Comment l'A7 est devenue un piège estival 

Depuis quelques étés, l'autoroute du Soleil est surtout celle des bouchons. Les plus beaux, les plus longs de France. Des mesures sont prises pour améliorer la fluidité de cet axe qui commande l'accès au sud. Mais son élargissement n'est plus à l'ordre du jour.

C'est le piège annuel des automobilistes. Chaque été, ils viennent s'agglutiner sur l'autoroute du Soleil, pour atteindre la Méditerranée. Et chaque été, de nouveaux records de bouchons sont atteints. Le 31 juillet dernier, ce sont 135 km de difficultés qui ont été constatés pour le chassé-croisé des vacances. Le trajet Vienne-Orange se faisait alors en trois heures, au lieu d'une heure et demie en temps normal. Mais le 25 juillet 2009, ils avaient mis la barre plus haut : quatre heures. Ce record peut-il être battu lors de ce prochain week-end ? Bison futé s'attend au pire.

170 000 véhicules/jour lors des pics de fréquentation

L'A7 est empruntée en moyenne par 60 000 véhicules par jour. Durant l'été, ce flux passe à 110 000 et même 160 voire 170 000 véhicules/jour lors des week-ends les plus chargés. Les encombrements commencent à présent dès le vendredi et se poursuivent le lundi, comme l'indique Autoroutes du sud de la France (ASF). Quand cette infrastructure accueille un tel flux, "le moindre grain de sable créé un bouchon", explique Christophe Dussaud, adjoint au chef de la division transport au Centre régional d'information et de coordination routière (CRICR). Par exemple un simple arrêt d'une auto en panne sur la bande urgence. Ou un accident survenu sur la voie opposée, qui suscite la curiosité des automobilistes qui subrepticement ralentissent. Le bouchon obéit à une mathématique singulière. Lorsqu'une voie neutralisée est rouverte à la circulation, le bouchon créé en amont peut mettre plusieurs heures avant de se résorber. Dans ce contexte fragile, les autorités redoutent le gros carambolage qui couperait l'A7 lors de ces pics estivaux. Ce serait le chaos dans la vallée du Rhône. Impossible ? Ce type d'événement survient plusieurs fois par an...

Aucune création de voie supplémentaire

L'A7 souffre de saturation depuis plusieurs années. Des projets radicaux ont fourmillé dans les années 90, comme l'élargissement à 2X4 voies, la construction de voies parallèles de délestage ou même d'un nouvel axe sur la rive droite du Rhône via Alès. Mais décision a été prise de ne rien faire à la suite d'un débat public lancé en 2002. La vallée du Rhône est déjà bien surchargée en infrastructures : élus et habitants ne se sont pas remis du passage du TGV vers Marseille. Et depuis le Grenelle de l'environnement, on imagine mal les autorités revenir sur ce statu quo. Il a été acté "de ne pas élargir le tuyau mais de l'optimiser", comme le résume Christophe Karlin, directeur du dialogue territorial chez ASF.

Un feu tricolore sur une entrée d'autoroute ?

À cette fin, plusieurs mesures ont déjà été prises, telle la réduction de vitesse à 110 voire 90 km/h en cas de gros trafics. Comme l'indique le slogan "roulez moins vite pour arriver plus vite", le débit de véhicules est inversement proportionnel à la vitesse. Pour améliorer la fluidité du trafic, l'interdiction de doubler pour les poids lourds (plus de 3,5 tonnes) a été prononcée, de façon permanente pour les secteurs accidentogènes et de façon estivale pour les zones saturées, comme Montélimar. L'A7 est aussi en passe de généraliser les péages sans arrêt, à 30 km/h, pour les détenteurs d'abonnement (télépéage).

Parmi les autres mesures en cours, l'expérimentation cet été d'un feu tricolore à la sortie de l'aire de repos de Montélimar, la plus importante d'Europe. 1500 véhicules/heure la quitte lors des dix plus gros week-ends de l'année. Le feu est ainsi destiné à améliorer l'insertion des voitures dans l'autoroute, par un goutte-à-goutte maîtrisé. L'ASF promeut par ailleurs le covoiturage, mais sans se donner réellement les moyens d'y parvenir.

Augmenter le prix du péage lors des heures d'affluence

Ces mesures peuvent apparaître comme des expédients. Un dispositif pourrait véritablement changer la donne en répartissant mieux les flux au cours de la journée : la modulation des tarifs. Lors des gros weeks-ends, le péage serait majoré aux heures de pointe et minoré la nuit. Une variation de 20 % est envisagée. "37 % des clients adaptent déjà leur horaire de départ pour améliorer leurs conditions de circulation", révèle une étude d'ASF. Nul doute que frappés au porte-monnaie, ils seraient plus nombreux à éviter les heures pleines. "C'est compliqué à mettre en place", prévient cependant Christophe Karlin. Se pose en effet la question de l'acceptabilité sociale : 50 % usagers de l'A7 sont des employés ou des ouvriers. "Ce ne sont pas forcément des gens qui ont en plus le choix de leurs horaires", renchérit le directeur du dialogue territorial. Peut-on faire payer plus à des catégories qui sont loin d'être des favorisées ? C'est l'État qui devra trancher. Tout comme il lui revient de rendre le voyage en train plus attractif et le fret plus compétitif.

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