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Fermeture de Veninov : de l'amertume et des questions

Veninov, la plus vieille entreprise de Vénissieux, a été placée jeudi en liquidation judiciaire. L'entreprise semble avoir perdu pied en quelques mois : les salariés dénoncent un "sabotage", les pouvoirs publics, réunis lundi à la préfecture du Rhône pour une table ronde, se disent dépassés.

"Il n'y a plus rien à reprendre, sauf les salariés", se désole Ayadi Assadi devant le Tribunal de commerce de Nanterre (92). Délégué du personnel, il travaille depuis seize ans chez Véninov, la plus vieille entreprise de Vénissieux, créée en 1874 et connue pour avoir inventé la toile cirée. Il est midi en ce jeudi 21 juillet, et la liquidation judiciaire vient d'être prononcée, au terme d'un déclin dont la rapidité laisse incrédules élus locaux et salariés.

Neuf mois de crise

Ce qui s'est passé ces neuf derniers mois reste flou. En juillet 2010, les 87 employés font des heures supplémentaires et produisent "plus de 20 millions d'euros de marchandises", selon les syndicats. En novembre, ils attaquent aux prud'hommes la holding allemande Eilich, propriétaire du groupe Alkor-Venilia, auquel appartient Véninov : devant le manque de trésorerie, les dirigeants déclarent le chômage technique, et les salaires d'octobre se font attendre.

En mars, regain d'optimisme : Alkor-Venilia est racheté par Windhager-Garden, géant autrichien du matériel de jardinage. Le repreneur promet 25 millions d’euros d'investissement et l'embauche de 140 personnes. Mais cède peu après ses parts (25 % du capital) à une holding suisse, Alven GmbH. Enfin, le 6 juillet 2011, le Tribunal de commerce de Nanterre place Véninov en redressement judiciaire, dernière étape avant la liquidation.

"Les salariés ne savent même pas qui possède aujourd'hui Véninov, on n'y comprend plus rien", déplore Michèle Picard, maire communiste de Vénissieux. Pour les syndicats, qui mettent vivement en cause la gestion de la holding allemande Eilich, l'entreprise a été "sabotée". Une source interne préfère parler de "bonnes idées mal mises en œuvre".

Stratégie de redressement maladroite

Le scénario qui se dessine conjugue maladresses de stratégie et de gestion, précipitant la chute d'un groupe en perte de vitesse depuis 2005 : le dépôt de bilan concerne aujourd'hui les 550 salariés européens.

Après leur reprise d'Alkor-Vénilia en mai 2009, les deux actionnaires ont fusionné l'ensemble des filiales européennes, soit trois usines de production : Veninov à Vénissieux (production de toile cirée), H.A.Intériors en Angleterre (stickers), et Boekelo Folien en Hollande (adhésif industriel). Plus 8 établissements, dont un à Rueil-Malmaison, pour la commercialisation des marques Venilia, Bulgomme et Alkor.

A Véninov, cela s'est traduit par la fermeture de l'entrepôt de Chaponnay et le regroupement de l'ensemble des stocks à Bocholt, en Allemagne. D'après Stéphane Navarro, délégué CGT, le coût élevé de ce déménagement, combiné à des problèmes informatiques (installation d'un nouveau logiciel de gestion) qui ont désorganisé la production, est en partie responsable de la dette considérable contractée par Véninov.

Garanties d'emprunts "déraisonnables"

Une dette dont le montant reste difficile à chiffrer : "Cela fait des mois que les salariés réclament sans succès un bilan financier", raconte André Gérin, député de Vénissieux, qui a écrit plusieurs fois au ministre de l'industrie Eric Besson pour demander son intervention.

Une source interne à l'entreprise raconte : "Pour faire face aux problèmes de trésorerie, les actionnaires d'Eilich ont emprunté 9,7 millions d'euros en décembre 2010 auprès du fonds d'investissement américain Gordon Brothers. Ils ont garanti ce prêt avec les actifs d'Alkor-Vénilia."

Résultat : pour faire face au défaut de paiement des actionnaires allemands, Véninov a dû céder pour un euro symbolique le terrain sur lequel l'usine est implantée, qui appartient désormais à Gordon Brothers.

Un second prêt "d'une vingtaine de millions d'euros" auprès de la banque allemande Commerzbank a été garantie "avec les machines, les stocks et même la marque", ajoute Stéphane Navarro. Des garanties considérées comme "déraisonnables" par le Tribunal de Nanterre, qui soupçonne des "actes frauduleux" de la part des anciens dirigeants, selon une source proche du dossier.

Dernière ligne droite

Jean-François Carenco, préfet du Rhône, a réuni lundi 25 juillet une table ronde pour tenter une dernière fois de trouver un repreneur à Véninov. Une mission confiée à l'Aderly, qui avait agité ses réseaux début 2011 pour contacter en Allemagne les actionnaires, alors injoignables.

Les salariés, eux, ont voté le 21 juillet l'occupation de l'usine. Ayadi Assadi est amer : "Nous avons alerté tout le monde sur le fait que l'entreprise ne fonctionnait pas normalement. On se sent abandonné." Adjoint du Grand Lyon au développement économique, David Kimelfeld répond : "Dans la mesure où l'entreprise ne nous demandait rien, la seule chose que nous pouvions faire était envoyer des signaux sécurisants aux repreneurs potentiels."

Chez Véninov, on rappelle que le groupe Alkor-Vénilia est implanté sur une demi-douzaine de sites en Europe : "Les commerciaux sont à Rueil-Malmaison, la plateforme de stockage en Allemagne... Ça n'a pas de sens de vouloir sauver Véninov indépendamment des autres salariés du groupe."

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