Déménagés du centre de Lyon, des SDF se rebiffent

Ils se sont d’abord opposés au déménagement de leur centre d’hébergement de la Presqu’Ile aux confins de Gerland. Sans succès. Aujourd’hui, le collectif des résidents du Train de Nuit revendique l’amélioration de leurs conditions de vie.

Ce ne sont pas les Enfants de Don Quichotte. Ces sans-abri ont déjà un hébergement. Ils revendiquent l’amélioration de leurs conditions de vie dans les bungalows du Train de Nuit. Ce centre d’hébergement (CHRS) est en effet le théâtre d’une fronde en mode mineur depuis le déménagement, fin septembre, du quai Perrache à la rue Jules Carteret, à Gerland. Soit de la proximité du centre-ville à un quartier périphérique de Lyon, dans une zone industrielle.

La SACVL pousse les sans-abri vers la périphérie

La responsabilité de cette migration contrainte est endossée par la SACVL, propriétaire du terrain de Perrache. La société d’économie mixte de la Ville de Lyon, spécialisée dans le logement social, avait mis a disposition ce terrain de Perrache auprès des associations Habitat et Humanisme et Secours Catholique, pour y établir un centre d’hébergement à la fois d’urgence et d’insertion. Mais pressée par de graves difficultés financières (lire par ailleurs), la SACVL a accéléré la vente des bijoux de famille. Fin septembre les SDF-résidents ont dû plier bagages alors que le bâtiment qui doit remplacer les bungalows ne sera livré que fin 2012, plus loin sur le quai Perrache (lire encadré). Les associations ont accepté mais pas les sans-abri qui ont, alors, créé un collectif.

Ce collectif a interpellé tous les acteurs de ce dossier, dont le futur promoteur, DCB International, qui prévoit de constuire un immeuble de bureau à la place du Train de Nuit qui s’est dit prêt à "se ranger derrière la décision de laisser quelques mois”. “On veut le début du chantier pour avril/mai 2011", précise son président, Didier Coudard-Breille. La SACVL n’a pas voulu car "elle n’était pas sûr d’avoir le terrain disponible de Gerland à ce moment-là pour reloger le centre d’hébergement", ajoute Didier Coudard-Breille.

Contre la "ghettoïsation"

Les résidents du Train de Nuit dénoncent la "ghettoïsation" dont ils se sentent victimes en étant "ré-hébergés", loin du centre de Lyon, sur ce terrain de Gerland. Car, à 500 mètres de leur bungalow, dans la même rue, on trouve les Algeco d’un autre centre d’hébergement pour SDF appelé "Carteret " (du nom de la rue). Ironie de l’histoire, ce foyer se trouvait sur le terrain qu’occupe actuellement Train de Nuit mais avait dû en partir pour cause de "projet immobilier imminent" qui n’est jamais advenu.

Dans sa dénonciation de la “ghettoïsation”, le collectif de sans-abri a été rejoint par le Réseau des professionnels de l’urgence sociale (qui a notamment fait parler de lui en janvier dernier en organisant la première grève de ce secteur). Dans un communiqué, ces professionnels dénoncent l’attitude de la Ville de Lyon qui utilise l’"argument de la mixité sociale" pour faire capoter le projet de création d’un centre d’hébergement dans le 8e arrondissement (lire ici) mais qui "oublie ces mêmes arguments" pour la rue Carteret dans le 7e arrondissement.

Les revendications : nourriture, portail, sanitaires

Le déménagement a eu lieu à la fin du mois de septembre avec l’aide (à hauteur de 40 000 euros) de la Ville de Lyon. Pour faire passer la pilule, le cabinet du maire a promis des aides à la mobilité qui devraient se concrétiser sous la forme d’une station Velo’V et de distribution de tickets TCL. Un mois et demi plus tard, rien n’a bougé. La direction d’Habitat et Humanisme, qui cogère le Train de Nuit, a dû lancer un appel aux bénévoles pour récupérer des vélos.

Aux revendications des sans-abri résidents se sont ajoutés des demandes sur l’amélioration de leurs conditions d’hébergement. Jean-Nicolas, élu porte-parole du collectif énumère les problèmes : "En réclamant, les sanitaires viennent d’être réparés mais on n’a toujours pas de portail pour fermer le site. Quant à la nourriture, on nous distribue des denrées de la banque alimentaire souvent avariées."

Le directeur par intérim d’Habitat et Humanisme Rhône, Christian Bel Latour reconnaît que, s’agissant du portail, il faut mettre "une pression amicale" sur la Ville de Lyon. Par contre, il affirme qu’aucune denrée avariée n’est distribuée aux résidents.

Vivre à 3 voire 4 dans 15 m2

Mais le gros point noir soulevé par les résidents est le passage progressif de deux à trois personnes par bungalow de 15 m2. "On nous entasse. On ne peut pas appeler ça de l’insertion. Surtout quand on voit toutes les tensions que cette surpopulation engendre", s’insurge José, un de ces résidents. Le collectif demande que l’on installe d’autres bungalows pour continuer à rester à deux, “comme c’était le cas ces six derniers mois”, précise Jean-Nicolas. A cette demande, la direction d’Habitat et Humanisme répond par la négative : "de nouveaux bungalows entraîneraient de gros investissements, notamment en matière électrique. Or on ne peut pas chercher des investisseurs sachant que dans un an et demi, on va de nouveau déménager à Perrache", poursuit Christian Bel Latour, qui explique également que les comptes de l’association sont dans le rouge. Il prévoit un déficit de 100 000 euros (sur un budget de 4 millions) pour 2010. Quant à un coup de pouce éventuel des services sociaux de l’Etat (qui finance à 100 l’hébergement), mieux vaut ne pas compter dessus. "Les financements 2010 étaient en baisse. 2011 sera pire", prédit Christian Bel Latour.

Avec l’arrivée de l’hiver, Habitat et Humanisme annonce que les résidents devront encore plus se serrer pour ne laisser personne dehors. Un quatrième n’est pas à exclure si les températures chutent. Ce qu’on appelle le Plan froid, piloté par l’Etat. Autrement dit : l’expression de la solidarité nationale à l’endroit des sans-abri. Les résidents du Train de Nuit apprécieront.

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Repère

Les bungalows du Train de Nuit

Le Train de Nuit est un centre d’hébergement d’urgence (CHRS) pour hommes seuls cogéré par les associations Habitat et Humanisme et le Secours Catholique. Les bungalows de 15 m2 sont séparés en deux unités : huit prévus pour trois personnes en urgence et dix également prévus pour trois personnes en insertion. Ces derniers payent une partie du loyer et sont censés accéder à un logement classique après plusieurs mois d'insertion. Il y a actuellement une cinquantaine de résidents. Implantés depuis 17 ans à proximité du centre-ville de Lyon, dernièrement au 28 quai Perrache, les bungalows se situent désormais rue Jules Carteret, à Gerland. Fin 2012, finis les bungalows : le Train de Nuit investira un immeuble de 5 étages, au 11 quai Perrache.

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