« Aujourd’hui en France, à Lyon, quand on est une femme, on baisse les yeux » @Antoine Merlet
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"Je ne me sens plus la bienvenue dans ma propre ville", Emma, 26 ans, agressée à Lyon

Emma, 26 ans, a beaucoup fait parler d’elle début octobre : son ami a été passé à tabac par plusieurs personnes en plein centre de Lyon, alors qu’il la défendait après avoir été harcelée. Diplômée d’un double master en psychologie cognitive et management de la communication, son discours est très réfléchi. Qu’est-ce qu’une jeune fille de 26 ans pense de la politique, de sa ville, de la vie, de l’avenir ?

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Emma : Oui, je pense, disons que je n’ai jamais eu la langue dans ma poche. Depuis toute petite, je me suis toujours interrogée sur ce qui se passait autour de moi. Et comme j’ai beaucoup de mal à faire des raccourcis, cela me pousse à penser les choses de manière systémique, pas seulement de manière isolée.

Cela vous cause des ennuis de parler cash ?
Parfois, des personnes pensent que c’est de l’impulsion, sauf que ce que je dis est réfléchi. Pour d’autres, c’est dérangeant car je remets en considération leurs arguments dits, souvent, de manière très impulsive.

Quelle est votre dernière colère ?
Ce qui m’est arrivé vendredi 1er octobre en soirée, avec mon conjoint, entre la place des Terreaux et le quai de la Pêcherie. Cela m’a fait comprendre, personnellement, ce qui se passe à Lyon, au quotidien, et de manière plus générale dans la société.

Que s’est-il passé au juste ?
À 2 h du matin environ, nous rentrions chez nous en compagnie d’un couple d’amis. Nos conjoints marchaient devant, ma copine et moi à environ vingt mètres quand un "voyou" nous a accostées lourdement. Un ami à lui était présent, mais n’a pas participé au harcèlement. Nous avons continué à marcher, et puisqu’il persévérait, j’ai fini par lui rappeler que le harcèlement de rue était désormais une infraction. Ce rappel ne l’a pas arrêté, il s’est rapproché de moi en continuant sa "parade" d’insultes en tout genre. Interpelé par ce qu’il se passait, mon copain est revenu sur ses pas pour me défendre. Une bagarre a éclaté, l’agresseur ne supportant pas qu’on aille à l’encontre de son comportement. Nous avons réussi à nous en dépêtrer en avançant rue Constantine. L’agresseur nous a suivis et a repris les coups, malgré l’aide de notre ami qui essayait de temporiser. Je me plaçais aussi entre lui et mon copain afin de l’empêcher de continuer à s’acharner, mais en vain. Plus on avançait vers les quais, plus le nombre d’agresseurs augmentait. D’un, nous sommes passés à deux, puis à trois. Le voyou du début a scandé un "Niquez-lui sa mère à ce fils de pute de Blanc", un cri entendu par ses pairs. Le trio s’est alors transformé en une bande de sept ou huit personnes. Nous avons fini à l’angle du quai de la Pêcherie, où les agresseurs ont mis mon copain à terre, le rouant de coups de pieds. Ils se sont ensuite enfuis. Notre ami a appelé la police immédiatement. J’ai réitéré un appel au bout de vingt minutes car les agents n’arrivaient pas. Le 17 a mis cinq minutes à me répondre. Ils sont finalement arrivés trente-cinq minutes après le premier appel. Ils étaient lassés, n’ont pas pris nos plaintes en direct, n’ont pas accepté que l’on monte en voiture avec eux pour retrouver les agresseurs et n’ont apparemment pas effectué le tour qu’ils étaient censés faire pour les retrouver.

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