Conflit aux TCL : pourquoi ce n'est pas fini

La grève s'arrête, les problèmes demeurent. Les syndicats ont promis de nouvelles actions. La plupart de leurs revendications n'ont pas été satisfaites. Revue de détails.

Malgré une semaine de grève, les syndicalistes n'ont pas le sentiment d'avoir été entendus. Par leur direction tout d'abord, qui n'a consenti que peu d'avancées sur les principaux points qui faisaient débat. Par l'opinion publique ensuite qui n'a retenu que la question des salaires, habilement portée par Gérard Collomb. Or eux ne cessent de rappeler que c'est l'organisation du travail qui est en cause. Ces problèmes n'ayant pas été réglés, d'autres actions vont être conduites prochainement.

Une plage de vacances d'été plus étendue

Aujourd'hui, les agents prennent leur congé principal (quatre semaines) entre le 1er juillet et le 31 août. Un système de rotation est mis en place par la direction. Or celle-ci souhaite étendre cette période du 1er juin au 30 septembre afin de répondre à une demande de transport de plus en plus importante en été. "Les Lyonnais partent moins souvent et moins longtemps en juillet et août", résume Stéphane Lambert, directeur du projet Edifis, en charge de la refonte sociale. Même si ce changement ne devrait pas impacter nombre d'agents, certains pourraient toutefois se voir proposer des congés en juin. "C'est un problème pour les parents qui ne pourront plus forcément faire correspondre leurs vacances à celles de leurs enfants", relève Yves Gélibert, délégué syndical CGT. La direction assure toutefois que la situation familiale des employés sera prise en compte.

Autre difficulté : le calendrier. Aujourd'hui il est affiché plusieurs années à l'avance. "Je connais mes dates de vacances de 2016", indique par exemple Yves Gélibert. Demain, les périodes de congé ne seront validées qu'en janvier, soit quelques mois à l'avance. Une situation ordinaire pour l'écrasante majorité des salariés, mais pas pour ceux des TCL...

Plus de mobilité entre lignes et dépôts

Certes, ce n'est pas la mobilité de France Telecom où un cadre peut être soudainement expédié à l'autre bout de la France. Là, il n'est question que de traverser l'agglomération. Mais il n'empêche, les syndicats ne veulent pas en entendre parler. Aujourd'hui un agent est affecté à une
ligne, même s'il lui arrive d'en changer pour compenser des manques. Et la plupart sont rattachés à un dépôt fixe. Seules les personnes récemment recrutées peuvent se voir imposer une nouvelle affectation de site. Demain, la direction veut pouvoir, au gré des besoins, les faire tourner sur plusieurs lignes voire les changer de dépôts, sans suivre la sacro-sainte règle de l'ancienneté. Certains employés d'agence craignent
de devoir officier sur plusieurs sites au cours d'une même journée. "On peut imaginer que ce soit un moyen de pression de la direction sur les salariés", s'inquiète Yves Gélibert. Cela fait 28 ans que celui-ci est sur la ligne 23 (Parilly-Cordelier). "J'ai vu ainsi des enfants allant à la maternelle grandir et devenir des adultes. Aujourd'hui ils utilisent le bus pour aller à la fac ou au boulot. On est ainsi connu et apprécié des voyageurs", raconte-t-il. Selon lui, même les chauffeurs affectés à des secteurs plus difficiles sont attachés à leur ligne. "Avoir tout le temps le même conducteur, c'est un élément qui participe à la sécurité à l'intérieur du bus et entre le bus et les voitures autour".

Moins de jours de récupération

"Un agent TCL commence son travail à 3h du matin, le dernier rentre au dépôt à 2h15", raconte un tract du syndicat Sud. Ces salariés pas comme les autres ne connaissent pas les week-ends hebdomadaires : un conducteur de bus travaille généralement six jours sur sept. "A ce rythme, c'est difficile d'avoir une vie de famille", reconnaît Yves Gélibert. Il faut imaginer la flexibilité consentie au quotidien pour comprendre leur "rigidité" sur d'autres questions relevant de l'organisation de leur travail, en particulier sur les jours de récupération. En moyenne, selon les syndicats, un chauffeur travaille deux samedis sur trois et un dimanche sur trois. Cela fait partie de leur temps normal de travail : un
agent en service le samedi matin ne travaillera pas le mardi après-midi ou le jeudi matin. Toutefois un bonus de repos lui est accordé : pour chaque samedi travaillé, l'employé a droit à 0,33 jour de récupération, et 0,75
pour les dimanches. "En moyenne, les chauffeurs ont ainsi droit à 21 à 22 jours de récupération par an", calcule Denis Faye, délégué syndical Unsa. C'est le fameux compte-mémoire. Chacun a alors le droit de poser réellement ces jours de récupération ou de se les voir rémunérer. Le projet en cours prévoit toutefois de plafonner à 17 le nombre de jours réellement chômés. Tous les autres seraient automatiquement payés au salarié.

Les usagers pourront observer que direction et syndicats s'écharpent pour seulement 5 à 6 jours par an (le différentiel entre 17 et 21/22). De plus, dans la pratique, 60 % des jours de récupération sont finalement payés et seulement 40 % effectivement pris. Toutefois, ce qui agace les salariés grévistes, c'est le fait que l'entreprise leur demande de préciser, pour chaque semestre à venir, s'ils comptent prendre effectivement leurs jours de récup ou se les voir rémunérer. Autre point de crispation : que Keolis puisse leur refuser les dates posées seulement 72 heures avant pour des motifs de service, contre quinze jours aujourd'hui. "Jamais ce problème n'a été évoqué", jure pourtant Stéphane Lambert, directeur du projet Edifis.

Moins de jours de congé exceptionnels

Aujourd'hui chaque salarié a droit à un maximum de sept jours de congé exceptionnels, pour se marier, déménager, soigner ses enfants, recevoir la médaille du travail, assister à l'arbre de Noël de l'entreprise ou, pour les conductrices isolées, profiter de la Fête des mères. La réforme en cours prévoit de ramener ce chiffre à un. Furibards, les salariés ont obtenu que ce chiffre soit ramené à quatre. La poire a donc été coupée en deux et les syndicats s'en contentent. Il est vrai qu'on ne se marie pas chaque année non plus...

Fabien Fournier

12 commentaires
  1. LoBla - 6 octobre 2009

    Si je trouve normal qu'ils fassent grève et ne comprend pas le désir de Collomb de mettre sur la place publique leurs salaires, faire tout un foin sur l'absence de week-end libre et le fait de travailler le dimanche est un peu hors-de-propos. Quand ils ont signé pour les TCL, ils savaient bien à quoi s'attendre (les transports en commun devant circuler tous les jours de la semaine). Et la présence de jours de récupération compense cela. Que dire du coup des journalistes de presse quotidienne régionale ou autre qui, eux aussi, n'ont quasiment jamais de week-end de libre (où ils peuvent parfois travailler jusqu'à 23h) et ont des jours de repos en semaine ? Ce n'est pas pour autant qu'ils vont faire grève : c'est le métier qui le veut car l'actualité n'attend pas.

  2. LoBla - 6 octobre 2009

    @ pedrozaure : Je suis tout à fait d'accord avec toi ! Ce que je voulais simplement dire, c'est que les réseaux de transport doivent fonctionner toute la semaine, car c'est un service (payant) qui est proposé aux habitants. Par conséquent, il est inutile de venir se plaindre de travailler le samedi ou le dimanche sous prétexte que cela ne favorise pas la vie de famille.

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