Fabrice Lhomme et Gérard Davet © Vincent Chapman (montage LC)
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Islamisation : pour Davet, Collomb a été “lâche et irresponsable”

Après Un président ne devrait pas dire ça, Gérard Davet et son complice Fabrice Lhomme signent un nouveau best-seller : une enquête sur l’islamisation de la Seine-Saint-Denis. S’attirant autant de louanges que de procès en “islamophobie”. Entretien avec l’une des grandes signatures du Monde et du journalisme d’enquête en France.


Lyon Capitale : Vous venez de publier Inch’Allah – L’islamisation à visage découvert, une enquête en Seine-Saint-Denis réalisée par cinq étudiants du CFJ que vous avez encadrés avec Fabrice Lhomme. Enquête qui a suscité autant d’éloges que de critiques… La plus récurrente, c’est finalement de pointer des faits précis et de ne pas avoir assez fait un travail sociologique de remise en perspective… Gérard Davet : Le sociologue pose des questions et trouve des solutions. Tout ce que je sais faire, c’est aller voir ce qui se passe et le raconter. Nous, on donne les faits, c’est la définition du journalisme. Pour traiter globalement de l’islamisation, il faudrait être tout à la fois et je m’y refuse. À l’ESJ de Lille, une intervenante du Bondy Blog a même fait un cours pour déconstruire le livre, dont je mesure à cette aune à quel point il a pu heurter la communauté bien-pensante. À cause de la démarche, d’abord : prendre un groupe d’étudiants, en deuxième année au CFJ, et les faire travailler sur un sujet sensible sans les ménager. Je comprends que certains se soient dit : “Ouah ! la prise de risque…” C’était un vrai choix. Ils sont dans une forme de confort moral et intellectuel qui ne permet pas des envolées journalistiques. Il faut les bousculer. Dans les écoles de journalisme, je vois des cours d’enquête hyper gentils, avec thèse, antithèse, synthèse… Si tu ne mets pas les jeunes au combat sur une enquête en leur disant qu’une source, il faut la manipuler, il faut aller au contact, boire un verre avec elle, jouer à un jeu de séduction… C’est comme ça que l’on apprend, plongé dans le grand bain, sans vraiment savoir nager ! Mais il y a aussi ce que l’on révèle qui en a dérangé beaucoup. Enfin, souvent, ceux qui critiquent font des livres qui n’ont pas marché. Nous, avec des étudiants, on fait un succès d’édition... Il y a des critiques tout à fait acceptables, ce n’est pas un livre parfait. Je conçois qu’on puisse englober une sorte de généralité, qu’elle se sente stigmatisée et qu’elle le vive mal. C’est le cas dans tous les travaux journalistiques, imparfaits par nature. Le niveau de polémique qu’il y a eu était-il calculé aussi ? Y aviez-vous préparé les étudiants ? Je pensais que ce serait pire. Nous sommes habitués aux polémiques, mais ce que nous avons découvert, c’est l’absolue violence des réseaux sociaux. Je ne suis pas sur Twitter, ni sur Facebook ; les élèves, oui, et ils en ont beaucoup souffert. Ça, je ne l’avais pas assez mesuré. Mais je savais très bien que nous aurions une sorte de front constitué avec des gens du Bondy Blog, de Mediapart, d’Arrêt sur images… Et qu’en face nous aurions Causeur, Valeurs actuelles ou d’autres qui essayeraient de récupérer le bébé. Ce que l’on souhaitait, c’était que les gens mesurés, pour qui on a du respect et de l’estime, saluent le travail et la démarche pédagogique, et ça a été très souvent le cas. On est allés défendre le livre partout en France. Quand on est passés sur l’émission Balance ton post ! de Cyril Anouna, le vendredi, on est tombés sur des gens qui venaient de Seine-Saint-Denis et qui nous reprochaient de faire des amalgames. C’était dur et violent. Mais cette émission parle à la banlieue et je pense qu’on est là pour ça aussi…
“Quand un quartier devient complètement halal, c’est le signe d’une islamisation”

Mais arrivez-vous à vous faire entendre de ceux qui dénoncent les “amalgames” ? Ceux qui disent qu’on ne doit pas écrire sur l’islam, nous n’arriverons jamais à les convaincre. Ce que je peux dire, c’est que tout ce qu’on écrit est vrai. Il n’y a pas un seul fait qui a été démenti. Quand un quartier devient complètement halal, c’est le signe d’une islamisation. Moi, j’ai passé trente ans de ma vie en banlieue et il n’y avait pas de halal. Cela veut dire quelque chose. Ce n’est pas pour autant que c’est un souci. Il y a une zone grise et on la raconte. On vous a reproché de sur-interpréter des faits pas forcément significatifs… Je ne vois pas en quoi on sur-interprète. Il suffit d’aller là-bas, de se promener et de voir ce qu’il se passe. Quand on nous dit qu’à Sevran il y a des cafés tenus par des islamistes, on va voir, et on trouve des cafés où les clients ne sont pas tous musulmans… Il n’y a que des hommes, oui, mais parce que c’est une sorte de tradition culturelle, pas religieuse. Donc, on l’écrit et on démystifie la chose. En revanche, il y a des quartiers où il n’y a plus une boulangerie où l’on peut trouver un sandwich jambon-beurre, où il n’y a plus une librairie qui ne soit pas islamisante. C’est une vérité. Chacun veut voir ce qu’il souhaite voir. Nous, on voit basiquement ce qu’il se passe. Le livre est parti sur une confidence de François Hollande vous disant qu’il y avait “un problème avec l’islam en France”. En revanche, Gérard Collomb a refusé de vous répondre… C’est exceptionnel, ça, non ? Collomb, cela a été la cerise sur le gâteau, pour nous. J’ai laissé trois messages, nous n’avons jamais eu le début d’un retour… Ce qui est quand même dingue. Pendant un an et demi, toute son expression était hyper mesurée. Il s’en va et il dit qu’il y a deux communautés “face à face”. Cela illustre par l’absurde ce que l’on dit dans ce livre. Il se passe quelque chose et la société française est impactée dans certains secteurs. Évidemment pas de la même façon en Corrèze et en Seine-Saint-Denis. Collomb l’a constaté et l’a dit seulement quand il est parti. Je trouve ça irresponsable politiquement. Lâche et irresponsable. Collomb avait les rapports des préfets. Il a vu ce qu’il se passe, les listes communautaires qui vont se monter un peu partout aux municipales… Cela se prépare, les préfets le savent. Collomb l’a juste dit trop tard et de manière trop violente. Au-delà du constat sur l’islamisation de la Seine-Saint-Denis, les débats autour du livre ont montré différentes visions du journalisme…

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