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Coronavirus : "on est les grands oubliés", le monde des loisirs au bord du gouffre

Le monde des loisirs, c'est 3 000 entreprises, 50 000 salariés en France. Un trampoline parc, un escape game, un karaoké box, une laser game. Un monde des loisirs très fortement impacté par la crise du coronavirus, et le confinement. Et par la fermeture des multiplexes de loisirs. La profession tire la sonnette d'alarme. Et somme le gouvernement de l'aider, comme les autres.

Le monde des loisirs subit de plein fouet la crise. Fermeture des multiplexes, pas de possibilité de "click and collect", aucune visibilité de réouverture. Les loisirs, ce sont 3 000 entreprises en France et 50 000 employés. Donc 30 000 hors des grosses structures. Luc Peyre, le gérant des multiplexes de loisirs Exalto (très implanté à Lyon), président aussi du Syndicat des Loisirs Actifs (SLA), tire la sonnette d'alarme pour LyonCapitale.fr. Il déplore "l'indifférence" du gouvernement. "On est les grands oubliés", regrette-t-il.

LyonCapitale.fr : Les multiplexes de loisirs, pour être précis, c'est quoi ?

Luc Peyre : Ce sont tous les loisirs que vous pouvez faire à proximité de chez vous, par exemple un trampoline parc, un escape game, un laser game, un karaoké box, de la réalité virtuelle. Tout ce monde-là du loisir qui se trouve entre les parcs d'attraction et le sport. On passe à travers les gouttes des aides. Les parcs d'attractions ont été identifiés, ils ont eu des aides particulières. Le monde du sport aussi. Et nous, au milieu, on n'existe pas. Alors qu'on est le quotidien des familles en terme de loisir, on est la solution au divertissement des enfants.

Avez-vous des discussions actuellement avec le gouvernement ?

Non, c'est ma bagarre. La bagarre que j'ai, c'est d'être entendu, de ne pas être les grands oubliés. On parle des restaurateurs, on parle des libraires, de la culture, du sport, mais jamais de nous. Alors qu'on a une spécificité en terme de charges, qu'on ne peut pas faire de "click and collect". J'ai fait une lettre à Jean Castex (le Premier Ministre), à Alain Griset (le ministre délégué aux petites et moyennes entreprise), à Jean-Baptiste Lemoyne (le secrétaire d'État chargé du Tourisme), elles sont restées sans réponse. Pour l'instant, on n'existe pas.

Vous ne touchez rien du tout ?

Si. Mais pas dans des ampleurs suffisantes. Par exemple, je vous prends le fond de solidarité de 1500 euros. Je vais vous donner un chiffre. Mon loyer, il est de 160 000 euros à l'année. A peu près pareil en terme de salaires. Bien entendu, on dispose du chômage partiel. On est aussi des commerçants mais on a des charges démesurées par rapport à une activité de 0 euros. Il n'y a aucun moyen évidemment de faire une vente à distance pour le loisir. Les pertes d'exploitation sont énormes, surtout que notre activité a fermé sur les périodes de haute saison pour nous.

Et vous n'avez aucune visibilité à court comme à moyen terme ?

Oui, il faut que l'on rencontre le gouvernement pour trouver une solution visible pour les entrepreneurs et pour le grand public. Les "stop and go", c'est ingérable. On a eu 0 cluster dans nos établissements, nos protocoles sanitaires ont été approuvés le gouvernement, on sait faire. Des solutions, il y en a... Il n'y a pas de risques dans nos établissements. Et puis il y a la santé psychique des Français. On n'est pas le problème, on est la solution.

Le monde du sport a obtenu de nouvelles aides (exonération de charges sociales, création d'un fonds de compensation de la billetterie) après une réunion avec Emmanuel Macron mardi dernier. Vous n'y avez pas été associé ?

Non, on a rien de tout ça. On est les grands oubliés. C'est très frustrant. On peut aimer nos activités, ou les détester, mais le pire c'est l'indifférence. On vous dit "vous n'existez pas. Monsieur, votre entreprise n'existe pas". On ne nous répond pas. Peut-être qu'on est trop petits, on ne compte pas suffisamment économiquement pour que le gouvernement prenne le temps de s'occuper de nous...

Quelle est la situation de votre groupe ?

J'ai beaucoup de chance avec mon groupe. On a un groupe (Exalto) qui marchait très bien, on va passer la crise mais je me bats pour mon industrie, pour la petite plaine des jeux, tenue par des personnes qui ont investi toutes leurs économies. Après une reconversion, pour un nouveau projet professionnel. Eux, ils vont mourir. Tous ces petits, ils vont mourir.

Qu'est-ce que vous demandez concrètement ?

Les leviers sont assez simples. Ils sont sur le loyer, la prise en charge d'une partie de la perte d'exploitation et une concertation avec les professionnels que nous sommes pour une réouverture pérenne le plus rapidement possible. On veut un protocole économico-sanitaro social intelligent. On a bien compris qu'on ne rouvrira pas avant janvier. On le lit dans les médias car on ne nous l'a pas dit. On n'existe pas. On a une fin de non recevoir permanente.  Je me souviens comme tout le monde de la phrase de Monsieur Macron "On ne laissera personne au bord de la route". Là, on est au bord de la route.

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