Gérard Leras (Les Verts) : " Rhône-Alpes peut jouer un rôle important sur le marché du non OGM "

Entretien.

Lyon Capitale : Quel est votre sentiment à chaud après le rejet surprise par les députés du projet de loi sur les OGM ?
Gérard Leras : Je vous avoue que je ne m'y attendais absolument pas. C'est un vote surprise. En fait, de nombreux députés de droite, inquiets sur le sujet, ont préféré " aller pisser " comme on dit, c'est à dire qu'ils n'ont pas participé au vote. C'est une victoire mais une victoire qui peut être provisoire car François Fillon, va soumettre à nouveau le même texte aux deux assemblées. On peut donc avoir la même opération qui reprendra. Mais le gouvernement peut-il se le permettre dans le sens où il s'est fait mettre en minorité par sa propre majorité et que c'est un désaveu total ? En tous cas, nous restons mobilisés.

"Liberté de consommer et de produire des OGM (...) dans le respect du principe de précaution". Le projet de loi du gouvernement n'est-il pas paradoxal ?
Bien sûr ! Cette loi ne veut rien dire. Le gouvernement installe les OGM et enrobe le tout dans une soupe démagogique. On fait semblant de prendre en considération les questions d'ordre environnemental et de santé publique. On fait une loi qui tente d'instaurer ce qui est faux, c'est à dire une possible coexistence entre deux choses qui ne le sont pas.

Rares ont été les députés UMP à voter contre le projet de loi en 1ere lecture. Ils sont 4 dans la région. La résistance s'organise-t-elle en Rhône-Alpes ?
Il y a eu, il y a, et il y aura toujours de la résistance, même du côté du gouvernement. C'est une bonne chose. Cela prouve qu' il y a quand même des gens qui savent, qu'aujourd'hui, il existe des productions de qualité, identifiées, territorialisées, AOC et qui sont parfaitement incompatibles avec la présence d'OGM. Quand vous discutez avec des gens de la coopérative du Beaufortain, de la rigotte de Condrieu ou du Comté du Jura, il est évident que pour eux, toute présence de gènes apportés par les OGM est une véritable catastrophe car c'est parfaitement inconciliable avec leur cahier des charges, et ils savent bien que leur marché s'effondrera le jour où il y aura des traces d'OGM dans leur production.

Justement, Rhône-Alpes a été l'une des premières à dire non aux OGM...
La délibération de 2004 s'oppose à toute mise en place de cultures transgéniques en plein champ sur le territoire de la région. On a également financé la création de Rés'OGM Info qui informe, de manière indépendante, sur les organismes génétiquement modifiés. Mais surtout, la Région s'engage à soutenir les élus locaux qui prendront des dispositions contre les OGM. Ce fut le cas, l'année dernière, à Bourgoin-Jallieu et à St-Maurice-de-Gourdans.

Les régions peuvent être être de véritables contre-pouvoirs ?
Non. L'Etat français nie aux régions le droit d'appliquer une décision de police d'interdiction des cultures OGM, il considère que cela relève de sa seule prérogative. Or, c'est en contradiction avec le protocole de Carthagène (ndlr, impose aux Etats de consulter les citoyens). Ceci dit, l'année dernière, il y a eu une telle levée de boucliers que Monsanto n'a rien pu panter. Dans l'Ain, à St-Maurice-de-Gourdans et à Faramans, ce sont les faucheurs volontaires, dont je fais partie, qui ont tout fauché pour qu'il n'y ait ni pollinisation ni contamination.

Existe-t-il différents niveaux de risques selon qu'on est dans des cultures d'essai plein champ ou en production ?
Absolument pas ! Les risques, sont strictement identiques. L'année dernière, pour la première fois, des cultures de production ont été mises en place partout en France. Sur les 22 000 ha de cultures de maïs Monsanto 810 (ndlr, il produit de l'insecticide contre la pyrale, un insecte ravageur du maïs), 270 ont été plantés en Rhône-Alpes : non seulement, le gouvernement a organisé la mise en place de ces cultures de production, mais en plus, il l'a couverte : il n'y a eu aucune identification des parcelles. En gros, personne ne savait qui cultivait quoi et où, ce qui est scandaleux par rapport aux voisins qui peuvent être victimes de contamination. C'est tout à fait inadmissible.

La secrétaire d'Etat à l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, s'est dite " très à l'aise " avec le texte sur les OGM. Cela vous étonne ?
Non. Elle fait carrière, comme beaucoup. C'est banal.

