Bouchard : "Il a une petite chance de ne pas être reconnu"

Après l’étonnement qu’a suscité la disparition d’un fourgon rempli de 11 millions d’euros et de son chauffeur, le 5 novembre à Lyon, une question demeure. Le voleur est-il passé à l’étranger ? Et si oui, comment peut-il espérer blanchir 11 millions d’euros acquis illégalement ? Eléments de réponse avec Jean-François Bouchard, adjoint au directeur général de la direction régionale Rhône-Alpes de la Banque de France.

Lyon Capitale : D’un point de vue bancaire, comment ˝l’argent sale˝ peut-il être écoulé à l’étranger ?

Jean-François Bouchard : Il peut être placé dans n’importe quelle banque européenne. Sauf qu’une directive impose qu’au-delà d’un montant de 8 000 euros, le déposant doit s'identifier et surtout l’origine des fonds doit être justifiée. Si en revanche, il tient à conserver l’anonymat, le détenteur d’une somme supérieure à 8 000 euros peut toujours décider de verser 7 000 euros dans une banque, 7 000 dans une autre, etc. Il a une petite chance de ne pas être reconnu, mais cela prendrait trop de temps. Surtout que ce seuil de 8 000 euros peut être inférieur dans certaines banques européennes.

Dans quel(s) pays est-il plus facile de blanchir de l’argent en passant par les banques ?

Je ne veux pas faire de la mauvaise publicité pour tel ou tel pays. Normalement, nulle part. Et malgré ce qu’on peut penser, la Suisse (à 2 heures de Lyon, ndlr) est un modèle d’anti-blanchiment. D’ailleurs, dans la zone euro, toutes les banques sont soumises au même règlement. Et même si elles ne communiquent pas vraiment entre elles, elles sont censées respecter les mêmes directives bancaires européennes.

Concernant les billets volés, ils sont tous numérotés. Ces numéros ont-ils été relevés pour faciliter leur traçage ?

De manière générale, relever des numéros de billet de banque est très complexe. Tant que les billets volés sont dans le circuit économique, il est impossible pour la Banque de France de savoir où ils sont, même si on connait leurs numéros. Même dans le cas où les billets seraient stockés à la Banque de France, on ne vérifierait pas automatiquement s’ils ont été volés ou non. Retrouver des billets à partir de leurs numéros est beaucoup plus complexe que ça. Quant aux billets volés à Lyon le jeudi 5 novembre, je ne peux pas vous dire si les numéros ont été relevés ou non, et s’ils étaient neufs ou pas.

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