La Tour du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), dans le 8e arrondissement, se cherche une nouvelle utilité. Il y aurait au moins 40 millions d’euros de rénovation à faire. (Photo Hadrien Jame)

Vendre, réhabiliter ou détruire la Tour du CIRC dans le 8e ? La Ville de Lyon va déléguer au privé

La tour de 68 m de haut qui surplombe le quartier de Grange Blanche dans le 8e arrondissement et qui abrite, depuis 50 ans le Centre international de recherche sur le Cancer (CIRC) se cherche une nouvelle vocation. Détenu par la ville, le site pourrait être cédé alors qu’il faudrait au moins 40 millions d’euros pour rénover le bâtiment.

D’ici la fin de son mandat en 2026 la majorité écologiste à la tête de la ville de Lyon ambitionne de réhabiliter et redonner vie à plusieurs sites emblématiques de son patrimoine vacant. Le Chalet du Parc de la Tête d’Or ou le Musée Guimet ont déjà trouvé des perspectives à court ou moyen terme, pour la Tour du CIRC dans le 8e arrondissement, les choses devraient bouger prochainement. 

Les projets inachevés de la précédente majorité

Bientôt orpheline du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dont elle porte le nom depuis sa construction en 1972, la tour de 68 m de haut et le tènement sur lequel elle se trouve dans le quartier de Grange Blanche doivent donc trouver une nouvelle vocation. Sous la précédente majorité, dirigée Georges Képénékian, la Ville avait déjà réfléchi au projet pour anticiper le déménagement, fin 2022, du CIRC dans un bâtiment neuf situé au coeur du Biodistrict à Gerland, dans le 7e arrondissement.

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"Imaginer que l’on ferait là quelque chose autour de la promotion de la santé me paraitrait intelligent", Georges Képénékian, conseiller d'opposition et ancien maire de Lyon


Plusieurs projets "dans le champs du sanitaire" avaient notamment été étudiés  Alors président du conseil de surveillance des HCL, Georges Képénékian s'était notamment penché sur la faisabilité "de concentrer toute l’administration des HCL dans la Tour pour créer un centre unique de gestion de tous les hospices civils". Par la suite, la création d'un "pôle médico-social à côté d’Édouard-Herriot, qui aurait eu une partie à vocation de rentabilité," avait un temps trouvé sa place sur la table des projets, en raison de la proximité dans le quartier du Centre Léon Bérard, de l'école d'infirmière, du Vinatier, etc. Deux projets finalement "mis de côté" à la fin du mandat. "Le cout de rénovation était un des aspects qui plombait tous les projets", se souvient l'ancien édile de Lyon, qui n'hésite pas à comparer le bâtiment à une "épine".

40 millions d'euros de travaux

Deux ans plus tard, le maire de Lyon, Grégory Doucet, et son adjoint au Patrimoine et à la Transition écologique, Sylvain Godinot, n’ont pas "fléché d’activité de devenir" pour ce bâtiment qui nécessiterait "à minima 40 millions d’euros de travaux", à en croire l’élu. Entre les contraintes liées à la hauteur du bâtiment, à ses ascenseurs et à la présence d’amiante, la note pour réhabiliter le site sera salée et la Ville de Lyon n’est pas prête à en assumer le poids. 


"Ces bâtiments qui n’ont pas de vocation à être entièrement des services publics, on les confie au privé pour trouver un modèle mixte”, Sylvain Godinot, adjoint au patrimoine


La Ville devra donc vendre le site qui occupe "emplacement exceptionnel", car il est proche de l’Hôpital Edouard-Herriot et bien desservi par les transports en commun, ou le confier à un acteur privé sous la forme d’un bail emphytéotique. Un choix largement assumé par Sylvain Godinot qui explique que la Ville "investit sur la création de nouveaux équipements publics. Il y a de l’argent public massivement injecté et on ne peut pas faire 100% d’argent public. Donc ces bâtiments qui n’ont pas de vocation à être entièrement des services publics, on les confie au privé pour trouver un modèle mixte”. 

L'idée d'une cession sur la table

Contrairement à ce qui est étudié et souhaité pour d’autres sites comme le Chalet du Parc, le Musée Guimet, le site Neyret ou encore la Galerie des Terreaux, "la cession de la tour du CIRC est clairement envisageable", assure Sylvain Godinot. Ce qui n'est pas pour surprendre Georges Képénékian, qui rappel qu'à l'époque il s'était "battu pour que l’on ne vende pas la salle Rameau, mais là compte tenu de la charge que va avoir l’opérateur pour le décaborner et le désamianter je comprends que l’on puisse le vendre. Et probablement que le prix sera calculé en fonction du projet et d’un équilibre budgétaire de l’opérateur qui l’achètera". L'élu ne cache d'ailleurs pas qu'à "un moment on a du imaginer que le plus simple serait de le raser".


"Compte tenu de la charge que va avoir l’opérateur pour le décaborner et le désamianter je comprends que l’on puisse le vendre", Georges Képénékian, conseiller d'opposition et ancien maire de Lyon


Ce ne devrait finalement pas être le cas, car d’ici la fin du mois d’avril, un appel à projets, qui doit faire l’objet d’une conférence de presse, sera publié par la Ville de Lyon pour trouver un futur aux 8 500 m2 du bâtiment, mais Sylvain Godinot ne cache pas que "le modèle économique sera compliqué". Une rencontre avec des professionnels est d’ores et déjà prévue au mois de mai "pour pouvoir regarder ce dossier en détail", précise Grégory Doucet. 

Un appel à projet international

D’autant que l’appel à manifestation d’intérêt qui sera dévoilé dans les prochains jours aura la particularité d’avoir une portée internationale. Afin de toucher une audience plus large "au vu de l’importance du projet et de sa complexité", la Ville a en effet décidé de s’appuyer sur le C40. Une association internationale qui conduit depuis 2017 une consultation au niveau mondial, "Reinventing cities", ayant pour but "d’encourager la régénération urbaine neutre en carbone en transformant des sites sous-utilisés en hauts lieux de développement durable". 

Pour le moment, tout reste donc à faire pour trouver une nouvelle vocation à la Tour du CIRC, dont la réhabilitation ne sera sans doute pas terminée sous ce mandat. Ce type de projet met généralement "plus de 5 ans à se réaliser", reconnaît Sylvain Godinot en évoquant  le temps de sélection d’un candidat, les études préalables, la maîtrise d’oeuvre et bien entendu la réalisation des travaux.

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POUR ALLER PLUS LOIN

Sylvain Godinot, adjoint à la Ville de Lyon en charge du patrimoine, était l'invité de 6 minutes chrono ce mardi 12 avril, l'émission quotidienne de Lyon Capitale. Il revient sur le premier tour de la présidentielle et un sujet plus local : le devenir de certains bâtiments publics lyonnais à l’abandon.

 

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