La plateforme « Trouver mon master » a été créée pour permettre aux étudiants sans master de formuler des recours

Étudiants sans master : à Lyon, les universités croulent sous les demandes

De nombreux étudiants lyonnais n'ont pas réussi à trouver un master. Désespérés, ils tentent tous les recours possibles pour se faire une place, mais les universités de Lyon ne peuvent pas pousser leurs murs, car leurs capacités d'accueil sont quasiment toutes atteintes.

À l'occasion de la rentrée universitaire, Lyon Capitale consacre une série de trois articles à la situation des étudiants. Aujourd'hui, le troisième et dernier épisode porter sur les étudiants sans master. Retrouvez le premier article sur la situation sanitaire et la précarité ici. Dans le second volet, à lire ici, des étudiants ont témoigné de leurs difficultés à se loger.

Journée de pré-rentrée à Lyon 2. Les associations et syndicats installent leur stands, accueillent et orientent les étudiants dans une des cours intérieures. Un étudiant s'approche du stand de l'UNEF. "Je n'ai toujours pas de place en master", résume Youcef. Il s'installe et les militants lui explique les démarches à entreprendre. Il repart, une liste en main, avec l'espoir de voir ses recours aboutir.

Comme Youcef, de très nombreux étudiants en France et à Lyon n'ont toujours pas décroché de place en master alors que la rentrée universitaire a déjà eu lieu. Et ce, malgré les 4400 places en plus créées par le ministère de l'enseignement supérieur. Une réforme de 2016, appliquée en 2020, a instauré la sélection entre la troisième année de licence et le master, occasionnant ces difficultés. Selon FranceInfo, 9 000 étudiants n'avaient rien obtenu en 2020.

À Lyon 2 et Lyon 3, les capacités d'accueil des masters sont déjà remplies en cette rentrée 2021, car les demandes sont nombreuses.

Des capacités d'accueil saturées

35 675 demandes pour 1000 places en Master 1 de droit à Lyon 3. Les chiffres sont éloquents. Comme l'année dernière, les places en master sont très chères. Avec l'Institut d'administration des entreprises (IAE), qui a reçu 10 000 demandes pour 789 places, le droit est la filière la plus en tension, à Lyon et en France. Pourtant, l'université Lyon 3 assure augmenter chaque année ses capacités en master de 3 %.

Pas suffisant pour absorber les demandes des étudiants. "C'est le revers de la médaille du succès car en master, nous avons d'excellents taux d'insertion", analyse l'université. "Malheureusement nous avons des contraintes en terme de capacités d'accueil, et nous ne pouvons pas pousser les murs. D'autant plus que nous sommes parmi les universités les moins dotées", regrette l'institution.


"Nous n'avons pas les moyens d'accueillir plus d'étudiants en master sans dégrader l'enseignement reçu : nous manquons d'enseignant.es et de salles", détaille Marie-Karine Lhommé, vice-présidente en charge de la formation à l'université Lyon 2.


Même son de cloche du côté de Lyon 2. "Les inscriptions des étudiant.es en Master sont en cours jusqu'à la fin du mois (...) Nous avons des masters déjà pleins, et d'autres qui le seront sans doute dans les semaines à venir", résume Marie-Karine Lhommé, vice-présidente en charge de la formation.

Elle explique qu'à Lyon 2, les filières les plus demandées sont le droit et la psychologie. "Nous n'avons pas les moyens d'en accueillir plus sans dégrader l'enseignement reçu : nous manquons d'enseignant.es et de salles. Nous ne pouvons pas non plus mettre un nombre infini de psychologues sur le marché du travail sans mettre en danger cette profession", ajoute-t-elle. Résultat de ces capacités d'accueil limitées à Lyon 2 comme ailleurs : de nombreux étudiants se retrouvent sans master à Lyon.

"J'ai candidaté dans 25 ou 30 masters dans toute la France car mes professeurs m'avait prévenu que ça risquait d'être compliqué. Je n'ai été prise nulle part", témoigne Lola, étudiante en droit public à Lyon 2. Pourtant, l'étudiante n'a pas à pâlir de ses résultats. Elle a validé sa licence avec 12 de moyenne, une note honorable pour une licence de droit. "Je pensais qu'on avait forcément un master à la sortie de la licence...", se désole-t-elle.

Un parcours du combattant

Pour les étudiants, la procédure pour trouver un master n'est pas de tout repos. Si certains sont pris dès la première vague des inscriptions, avec une réponse en juillet, d'autres ont patienté tout l'été pour avoir une réponse... ou pas. "Entre mi-juillet et début septembre, je n'ai pas eu de réponses des universités", explique Lola. De quoi rajouter à l'inquiétude des étudiants. "Je n'ai pas vraiment profité de mes vacances parce que j'ai du sacrifier du temps pour mes recours. C'est quelque chose qui me gênait au quotidien, parce que mon avenir est obscur", confie Youcef, étudiant en droit à Lyon 2.

