas été le cas. Ça s'est toujours très bien passé entre nous, mais aussi avec les joueurs. C'est ce qui a contribué à notre victoire. Tout le monde avait cet objectif d'être champion du monde.

Vous avez des joueurs attitrés ou vous travaillez avec tout le monde ?

Globalement, les joueurs travaillent avec tout le monde. Même si certains joueurs veulent travailler uniquement avec moi ou avec un de mes collègues.

“C'était comme si rien ne pouvait nous arriver”

Il y a une relation particulière qui s’installe entre le kiné et le joueur ?

Ce sont des joueurs que l'on suit depuis longtemps. Il y a des habitudes qui s'installent. On connaît leurs attentes, leurs demandes, leur comportement... On s'adapte. Avec certains, il suffit d'un regard pour que l'on sache ce qu'il faut faire. Une complicité se crée et c'est ce qui fait que ça se passe bien.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué pendant la Coupe du monde ?

Cette impression d'avancer en toute confiance. On avançait match après match sans être arrogant ou en surconfiance, mais c'était comme si rien ne pouvait nous arriver. Il y avait tout de même une part de stress, parce qu'à tout moment, on pouvait être éliminés, mais la pression ne nous éteignait pas. Il y a toujours eu de la sérénité. Ça a été, à tous points de vue, une aventure humaine extraordinaire.

Après coup, on ressent peut-être les choses différemment, mais à quel moment vous êtes-vous dit “il se passe quelque chose” ?

Dès la préparation. Le groupe vivait bien, travaillait très sérieusement mais dans une bonne ambiance. On n’y allait pas en disant “on va à la Coupe du monde”, mais en se disant “on va à la Coupe du monde pour gagner”.

“Digérer le titre de champions du monde”

Vous l'avez senti tout de suite ?

Oui. Parfois, on rentre sur le terrain et il y a des choses qui ne se passent pas comme il faut. On sent que ça ne va pas tourner du bon côté, qu'il y a un stress négatif. Là, non. Je pense qu'on n'a jamais douté, mis à part peut-être lors du match contre l'Argentine parce que c’était le premier à élimination directe. Mais ça a été un match magnifique et les circonstances ont fait qu'une fois ce match terminé, on s'est dit qu'il ne pouvait plus rien nous arriver. Encore une fois, ce n'était pas de l'arrogance parce que l'on sait que dans le sport de haut niveau tout peut basculer d'un côté comme de l'autre, mais ça confirmait tout ce que l'on avait pu ressentir auparavant.

Vous pensez que cette histoire va continuer ?

On espère. Mais on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait. Pour le moment, on savoure, on profite. Dès septembre, quand je retournerai avec l’équipe de France, la page sera tournée, même si ce sera toujours dans un coin de ma tête, avec l'idée de se projeter sur l'Euro. Maintenant, tout dépendra aussi de la façon dont on aura réussi à digérer ce titre de champions du monde.

Comment avez-vous vécu le retour en France et cette liesse populaire ?

Il y a eu une vraie prise de conscience des retombées que ce titre pouvait engendrer au moment où nous sommes revenus. On s'est tous dit qu'il s'était passé quelque chose de très grand. Le retour a vraiment été très marquant pour nous. D’ailleurs, j'ai encore la tête dans les étoiles et j’ai toujours du mal à réaliser.

Est-ce qu'il y a une forme de vide ? 

Oui un peu, mais c'est normal. Quand on passe deux mois en vie commune, il y a une retombée. J'ai vécu ça après le Tour de France. Mais pour le moment, ça va. On est encore dans l'euphorie et on ne ressent pas trop la fatigue. Ça va retomber, mais j'espère le plus tard possible.

Vous allez rester à Villefranche ?

Bien sûr, ça, c'est la base. Villefranche, c'est un club dans lequel je me sens très très bien. Le jour où je suis rentré en équipe de France, on m'a dit que j'allais arrêter. Pourquoi je le ferais ? C'est mon plaisir de travailler à Villefranche. Je sais d'où je viens et je sais aussi que je dois beaucoup au football amateur. Et ce n'est pas parce que je suis champion du monde que cela va s'arrêter.

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