Hervé Gaymard veut rebondir sur la Savoie

Une manière aussi de se placer sur la scène politique nationale pour ainsi sortir de l'isolement dans lequel l'ont plongé l'affaire de son appartement parisien et l'élection de Nicolas Sarkozy.
Lyon Capitale : Depuis 2001, et la création de l'Assemblée des Pays de Savoie, vous militez pour le regroupement des deux Savoie. Aujourd'hui, vous relancez cette idée. Pourquoi ?
Hervé Gaymard : Il faut se projeter dans l'avenir. Avec le débat sur la réforme territoriale le grand livre est ouvert. Mais déjà, aujourd'hui, rien n'interdirait à deux départements d'unifier totalement leur budget sans rien demander à qui que ce soit, selon une loi de 1930. C'est sur ce fondement que nous avons créé l'Assemblée des Pays de Savoie en 2001, à qui les deux Conseils généraux ont délégué l'enseignement supérieur, la promotion touristique, l'agriculture et la culture. Cela ne représente que 5 à 10 % de nos dépenses car les plus gros budgets (les routes, le social et les collèges) sont restés des compétences de chacun des deux départements.

Quelle forme prendrait cette fusion ?
La Constitution réformée en 2004 permet les expérimentations. Pour les deux départements savoyards, cela passerait non seulement par le regroupement des deux conseils généraux et de leurs budgets, sous la forme d'un "Conseil des Pays de Savoie" mais aussi par l'exercice de nouvelles compétences supplémentaires qui pourraient être déléguées par la Région (pour le tourisme) et l'Etat (en matière culturelle et patrimoniale).

Quels sont les obstacles ?
Le nombre d'élus. Actuellement, il y a moins de conseillers généraux en Haute-Savoie avec une population de 50 % supérieur. Un redécoupage des cantons est donc nécessaire.

La tendance actuelle est à la diminution des régions. Or là, vous voulez créer une sorte de département-région...
Partiellement. D'une part Rhône-Alpes a la taille critique suffisante pour continuer à gérer le ferroviaire. Mais d'autre part, elle est trop grande pour gérer le territoire. C'est impossible pour les conseillers régionaux de la parcourir en tout sens. Et on sait la Région très lointaine des préoccupations des gens. Par ailleurs, c'est une erreur complète de penser que la santé économique est liée à l'organisation territoriale. Les grandes régions européennes ne sont pas la panacée. Ce qui fait le succès de l'économie allemande, ce n'est pas les länder mais un système financier local qui depuis a permis de soutenir les PME/PMI.

Voulez-vous donner un gage aux partisans de l'autonomie de la Savoie ?
Pas du tout. Je suis gaulliste, français et républicain. Il y a toujours un mouvement savoisien avec un gouvernement en exil à Genève. Mais je ne me positionne pas par rapport à eux. Le fil rouge de la Savoie a toujours été d'être ouverte sur l'extérieur. Pas de vivre repliée.

Pourquoi n'êtes vous pas favorable à la suppression des départements ?
Admettons, demain, qu'on supprime les départements comme le dit Attali. On supprimera peut-être les conseils généraux mais pas les services. Il faudra toujours des assistantes sociales de proximité et des cantonniers. Il faut que le maillage territorial existe. Par contre, plus critiquable est la superposition des interventions entre la région et le département. Ça introduit de la complexité, des coûts, une bureaucratie invraisemblable. Il faut supprimer les compétences croisées. A la région, la formation : ce qui passe par le transfert de la gestion des collèges. Aux communes et aux départements, l'aménagement du territoire. Il faut rentrer dans un nouveau paradigme. Si vous unifiez les collectivités par les élus, il n'y a plus de problème de rivalité entre collectivité. C'est pour cela que je propose que la création de conseillers territoriaux qui siègeraient à la fois au conseil général et au conseil régional.

La relance du rapprochement entre la Savoie et la Haute-Savoie signifie-t-il que vous abandonnez vos ambitions nationales ?
Je suis dans une position de recul par rapport aux péripéties politiciennes. J'ai d'autant moins d'ambition ministérielle quand je vois désormais le contenu de la fonction, court-circuitée en permanence !
L'espoir déçu de la Chiraquie

Le président du Conseil général de Savoie doit toute sa carrière à Jacques Chirac. Député à 33 ans, secrétaire d'Etat à 35 sous le gouvernement Juppé, le natif de Bourg-Saint-Maurice est propulsé en 1999, à la tête du Conseil Général de Savoie par Michel Barnier quand ce dernier est nommé commissaire européen par Jacques Chirac.

En 2001, Hervé Gaymard délaisse les affaires savoyardes et rédige le programme présidentiel de son mentor qui le nomme, une fois élu, ministre de l'Agriculture, l'un des domaines de prédilection de l'ancien président de la République. Mais quelques semaines après avoir succédé à Nicolas Sarkozy au ministère de l'économie, l'ascension du chiraquien Gaymard se brise. Le Canard Enchaîné révèle le 16 février 2005 qu'Hervé et Clara Gaymard et leurs huit enfants sont logés au frais de l'Etat dans un duplex de 600 m2 dont le loyer s'élève à 14 400 euros par mois. La polémique enfle. Hervé Gaymard est obligé de démissionner le 25 février.

Le "bébé Chirac", était censé donner un coup de jeune à la Chiraquie pour contrer Nicolas Sarkozy. Il a dû se rapatrier sur ses terres savoyardes. Il a depuis été élu député en 2007 et président du Conseil Général en 2008. Philosophe, celui qu'on attendait à Matignon attend son heure : "Le pouvoir, c'est un devoir, pas un plaisir. Son exercice est destructeur pour la vie personnelle et la vie privée. La sur-médiatisation de la vie politique vous fait entrer dans une essoreuse qui est épouvantable. Ce n'est pas supportable longtemps. On est des êtres humains, pas des robots".

La Haute-Savoie refuse la main du Savoyard

Le Conseil Général de Haute-Savoie, présidé par le divers droite, Christian Monteil, s'est clairement positionné contre le projet fusion avec la Savoie. En des termes courtois mais fermes, celui-ci repousse les avances de son homologue savoyard. Il pointe d'abord une perte de proximité : "sur les trois compétences qui sont les nôtres (social, transport et infrastructure) nous les exerçons dans le meilleur périmètre possible. Depuis Annecy, rejoindre la Vallée de l'Arve, le Chablais, ça se fait au quotidien. Comment nous pourrions gagner en efficacité s'il fallait redescendre sur les vallées de la Tarentaise ou de la Maurienne ?" Surtout, il ne veut pas emmener ses collègues "se battre contre des moulins à vent" : "la seule chose qui serait possible, ce serait de rebattre complètement les cartes en créant un département-région. Mais je ne me fais guère d'illusion pour que cela aboutisse. En Alsace, ils ont essayé mais ils n'y arrivent pas alors qu'ils partent avec de meilleures conditions que nous. On ne nous laissera jamais faire".

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