Centre de rétention : la grève de la faim s'est essoufflée

Ils ne seraient plus que quelques retenus à sauter les repas au centre de rétention de Lyon, derrière les barbelés, près de l'aéroport Lyon Saint-Exupéry. Mardi, on parlait de quatre personnes contre une quarantaine vendredi et une soixantaine jeudi, au premier jour du mouvement. Pourquoi, comment la grève s'est-elle dégonflée ? Explications.

Un vent de révolte a soufflé jeudi 15 octobre au centre de rétention de Lyon. 68 retenus, presque la totalité des étrangers enfermés près de l'aéroport, ont envoyé une lettre ouverte au directeur du centre pour lui demander de "laisser la Cimade faire son travail". Les étrangers voulaient qu'on laisse l'association chargée de les défendre à l'intérieur du centre, "monter correctement leurs dossiers" en vue des audiences au tribunal. Rappelons que tout étranger sans papier, arrêté et retenu en France a vocation a être expulsé vers son pays d'origine sous quarante huit heures. Mais la France n'a pas les moyens d'expulser tous les étrangers sous quarante-huit-heures, aussi, le retenu a le droit, s'il n'est pas expulsé dans ce délai, de passer devant le juge des libertés qui dit si oui ou non, la procédure judiciaire et policière qui lui a été appliquée est juste, sur la forme.

Jeudi donc, les étrangers retenus à Lyon, ont reproché au juge des libertés de Lyon dans leur courrier d'être "tout acquis à la cause du ministère de l'immigration" et d'"expulser les étrangers les yeux fermés". Les retenus ont ainsi surnommé le juge, "monsieur bonjour, quinze jours". "Quand on arrive dans son bureau, il nous salue et prolonge automatiquement notre rétention de quinze jours, sans un coup d'oeil à notre dossier", regrette Murat Bulut, 33 ans, jeune Turc retenu à Lyon, l'un des leaders de la grève avortée".

Mais le directeur du centre de rétention est rapidement intervenu pour casser la grève. Dès vendredi, il aurait demandé aux grévistes de laisser libres ceux qui ne souhaitaient pas se priver de nourriture. Le noyau dur des musulmans grévistes auraient alors conseillé aux femmes d'aller manger et la grève se serait rapidement essoufflée. D'autant que le lendemain, samedi 17 octobre, le noyau dur des grévistes, une quinzaine de maghrébins auraient été renvoyés dans leurs pays d'origine, Algérie, Tunisie, Maroc en charter. Les expulsions auraient été accélérée et une autre moitié de grévistes, les plus déterminés, auraient été transférés vers d'autres centres de rétentions pour casser la grève. Plus de gréviste, plus de grève, c'est aussi simple que ça.

Changement de ton

Quant à ceux qui restaient, lundi, ils se seraient vite découragés aux vues du traitement réservés aux leaders. "ça ne sert à rien de faire la grève de la faim, expliquait ainsi Murat Bulut mercredi, pourtant très motivé au premier jour de la grève. Rien n'est réglé pour nous, mon passage devant le juge des libertés par exemple était complétement bidon. Mais, je ne cherche pas non plus les problèmes. Le directeur du centre et les policiers n'y sont pour rien, ils ne font qu'"exécuter", comme ils disent", déclarait Murat bien consensuel, trop consensuel mercredi. Il avait recommencé à s'alimenter la veille.

Non content de son dernier passage devant le juge, le jeune homme n'a plus aucun recours. A trente-trois ans, dont vingt-neufs passés en France, il attend maintenant son expulsion vers la Turquie. "Les frontières ne [lui] font pas peur. Ce n'est pas la première fois que je les passe comme du gruyère et je les re-passerai encore s'il le faut. Mais j'ai changé et cela, j'aimerais bien que la France le prenne en compte un jour", affirme l'ancien délinquant repenti.

RESF 69, le réseau éducation sans frontière dans le Rhône, appelle à manifester en soutien aux étrangers retenus à Lyon, jeudi 22 octobre, devant la préfecture du Rhône, à 18 heures. De son côté, Forum réfugiés, a réagi mercredi soir à l'expulsion "forcée" de trois afghans la veille, dans un autre centre de rétention. "Cette opération dissimulée n’apporte en rien une réponse à la situation des Afghans sur le territoire européen (...) une partie remplissent les critères de la protection internationale", écrit l'association de prise en charge des demandeurs d'asile à Lyon. La Cimade, l'association chargée de la défense du droit des étrangers, rappelle que 1892 étrangers sont passés au centre de rétention de Lyon depuis le 1er janvier 2009, dont 95 % ont pu être suivis par elle.

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