Cette année, le gouvernement a mis en place une plateforme appelée "Trouver mon master". Les étudiants qui n'ont essuyé que des refus peuvent s'y inscrire et la plateforme se charge de formuler des vœux partout en France. Ce dispositif découle d'un décret publié le 19 mai 2021 portant sur le droit à la poursuite d'étude. Il dispose qu'un étudiant sans place dans un master peut formuler un recours auprès du recteur de son académie, et que trois propositions d'admission doivent lui être faites. En théorie. En pratique, les étudiants n'ont parfois aucune proposition d'admission, comme Lola.


Un décret publié le 19 mai 2021 portant sur le droit à la poursuite d'étude dispose qu'un étudiant sans place dans un master peut formuler un recours auprès du recteur de son académie, et que trois propositions d'admission doivent lui être faites.


Si la procédure échoue, il reste alors la possibilité de faire un recours directement auprès des responsables de master des universités. Le syndicat étudiant l'UNEF a lancé l'opération "SOS Inscriptions" pour accompagner les étudiants dans ces démarches. "Nous sommes chargés de monter un dossier et de prendre rendez-vous avec les responsables des filières. C'est un rapport de force institutionnel entre l'université et le syndicat", explique Karel Talali, président de l'UNEF Lyon. "La semaine dernière nous avons réussi à trouver une place à un élève dans un master de droit public", donne-t-il pour exemple.

À l'université Lyon 3, on reconnaît que le service contentieux et le service juridique ont beaucoup de travail. "On reçoit beaucoup de recours, et ce n'est que le début. Les étudiants sont dans des situations très compliquées et nous devons être à l'écoute. Mais l'étude des dossiers prend du temps et nous sommes limités en moyens", explique l'université Lyon 3. En dernier recours, les étudiants peuvent même en venir jusqu'à attaquer l'université devant le tribunal administratif.

Sans master, des difficultés financières et d'organisation

En plus de l'inquiétude pour leur avenir, l'absence de place en master pour les étudiants peut occasionner des situations très compliquées, notamment au niveau financier. "La plupart de ceux qui n'ont pas de master perdent leurs droits comme la bourse ou l'accès à un logement étudiant. Ils sont dans l'obligation de se salarier pour vivre et peuvent abandonner totalement leur cursus scolaire. Cela crée une discrimination car la fac doit permettre aux étudiants qui viennent de tous milieux d'accéder aux études", s'indigne Karel Talali de l'UNEF Lyon.

Lola s'estime chanceuse. Si elle n'a pas eu de master, elle a pu se tourner vers un Diplôme universitaire payant, à 900 euros l'année, pour étoffer son dossier et tenter sa chance l'année suivante. "Il y a tellement d'étudiants qui sont dans des situations pires que moi. Mes parents peuvent m'aider, je ne suis pas précaire. Mais ça nous force à aller vers des écoles privées ou des cursus payants", constate l'étudiante.


"Peu importe quel master on me propose je ne dirai pas non car je n'ai pas le choix. Mon titre de séjour va expirer en novembre", explique Youcef, étudiant sans master après une licence de droit et de sciences politiques.


L'accès au logement devient aussi problématique. Comment anticiper la recherche d'un logement lorsque l'on pourrait être accepté à l'autre bout de la France. Clarence, étudiant en science politique à Lyon, a finalement été accepté le 7 septembre dans une université parisienne. "J'étais un peu sous le choc et ma famille aussi. La pré-rentrée était le 7 septembre. Je vais devoir me désister si jamais je n'arrive pas à trouver un logement", se désole-t-il. L'étudiant essaye encore de trouver une place dans un logement Crous.

Pour Youcef, l'enjeu est de taille. S'il ne parvient pas à trouver une place en master, il va tout simplement devoir quitter la France. Algérien, il dispose d'un titre de séjour pour étudier en France. "Peu importe quel master on me propose je ne dirai pas non car je n'ai pas le choix. Mon titre de séjour va expirer en novembre", explique l'étudiant qui privilégie le droit public et le droit européen. "Aller en master, c'est le fruit d'années d'efforts. L'essentiel pour moi c'est de finir mes études, c'est mon objectif", confie-t-il, déterminé. S'il n'arrive pas à décrocher un master, il envisage de travailler, avec le risque de ne plus retrouver, ensuite, les bancs de l'école...

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