Cave à vin beaujolais
©Tim Douet

Brexit -Gueule de bois pour les producteurs de vins d'Auvergne-Rhône-Alpes

Le rejet par le parlement britannique de l'accord sur le Brexit, mardi dernier, fait trembler les ceps de vigne et inquiète les producteurs de vin de Bourgogne, du Beaujolais et de la vallée du Rhône.

"Flou". C'est le mot qui ressort le plus chez les viticulteurs de la région. Alors qu'ils vont entamer le travail de la taille dans les vignes (la tradition fixe symboliquement la Saint-Vincent, patron des viticulteurs fêté le 22 janvier, pour marquer le début officiel de la taille), les vignerons ont les oreilles branchées sur "radio Londres". Plus précisément sur radio Brexit (abréviation de "British Exit", désignant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne). Jamais un vocable anglais n'aura autant été parlé au pays des french grapes.

Le rejet massif , mardi dernier, des députés britanniques, par 432 voix contre 202, de l'accord de sortie de l'UE proposé par Theresa May, la cheffe du gouvernement, a inquiété encore un peu plus les milieux économiques, ce rejet ouvrant la possibilité d'un divorce sans accord entre l'UE et et l'Angleterre. Theresa May, doit présenter lundi prochain un projet alternatif. Bref, ça bouge tous les jours, comme la  jelly anglaise.

D'où le "flou" généralisé. "Ça prolonge le flou dans lequel on est depuis juin 2016 (où lors d'un référendum organisé par l'ancien Premier ministre David Cameron, 51,9 % des Britanniques ont choisi de quitter l’UE, NdlR). On repart pour un tour, confie à Lyon Capitale Virginie Charlier, directrice marketing et communication d'Inter-Rhône, l'interprofession des vins des côtes-du-rhône et de la vallée du Rhône. Depuis cette date, le marché anglais est très compliqué."

"Ce qui nous inquiète vraiment, c'est la partie douanière, précise Louis Moreau, président de la commission Chablis du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). L'Angleterre deviendra un pays tiers dès le 1er avril. Ils conserveront les duties qui grimperont. La question est de savoir de combien."

Aujourd'hui, pour les vins dits tranquilles (non effervescents) entre 5 et 15 degrés d'alcool, les taxes sont de 288,65 livres sterling par hectolitre, soit 2,16 euros par bouteille, auxquels s'ajoute une TVA de 20 %. Une bouteille à 15 euros en France coûte donc 20,16 euros pour un Anglais.

"Ce qui nous tracasse, c'est la parité livre sterling euro, poursuit le vigneron chablaisien. On a déjà subi une chute de la livre de 15 %, ça renchérit mécaniquement l'euro. Une grande partie des vins de Chablis sont vendus via les circuits grande et moyenne distribution. Si la bouteille dépasse les 15 livres, ils ne la prennent plus. Cela voudrait dire baisser nos prix de 15 %, 20 %. On ne serait alors plus rentable, le coût de production serait alors plus élevé que le coût de commercialisation. On perdrait de l'argent."

En Bourgogne, la maison Louis Latour, l'un des mastodontes du secteur, a déjà anticipé une sortie sèche de l'Angleterre et annoncé qu'elle écoulerait 300 000 bouteilles  dans les semaines à venir pour éviter tout blocage douanier.

Vigne © Tim Douet
© Tim Douet

Dans le Beaujolais et dans la vallée du Rhône, la plupart des grosses maisons ont, comme Latour, pris les devants. Brassant de gros volumes, un problème administratif pour passer la frontière aurait vite fait de les pénaliser financièrement et de faire un gros trou dans les caisses.

"Quand on discute avec les logisticiens, comme Hillebrand, un transporteur international de vins installé à Beaune, ils ne craignent pas tant le bocage aux douanes que de ne pas pouvoir livrer faute de camions." poursuit Louis Moreau.

Dans le Beaujolais, le président de l'Interprofession, le vigneron Dominique Piron reste philosophe : "dans notre vignoble, la majorité des entreprises sont petites. La plupart des vignerons vendent entre 2 000 et 5 000 bouteilles en Angleterre, les ventes de vins se font donc au fil de l'eau et n'engagent pas financièrement les entreprises. Donc on attend de voir."

Du côté d'InterRhône, on ne projette pas de stopper le quasi million d'euro d'investissements (plan média, événementiel, dégustations professionnelles, etc.) au Royaume-Uni.  "On  a décidé de maintenir nos investissements voire de remettre au pot pour soutenir ce marché qu'il ne faut pas lâcher." explique Virginie Charlier de la direction marketing.

L'Angleterre est en effet le premier client des vins de la vallée du Rhône en volume (17 % de l'ensemble de la production) et le second en valeur (74,1 million d'euro).
Dans le Beaujolais, les exportations vers le Royaume-Uni sont les troisièmes derrière les américaines et les japonaises. Et en Bourgogne, la Grande-Bretagne représente le deuxième marché en volume et en valeur.

Wait and see...

 

 

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