Valérie Pécresse, ministre de la recherche, a, quant à elle, déclaré que ce même texte apportait " toutes les garanties (...) et assurait le plus haut niveau de protection en Europe ".
(Sourires). Le plus haut niveau de protection en Europe existe : il est dans l'interdiction totale des OGM.

Pour elle, il faut passer par la recherche plein champ pour comprendre les processus en jeu...
C'est archi faux. On n' a pas besoin de cultiver en plein champ pour comprendre. Le véritable problème, c'est qu'il n'y a plus de recherche fondamentale. En particulier sur les organismes présents dans le sol et vecteurs de diffusion des gènes OGM. Bref, en l'état actuel des connaissances, on ne sait pas si il peut y avoir contamination horizontale, c'est à dire par le sol.

Quel est l'influence du lobbying pro-OGM ?
Je l'ai vécu de très près il y a deux semaines, lors d'une mission au Parana, au sud du Brésil. J'ai vu à l'oeuvre la façon dont Monsanto pénètre les campagnes : en gros, ils n'incitent aucun cultivateur à être pro ou anti OGM mais ils leur disent simplement que le soja RR, résistant au Round-Up, est mieux dans les parcelles " sales ", celles où poussent de mauvaises herbes. Et que s'ils plantent OGM, ils auront du round-up quand ils voudront. En France, il y a aussi Limagrain-Biogemma. Ils ont planté 11 hectares de culture dite térapeuthique dans le Puy de Dôme pour soi-disant soigner la mucoviscidose. C'est une démagogie assez dégueulasse car la protéine produite n'a jamais traité la mucoviscidose. Elle permet seulement de diminuer les effets secondaires. Et puis en principe, quand on sort un médicament à la vente, il est testé. Or, là, rien. On ne sait pas ce qu'elle fait dans un organisme humain !

Que fait le région pour booster les alternatives aux OGM ?
Depuis septembre 2006, je préside un groupe de travail qui met en place des alternatives concrètes aux OGM. En particulier, l'autonomie alimentaire, c'est à dire aider les élevages à évoluer vers des techniques, des pratiques qui font qu'on sorte de l'intensification dominante. C'est très important car c'est à travers le maïs que les OGM sont proposés. D'autre part, à partir du moment où on travaille systématiquement en maïs, on donne aux vaches une ration qui est d'un niveau très élevé en énergie et d'un niveau très faible en protéines. On crée donc un déficit de protéines qu'il faut combler. Et en pratique, on le comble avec du tourteau de soja importé, à 70 %- 80 % OGM.

En quoi l'Etat du Parana intéresse-t-il Rhône-Alpes ?
On envisage, à terme, de mettre en place une filière d'approvisionnement en soja garanti non OGM à partir du Parana, au sud du Brésil, depuis l'approvisionnement en semences, la récolte, les contrôles nécessaires jusqu'à l'embraquement au port, le transport par bateau, terrestre en France. Mais ça ne marchera que s'il y a un acte de solidarité important entre des producteurs paranéens à qui on serait en mesure de garantir un prix d'achat supérieur pour leur soja non transgénique que celui OGM (...) Pour arriver à entrer sur le marché, il faut plusieurs centaines de milliers de tonnes de soja importés. Rhône-Alpes peut jouer un rôle important sur le marché du non OGM, mais seuls, on aura un peu du mal ; il faut donc travailler avec les régions voisines, et peut être avec la Suisse.

Comment le système est acceuilli ?
Positivement. D'ici juillet, la région va financer 30 diagnostics dans 30 élevages. C'est primordial d'agir sur l'élevage parce qu'aujourd'hui, la porte d'entrée principale des OGM en France est à travers l'alimentation du bétail. Or, l'alimentation du bétail, ça donne des oeufs, du lait, de la viande, du fromage, de la volaille que nous consommons tous les jours. Et le tout sans aucune traçabilité car la traçabilité qu'a mise en place l'Europe ne s'applique pas aux produits issus de l'élevage. Donc quand vous allez chez le boucher, vous achetez un morceau de viande, vous ne savez pas si l'animal qui a été abattu a mangé des OGM ou pas.

La France est-elle en train d'accepter le monde selon Monsanto ?
Ce serait plutôt le monde selon les chimistes, les semenciers comme Limagrain, Pioneer, Bayer ou Monsanto étant, à l'origine, tous des chimistes. La technologie OGM qui est une technologie totalitaire n'est donc pas seulement américaine.

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