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Euro 2016 - Alcool : l’interdiction n’a pas empêché l’ivresse à Lyon

La préfecture du Rhône a interdit, par un arrêté publié ce lundi, la vente d’alcool à emporter aux supporters les jours de match à Lyon. Une décision diversement appliquée... et qui suscite l’incompréhension chez les différents acteurs.

L'ambiance était à la fête, ce lundi, à Lyon. Une foule de Belges a envahi la Presqu'île en début d'après-midi, à quelques heures du match de leur sélection au Parc OL. Les footeux ont très largement préféré se promener entre la place des Terreaux et Bellecour, s'arrêtant dans un bar pour suivre les matchs de l'après-midi, plutôt que de rester dans la fanzone.

Ils étaient tous en état d'ébriété plus ou moins avancé, certains une bière à la main. Curieux, quand on sait que l'interdiction de vendre de l'alcool à emporter aux supporters avait été prononcée le matin même par arrêté préfectoral. Mais alors comment diable (rouge) nos amis belges ont-ils fait pour obtenir leurs bouteilles, canettes et autres gobelets ?

“Si on te pose la question, tu n’es jamais venu chez moi”

Certains ont usé d'un stratagème pour acheter de l'alcool en douce. "On a demandé à un Français d'en acheter pour nous", nous raconte ainsi Danny, posté à côté d'un énorme pack de bières. La plupart ont simplement bénéficié de la complaisance des commerçants. "On nous a dit que ce n'était pas pour les supporters, mais on nous a donné quand même", relate Christophe, rencontré sous un abribus une canette à la main. "Ils avaient vu qu'on était des supporters", assure le Belge, vêtu d'un maillot de sa sélection. "D'abord on était maquillé, on ne pouvait pas acheter. Puis on s'est démaquillé, et après on pouvait acheter", raconte encore Jef, alors que la trace d'un drapeau belge à moitié effacé est encore visible sur sa joue.

Les vendeurs semblent en effet surtout vouloir éviter que des supporters belges soient repérés, en possession d'alcool, à la sortie de leur supermarché. Quitte à donner des indications claires aux fêtards. "Quand j'ai été chercher ma bière chez un vieux Pakistanais […], il nous a d'abord dit qu'il ne pouvait pas vendre de l'alcool, sinon il avait 8 000 euros d'amende. Mais finalement, ce Pakistanais-là nous a dit : “Si vous faites ça proprement, tu me paies à l'avance, tu te sers et je ne regarde même pas ce que tu prends. Et tu caches. Parce qu'il y a la police, en uniforme et en civil. Donc tu caches, tu pars directement, et si on te pose la question tu n'es jamais venu chez moi”", rapporte Xavier, rencontré place des Terreaux.

Un manque à gagner considérable

Casino Shop de la place des Terreaux

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Le Casino déserté, sur la place des Terreaux.

"Il fait son beurre", ajoute le supporter, compréhensif avec le commerçant. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Le Belge désigne un Casino Shop situé sur la place. Sur la façade du magasin, un panneau proclame : "Vente d'alcool interdite".

"Entre le moment où les forces de l'ordre sont passées pour signaler l'arrêter (vers 14h30) et maintenant, on a dû perdre au moins 20-25 % du chiffre. Donc on a au moins perdu 600-700 euros en deux heures", nous indique le gérant du supermarché. La décision du préfet agace le commerçant : "Il y a deux poids, deux mesures. Les brasseries ont le droit de vendre de l'alcool, les gens ont le droit d'être ivres à la terrasse d'un café, mais ils n'ont pas le droit d'acheter de l'alcool chez nous." "Il y a des brasseries qui vendent à emporter aussi", pointe encore l'homme d'une cinquantaine d'années.

Une allégation qui se confirme quand nous croisons un groupe de supporters des Diables rouges, un gobelet de bière à la main. "On les a eues place des Terreaux, dans un bar", nous explique l'un d'entre eux, déjà passablement éméché. Les bars ne sont toutefois pas les seuls à laisser leur clients emporter leurs boissons à l'extérieur. "On l'a eue dans une pizzeria", nous indique Patrick, un Belge au rire tonitruant rencontré aux abords de la fanzone, quand on lui demande d'où vient sa bière. "On a tous pris une pizza et une bière, on a mangé la pizza et après on pouvait emmener la bière avec nous", précise-t-il. "Il y avait des policiers à l'intérieur", se défend Patrick quand on lui apprend l'interdiction. L'histoire ne dit pas si les supporters ont réussi à échapper à la vigilance des forces de l'ordre, ou s'ils ont bénéficié d'une certaine interprétation de l'arrêté préfectoral.

Un réel risque de hooliganisme ?

La décision du préfet faisait suite aux affrontements survenus à Marseille, entre supporters russes et anglais, avant le match opposant les deux pays ce samedi. "Entre les matchs à risque comme Angleterre-Russie et Belgique-Italie, ce n'est pas du tout la même chose. Les Italiens et les Belges s'entendent bien, il n'y aura jamais de problème", souligne pourtant le gérant du Casino Shop. Une vision partagée par de nombreux supporters.

Parmi ceux que nous avons rencontrés, aucun ne s'inquiète d'éventuels heurts entre Italiens et Belges. "On est là pour le plaisir, on n'est pas là pour se taper dessus comme des Russes, des Anglais ou des Néerlandais", explique Xavier, alors qu'il joue au football devant l'hôtel de ville.

"Là c'est simplement de la communication et du tirage de couverture : si il se passe quelque chose ce ne sera pas de notre faute, on a pris les bonnes décisions", conclut le commerçant de la place des Terreaux, dont le magasin jouxte deux bars pleins à craquer de supporters belges.

Force est de constater qu'aucun affrontement n'a été signalé ce lundi. Un calme peut-être dû à la très faible présence italienne dans les rues lyonnaises avant le match. Toujours est-il que la prochaine rencontre organisée au Parc OL (ce jeudi 16 juin) sera un test bien supérieur pour les forces de l'ordre. Elle opposera en effet l'Ukraine et l'Irlande du Nord, deux pays dont les supporters respectifs ont déjà été impliqués dans des affrontements.

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2 commentaires
  1. FEFI - 16 juin 2016

    Comme on ne va pas fermer les bars, et qu'il n'y aura pas de contrôle des grandes surfaces, seuls les petits commerçants seront déçus.

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