Euthanasie active, "t'es pour ou contre ?

Comment ne pas l'être en effet devant les images de cette femme diminuée, défigurée par la maladie et la souffrance, demandant la mort comme dernière volonté ?
Et revoilà l'éternel débat sur l'euthanasie active relancé.
" Et toi, t'es pour ou contre ? " A la machine à café comme au déjeuner dominical, les discussions vont bon train, chacun y allant de son petit argument...
Pour ma part, je suis convaincu qu'autoriser légalement l'euthanasie active n'est pas la bonne solution. Mais y en a-t-il une, me direz vous ? Rien n'est moins sûr... Néanmoins.
Tout d'abord parce que la loi du 22 avril 2005, relative aux droits des malades en fin de vie, instaurant une euthanasie passive par des soins palliatifs encadrés, est aujourd'hui suffisante. Suffisante aux quelques cas se présentant chaque année. Suffisante pour ne pas trop légiférer. Alors c'est vrai, l'euthanasie active est pratiquée de nos jours en France officieusement par certains médecins. Mais pourquoi ne pas laisser à ces professionnels la faculté de juger au cas par cas ? Car il y a ici une dimension personnelle, affective et humaine que la loi, générale et impersonnelle, ne peut régler.
Ensuite parce que c'est contre la maladie et la souffrance qu'il faut se battre, et non pas contre la vie. Oui il faut lutter contre cette douleur insoutenable qui tiraille nos malades, mais pas en leur donnant la mort ! Favorisons la recherche médicale, travaillons tous ensemble à améliorer les soins palliatifs. Stimulons la combativité ! Que seraient devenus tous ces malades soi-disant incurables, pourtant sortis du coma après 20 ans ou guéris du SIDA, du cancer, remarchant après des paralysies jugées " sans espoir ", avec une telle loi ?La dignité est, nous dit-on, du côté de ceux qui demandent à mourir... Mais n'est-elle pas aussi du côté de ceux qui choisissent de se battre ?
Surtout, ouvrir la porte à l'euthanasie active, c'est accepter de réfléchir sur le bien fondé de la vie. C'est s'engager sur la voie dangereuse d'un contrôle de la vie et de la mort. C'est jongler avec ces deux éléments de l'humanité toute entière. Eugénisme, j'entends ton nom ! Pourquoi alors n'autoriserait-on pas un tri génétique sélectif, afin d'éviter certaines maladies ? Et que faire de nos handicapés, de nos arriérés, de nos vieux, des gênants, de ceux qui coûtent cher ? Un autiste ne souffre-t-il pas également de son mutisme, de sa solitude ? Où mettre la limite à cette souffrance justifiant la mort ?
On nous montre en exemple certains pays, comme la Hollande, pratiquant depuis quelques années l'euthanasie active. 1 800 cas en 2003, la possibilité, décidée par les parents, d'euthanasier des enfants de moins de 12 ans... Mais en veut-on vraiment, de ce modèle ?
L'avenir va donner aux hommes toujours plus de pouvoirs sur leur destinée. Et c'est parce que, demain, tout sera possible qu'aujourd'hui, il nous faut poser la barrière de la morale et de l'éthique.
J'entends déjà les ardents défendeurs du droit à mourir dignement cogner à la porte de ma conscience, et me chuchoter : " n'as-tu pas honte ? ".
Vincent, Chantal, pardon, mais pour l'humanité, non. Deux fois non...

Paul Cottin

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