Délinquance : le vrai coût donné par un Lyonnais

Jacques Bichot a chiffré le coût des fraudes, des vols et des agressions pour la collectivité : 115 milliards d'euros. Cette étude relativise le poids du vandalisme face à certaines arnaques beaucoup plus structurées.

Deux fois le budget de l'Education Nationale. C'est ce que coûte à la collectivité la délinquance chaque année. C'est Jacques Bichot, économiste et professeur émérite à Lyon 3, qui a procédé à ce chiffrage, établi entre juillet 2008 et juin 2009 pour le compte de l'Institut pour la Justice, qui défend les victimes. En agrégeant en autres le budget consacré à la police, la gendarmerie et la justice (14 milliards d'euros), les fraudes fiscales (27 milliards d'euros), le coût du vandalisme (5,6 milliards d'euros) et les violences aux personnes (14 milliards d'euros), il est parvenu à un montant : 115 milliards d'euros, soit 5,6 % du PIB.

Seulement 800 millions d'euros pour les fraudes sociales

Arrivent en tête les fraudes fiscales et sociales (27 milliards d'euros). Beaucoup sont liées au travail au noir, qui constitue pour l'Etat un manque à gagner de cotisations sociales (celles de l'employé non déclaré) et de TVA (prestations non déclarées). Les aides sociales indûment perçues, dont on parle beaucoup récemment avec le polygame nantais, ne représentent que 800 millions d'euros. "Ce type de délinquance porte davantage sur le RSA que sur les allocations familiales", indique Jacques Bichot. L'escroquerie à la carte vitale ou aux arrêts maladies, intégrée dans ces 800 millions d'euros, est plus significative. "Il y a aussi de nombreux cas de faux témoignages qui permettent aux actifs prétendant avoir eu une carrière longue de partir plus tôt en retraite", explique l'économiste.

5 milliards pour une fraude industrielle

"Une fraude est très bien organisée : c'est le carrousel de TVA", souligne Jacques Bichot. Leurs auteurs créent des sociétés fictives qui déclarent des exportations tout aussi fictives. L'État est alors tenu de rembourser le montant de TVA incluse dans les fournitures utilisées pour fabriquer ces faux produits. "La société est ensuite liquidée sitôt le remboursement perçu", raconte le chercheur.

Cette fraude qui sévit d'une façon industrielle depuis une dizaine d'années s'élève à 5 milliards d'euros en France. Soit le coût du vandalisme. Ce qui relativise les mauvais coups de la petite "racaille" face aux agissements du délinquant en col blanc. Dans le vandalisme, figurent en premier lieu les incendies volontaires. Les 100 000 véhicules dégradés coûtent aussi à la collectivité 1,5 milliards d'euros.

Le coût d'une vie : 1,2 millions d'euros

Le chercheur s'est prêté à une comptabilité quelque peu morbide pour estimer le coût d'un viol, d'une agression ou d'un meurtre. Une vie humaine vaut 1 200 000 euros. "C'est une méthodologie bien rodée, utilisée depuis longtemps pour les accidents de la route. Par exemple, pour une victime de 40 ans, on calcule la valeur qu'elle aurait pu produire par son travail jusqu'à sa retraite. Et on y ajoute une estimation de sa production non marchande, par exemple l'éducation de ses enfants", précise Jacques Bichot.

Est-ce vraiment un coût ?

Que faut-il retenir de cette comptabilité ? 115 milliards d'euros : le chiffre impose. Doit-il faire peur ? Comment le comprendre ? "A mon avis, il n'a pas beaucoup progressé ces dernières années. Depuis les années 90, la délinquance totale n'a pas énormément augmenté. Si la délinquance coûte 5,6 % du PIB en France, elle représente plus de 10 % du PIB américain", relativise le chercheur.

A ces éléments de comparaison, il faut ajouter une autre considération. A qui profite le crime ? Doit-on appréhender les 6 milliards consacrés à la sécurité privée uniquement sous l'angle de son coût, alors que l'activité génère des emplois et des rentrées fiscales ? "C'est le problème de la vitre cassée, bien connu des économistes. Si on casse une vitre, ça fait travailler le vitrier. Mais la victime aurait sans doute dépensé cette somme autrement, à un spectacle ou au restaurant", répond l'expert. Doit-on alors considérer que c'est un jeu à somme nulle ? "La criminalité et la délinquance ne font pas baisser notre PIB de 115 milliards d'euros, mais elles diminuent notre bien être collectif en renforçant un sentiment d'insécurité". Et cela a bien sûr un coût. Une notion relative qui, en politique, peut devenir une martingale électorale et donc un bénéfice.

Principaux chiffres (en millions d'euros) :

Violences : 14 175

Crime organisé : 16 145

Vols : 9 831

Vandalisme : 5 642

Délinquance financière etr informatique : 20 261

Délits divers (dont les fraudes fiscales et sociales ) : 29 010

Dépenses publiques de sécurité (dont police, justice, gendarmerie) : 19 920

Retrouver l'intégralité de l'enquête

à lire également
Centre de protection urbaine de Lyon, 2011 © Tim Douet
Les débats philosophiques des décennies passées sur la vidéosurveillance semblent avoir laissé place à une approche dite “pragmatique”, mais surtout favorable à cette technologie. Même les communes traditionnellement contre, comme Villeurbanne, sautent le pas. Le dispositif permettrait d’apaiser la vie de la cité. Comme en témoigne le bilan de l’expérimentation des caméras-piétons par les policiers municipaux de Rillieux-la-Pape, plébiscitées.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut