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Coronavirus : quel impact pour l’Olympique lyonnais ?

Thierry Sauvage, directeur général de l’OL, évoque pour Lyon Capitale les répercussions du coronavirus d’un point de vue social, sportif et économique. Le bras droit de Jean-Michel Aulas et ses équipes ont du pain sur la planche afin de préparer au mieux une éventuelle reprise des compétitions. Entretien.

Lyon Capitale : Comment l’Olympique lyonnais a-t-il géré cette crise sanitaire ?

Thierry Sauvage  : On n’a pas encore fini de la gérer car c’est un long chemin un peu redondant. En premier lieu, on s’est penché sur le volet social. Comme pour beaucoup d’entreprises, on a déterminé les salariés qui pouvaient opérer de leur domicile en télétravail et ceux qui ne le pouvaient pas et qui ont été placés en chômage partiel ou total. On a quelques équipes qui restent sur place au Groupama Stadium [le stade situé à Décines, NdlR], pour des fonctions qu’on ne peut pas externaliser et qui doivent être réalisées. Peu de personnes sont dans ce cas-là. On avait beaucoup communiqué avec les salariés sur les gestes barrières, les attitudes à avoir. Désormais, grâce au télétravail, on gère des dossiers qui sont multiples et notamment la crise. La méthode de travail diffère totalement. On a des réunions de “reporting” et on réalise du management à distance sur ce que l’on peut ou ne peut pas faire. La crise va durer encore un certain temps. On a évidemment adressé tous les sujets de réflexion au président (Jean-Michel Aulas) à Vincent Ponsot (directeur général adjoint juridique, ressources humaines, RSE et administration sportive) au niveau de la Ligue (de football professionnel), de la Fédération (française de football). On a trouvé différentes hypothèses sur la reprise des compétitions en fonction de la durée de l’épidémie. Les sujets sont multiples, financiers, humains, business, on essaie de trouver une continuité.

Combien de salariés sont en télétravail et au chômage partiel ?

Au chômage partiel, il y a l’effectif professionnel masculin et féminin, l’académie (située à Meyzieu) et certains salariés ;

Combien d’employés travaillent encore au Parc OL et quels métiers exercent-ils ?

Il y a quelques personnes en logistique pour la boutique en ligne. Il y a également les salariés chargés de l’entretien des terrains car on ne peut pas les laisser sans s’en occuper pendant aussi longtemps.

Pour quelles raisons avoir mis le personnel sportif au chômage partiel ?

C’était une disposition légale qui s’offrait à nous*. Il me paraît logique de mettre les effectifs professionnels en chômage partiel. Des salariés sont également au chômage partiel, les joueurs sont des salariés et l’on vit une crise sans précédent. Je pense que c’est l’objectif social que d’opérer dans un cadre légal qui concerne toute la société.

Envisagez-vous de demander aux joueurs de faire un effort sur leur salaire ?

Cela peut être une réflexion mais que nous n’avons pas encore évoquée à l’heure actuelle. En fonction de l’évolution des choses et de la durée, cela pourrait également devenir une piste de réflexion globale du football français. Si cela devait advenir, une disposition globale des clubs sera nécessaire. Mais pour l’instant, ce n’est pas encore envisagé.

Thierry Sauvage, le directeur général de l'OL @MaxPPP

Durant cette période de confinement, comment se passent les échanges avec les joueurs et avec le staff technique ?

Il y a un contact médical et d’assistance aux joueurs qui est mis en place. On suit, avec nos médecins, l’évolution mentale et physique de l’ensemble de nos effectifs. Ils ont un minium d’entretien à effectuer même si les conditions ne sont pas identiques à ce qu’ils connaissent habituellement.

Quelle est la prise de position du club par rapport aux joueurs étrangers qui souhaitaient rentrer chez eux ?

Notre objectif était de garder tout le monde sur place. Je sais pour avoir échangé avec les dirigeants de l’Asvel qu’ils ont pris la décision de laisser partir leurs joueurs à l’étranger rejoindre leur famille sous réserve d’être présents dès la reprise. Nous, notre souhait est de garder le maximum de joueurs à Lyon.

Quelles sont les conséquences économiques de cette crise sanitaire pour l’OL ?

Nous sommes un club coté en bourse. Nous avons une obligation d’information du marché et nous n’allons pas communiquer sur les conséquences financières actuellement. Il faut savoir raison garder dans le sens où pour publier des éléments, il faut avoir des certitudes or, actuellement, les différents scénarios de reprise des compétitions se bousculent et aucune date n’est connue. Notre position est de dire que si le championnat se termine au 30 juin ou mi-juillet, les conséquences seront peu importantes car nous aurons les droits télé qui seront enregistrés et les recettes qui en découleront quasiment normalement, sauf si certains matchs se jouent à huis clos. Si le championnat ne reprend pas, le scénario sera totalement différent. En raison de notre position de société cotée, on ne souhaite pas communiquer sur ce sujet.

Le modèle mis en place ces dernières années par l’OL Groupe vous permet-il de mieux gérer la crise ?

Je dirai que cela est propre à toutes les sociétés dans tous les domaines. Les entreprises qui sont en bonne santé sont forcément mieux placées. Dans ce domaine-là, on est dans la logique économique globale. On a peut-être plus de forces que d’autres en ce moment précis. Il faut tout de même savoir combien de temps cette crise sanitaire va durer et quand l’activité normale pourra reprendre. On se projette déjà sur la reprise, il nous manque simplement le délai pour déterminer dans quel scénario nous nous trouverons.

Vous avez décidé de donner 300 000 euros à la lutte contre le coronavirus. L’OL se devait de faire preuve de solidarité ?

Oui, c’était une évidence. Malgré toutes les difficultés liées à cette crise, il était nécessaire pour nous, acteurs sur un territoire, d’aider les soignants par l’achat de matériel et d’autres dispositifs que l’on a mis en place. La recherche via les HCL notamment afin d’aider à trouver un remède au Covid-19. C’est un acte citoyen et, avec le président, on souhaitait instaurer quelque chose de significatif le plus rapidement possible par rapport à notre responsabilité d’acteur de la région.

C’est une continuité par rapport à la Fondation OL ?

On a été l’un des premiers clubs, il y a plus d’une dizaine d’années, à créer cette fondation, à la compléter avec un fonds de dotation. On a énormément d’équipes qui travaillent sur ces sujets-là. On avait tous les outils et la volonté pour le faire.

L’Olympique lyonnais veut-il être un moteur pour inciter les clubs professionnels à s’engager financièrement ?

Des initiatives ont été prises assez vite par des clubs italiens et européens. C’est la responsabilité du football d’engager des actions dans ce domaine. On est l’Olympique lyonnais, on doit le faire. Il faut aider les soignants, la recherche et on veut essayer d’entraîner avec nous, à travers la cagnotte**, des sympathisants, des joueurs, des supporteurs. On veut créer un mouvement de solidarité par rapport à ces événements.

Regrettez-vous la tenue, le 26 février, du match de Ligue des champions OL-Juventus ?

Non, on ne peut pas le regretter car l’on raisonne toujours dans un temps donné. On a joué ce match. Il faut savoir qu’on doit respecter les règles de l’UEFA qui avait décidé de maintenir ces rencontres (de Ligue des champions). La vérité des jours d’après n’était pas la même mais on a fait ce que l’on devait faire sur le moment.

Y aura-t-il un avant et un après cette épidémie pour l’Olympique lyonnais ?

Je pense qu’il y aura un avant et un après pour tout le monde. Beaucoup de choses vont changer. Sur le plan business, il y aura des évolutions, de même que sur le plan environnemental, dans la société, dans les relations de travail. On est en train de tester le télétravail grandeur nature. Sur le plan sociologique, il y aura également des changements. Je ne sais pas si le football échappera à cette évolution globale de la société, je ne pense pas. Il y aura peut-être des particularités propres à notre sport.

 

*Le joueur (ou joueuse) placé en chômage partiel reçoit une indemnité correspondant à 70 % de sa rémunération brute. Ce pourcentage correspond à environ 84 % de son salaire net. L’État rembourse ensuite au club la rémunération versée dans la limite de 4,5 fois le SMIC, soit environ 5 500 euros net.

**https://www.ol.fr/fr-fr/football-club/ol-foundation/donation-covid

 

En chiffres

  • 300 salariés (joueurs et joueuses compris) sont en chômage partiel.
  • 150 salariés sont en télétravail, une dizaine de salariés se rendent chaque jour au Parc OL.

 

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En cas de reprise du championnat, quid des fins de contrat ?

Comme l’évoque Thierry Sauvage dans l’entretien qu’il nous a accordé, plusieurs hypothèses sont envisagées pour terminer au mieux les compétitions et notamment le championnat de France (Ligue 1). Dès lors, se pose la question de la gestion des joueurs en fin de contrat. “Sur le plan juridique, la difficulté vient des contrats se terminant à la fin de saison, donc le 30 juin 2020, confie Philippe Veber, avocat spécialisé en droit du sport. Les autres (contrats) ne posent pas de soucis car ils continuent sur plusieurs années. Il faudra que la FIFA intervienne mais ce n’est pas aussi simple que cela.” Et de poursuivre : “La loi française en ce qui concerne le travail diffère des autres pays européens. Il faudrait une adaptation du Code du sport. Le gouvernement peut changer les choses mais cela nécessite un accord avec toutes les instances du football. Il faudra une adaptation légale, générale et particulière.” Affaire à suivre, donc.

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1 commentaire
  1. Abolition_de_la_monnaie - 13 avril 2020

    Lorsque vous écrivez :

    "Le joueur (ou joueuse) placé en chômage partiel reçoit une indemnité correspondant à 70 % de sa rémunération brute. Ce pourcentage correspond à environ 84 % de son salaire net. "

    il reçoit son indemnité de qui ?
    Je croyais que c'était l'Etat qui finançait le chômage partiel...
    Mais comme ensuite vous écrivez "L’État rembourse ensuite au club la rémunération versée dans la limite de 4,5 fois le SMIC, soit environ 5 500 euros net."

    ça pose un doute sur "qui paye quoi" !

    J'aime bien aussi cette phrase :
    "En raison de notre position de société cotée, on ne souhaite pas communiquer sur ce sujet."

    😀

    Comme d'hab, on assistera à une mutualisation des pertes, et à une privatisation des bénéfices :o)

Les commentaires sont fermés

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