Biovision, un forum pour mieux vendre les biotechnologies

Depuis 1999, cette grand-messe des biotechs rassemble tous les deux ans prix Nobel, dirigeants d'industries et responsables politiques, avec pour objectif de "trouver des solutions" aux problèmes de notre monde. En réalité, il s'agit surtout de faire du business et de vendre les biotechnologies à une population échaudée par les OGM.

Cette année BioVision s'attaque aux "défis de l'expansion urbaine". Durant quatre jours, 120 intervenants répartis dans 30 "débats" vont se demander, selon le programme, "en quoi les sciences de la vie peuvent contribuer à la crise alimentaire, le manque d'eau, la dégradation de nos écosystèmes ou la pollution atmosphérique".

Comme chaque année, l'intitulé est généreux. Il y a deux ans, BioVision abordait la "contribution des sciences de la vie aux Objectifs du Millénaire pour le Développement, fixés par les Nations Unies". Les organisateurs avaient prévenu : BioVision devait déboucher sur des "recommandations d'action concrètes". Une "Fondation Mondiale pour les Sciences de la Vie" avait même été créée pour apporter "les moyens financiers nécessaires à la réalisation de projets opérationnels issus de la conclusion du Forum". Résultat : aucune "action concrète" en a découlé, si ce n'est la création d'une revue électronique "Facts Reports" faisant part des bonnes pratiques en matière de développement. Quant à la Fondation promise, elle peine à exister. Philippe Desmarescaux, ancien directeur général de Rhône-Poulenc et actuel président de BioVision annonce aussi au crédit du forum, un partenariat entre Sanofi et Médecins sans Frontières. Mais il ne veut pas en dire plus. Bref, le bilan est bien maigre au regard des promesses énoncées.

Pour cette édition 2009, les objectifs ont été revus à la baisse. "Le forum est un lieu de débat, explique le directeur général de BioVision, Christian Grenier. Notre objectif est de faire dialoguer toutes les parties prenantes : scientifiques, industriels, représentants d'ONG et responsables d'instance de régulation. Les conditions sont réunies pour que ces gens qui ne se croisent pas souvent échangent leurs points de vue. Tous les participants doivent repartir en ayant entendu un point de vue différent. Ces points de vue devront converger si on veut que des solutions concrètes se dégagent".

Débats déséquilibrés ?
Malgré les promesses d'un débat renforcé, la sous-représentation des ONG par rapport aux entreprises risque de déséquilibrer les échanges. Ce déséquilibre s'est concrétisé en 2007 par la multiplication de prises de position en faveur des OGM. Greenpeace qui participait à cette édition a malgré tout décidé de maintenir sa présence pour 2009 : "nous ne cautionnons pas la tenue d'un tel forum. Mais on y participe pour faire entendre une voix divergente sur la question des OGM", déclare le responsable "biodiversité" de l'organisation, Arnaud Apoteker . Le représentant de Greenpeace ne croit pas en la "neutralité" dont se réclament les organisateurs de Biovision. Il pointe l'"utilisation de cette tribune politico-scientifique pour essayer de faire passer dans l'opinion publique certains messages spécifiques, particulièrement sur les plantes transgéniques".

Créé par Raymond Barre en 1999, BioVision sert surtout de vitrine à Lyon pour attirer de nouvelles entreprises du secteur. Pour son président, par exemple, l'installation d'un poids lourd des biotechnologies, Genzyme, dans le quartier de Gerland (Lyon 7è) est à mettre au crédit de BioVision. Le forum, couplé à la convention d'affaire Biosquare, permet aux dirigeants d'entreprise de biotechs de "réseauter" et éventuellement de conclure des affaires. "De plus en plus
de "grosses pharma" (Sanofi, par exemple) externalisent leur recherche et développement, explique Bernadette Guagliata, la directrice de Biosquare. Notre objectif est de faire se rencontrer ces industriels avec les dirigeants de start-up. En 2007, nous avons organisé 4 700 rendez-vous d'affaires en trois jours. C'est considérable !" Une chose est sûre : si BioVision ne permet pas de trouver des solutions aux grands problèmes de notre monde, il permet de faire des affaires.

(article paru dans Lyon Capitale de mars 2009)

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Berceau de la chimie, Lyon est aujourd'hui, selon l'expression consacrée, un "pôle mondial" des sciences du vivant :
- 100 000 emplois
- 600 sociétés
- La présence de grands groupes internationaux (Sanofi Pasteur, Biomérieux, Merck,...)
- 9 000 emplois de chercheurs (dans le public et dans le privé)
- 55 millions d'euros de valorisation de la recherche
- Labellisation pôle de compétitivité mondial, spécialisé dans les maladies infectieuses
(Source : Only Lyon)

Budget de crise pour BioVision
En baisse de 30 %, le budget de l'édition 2009 a un goût de crise économique. "Mais les collectivités territoriales et nos partenaires privés historiques ne nous ont pas lâchés", relativise Philippe Desmarescaux. Sur un budget de 4 millions d'euros, les collectivités (Région, département, Grand Lyon et Ville de Lyon) en financent 2,4.

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