Bernard Fromentin enterré en Ardèche

Bernard Fromentin, ancien journaliste à Lyon Libération, est décédé lundi 28 mars des suites d'un cancer à l'âge de 69 ans. Né dans l'Ain en 1942, professeur de lettres de formation, ce fin connaisseur de la vie politique locale et des réseaux de la Résistance lyonnais avait basculé dans le journalisme par passion et par conviction politique. Il était enterré vendredi 1er avril en Ardèche. (Actualisé le 4 avril à 11h42).

En 1986, à l'ouverture de l'édition lyonnaise du journal Libération, il rejoint la rédaction. Il y restera jusqu'à sa fermeture, sept ans plus tard, avant de devenir correspondant à Libération, puis correspondant du Journal du Dimanche à Lyon. A la fin de sa carrière, il travaille aux côtés de Daniel Navrot, directeur de Prospective Rhône-Alpes Méditerranée, lettre hebdomadaire d'information politique. Il collabore aussi avec des médias participatifs et s'engage en politique au Parti socialiste.

Bernard Fromentin s'est surtout distingué en luttant activement contre l'extrême-droite. Persuadé que c'est en connaissant bien son adversaire qu'on le combat le mieux, il soutient en particulier, en 1993, la fondation de l'association Hippocampe à Lyon III, fondée entre autres par Pierre-Jérôme Biscarat, pour lutter contre l'extrême-droite au sein de l'université.

Pierre-Jérôme Biscarat témoigne : "on a créé l'association en décembre 1993 et on a rencontré Fromentin au mois de mai 1994. Il nous a conseillés, aidés à structurer l'association. Ce qu'on a surtout apprécié de sa part, c'est qu'il n'était pas du tout condescendant. pas langue de bois. Il nous a dit que, certes, notre idée était bonne, mais qu'on pouvait mieux faire, qu'il nous fallait bosser : lire la presse d'extrême-droite, aller sur terrain dans les congrès du FN, etc. Nous on était assez contents d'avoir quelqu'un de rigoureux, et qui nous apprenne vraiment à militer. C'était un magnifique emmerdeur, Fromentin. On ne le consultait pas sur tout, mais dès qu'on avait une décision professionnelle importante à prendre, on allait le voir. Ses critiques étaient très constructives. (...) Je pense que la bataille qu'on a gagné à Lyon III (la fermeture de l'institut indo-européen et le changement de tête à Lyon III), c'est en partie grâce à lui. On lui doit beaucoup".

Entre 1996 et 1998, Bernard Fromentin soutient en effet vivement le combat des étudiants qui réclament la dissolution de l'Institut d'études indo-européennes fondé à Lyon III en 1980 et qui abrite, selon le rapport Rousso rendu en 2004, "un noyau d'extrême-droite". Karim Aou, secrétaire général du mouvement des jeunes socialistes (MJS) à l'époque, salue la mémoire d'un "relai, un passeur d'idées pour nous, dans notre lutte contre l'extrême-droite", et également dans le contexte des élections régionales de 1998 qui voit l'alliance de l'UDF Charles Millon avec le FN.

Karim Aou se souvient des "coups de gueule" de Bernard Fromentin pour défendre ses idées, de sa très grande "rigueur professionnelle" et de "son exigence envers les politiques". Il regrette que sa disparition intervienne au lendemain des élections cantonales "qui ont fait la part belle au FN". "C'est quelque chose d'assez dur de le voir disparaitre au moment où le FN remonte, c'est particulièrement désagréable, douloureux..." estime le militant socialiste.

La mise en bière de Bernard Fromentin avait lieu vendredi matin 1er avril à 10h30 à Lyon, avant son enterrement au cimetière de Gras en Ardèche, à 14h. Ses amis regrettent qu'aucun journaliste ni aucun socialiste lyonnais n'ait fait le déplacement.

Lire aussi la Tribune de JF Tétu sur le site de l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon

1 commentaire
  1. Karim Aou - 4 avril 2011

    Connaissant Bernard FROMENTIN depuis mes premières années de militantisme, je tiens à dire l'émotion vive qu'a suscité l'annonce de sa disparition.La défense de la Démocratie et des valeurs républicaines, le combat sans concession contre l'extrême droite nous ont liés dans une conception commune de l'engagement citoyen.J'ai appris beaucoup à son contact. Il était toujours disponible pour nous conseiller, nous informer, nous aider à nous former. Je crois que toute une génération de militants humanistes lyonnais lui doit quelque chose.J'admirais sa connaissance, sa force de caractère et sa tenacité, son ancrage républicain, sa vivacité, son humour et aussi ses colères (tellement légitimes). Au regard de l'expérience, l'énergie et de l'intelligence que Bernard mettait au service du bien-commun, j'invite les lyonnais à ne pas l'oublier.Pour ma part, j'étais professionnellement empêché et je n'ai pu me recueillir avec ses proches vendredi dernier.

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