A Sanofi-Aventis, petite grève pour grande restructuration

Ce jeudi, pour protester contre la fermeture du site chimique Sanofi-Aventis de Neuville-sur-Saône, la CGT appelait les 850 salariés à faire grève. Mais peu de personnes ont suivi le mot d’ordre.

Le 31 mars, le groupe pharmaceutique annonçait sa "mutation" pour mieux se concentrer sur les vaccins et les biotechnologies. Dans la région lyonnaise, l’usine chimique de Neuville-sur-Saône, qui fabrique en majorité des médicaments à base de cortisone, va totalement être transformée pour devenir un site dédié à la fabrication de vaccins, comme celui contre la dengue, sorte de grippe tropicale. 350 millions d’euros vont être investis dans cette nouvelle unité de production (lire notre article sur la pose de la première pierre).

Une semaine après l’annonce de ce virage industrielle, les syndicats ont fait leurs comptes : pour compenser les 700 suppressions de postes, environ 400 postes seront créés sur les sites de Neuville et de Marcy l’Etoile. Il y aura en outre des mesures de mobilités géographiques vers d’autres sites français. Et 150 personnes pourraient partir en "cessation anticipée d’activités". Une sorte de préretraite au rabais, selon les syndicats.

Pour la CGT, troisième syndicat du site de Neuville, le principe même de ce plan social est inacceptable. "La première entreprise du CAC 40 fait 8 milliards de bénéfice. La chimie peut être maintenue. La direction supprime la chimie seulement parce qu’elle la considère comme pas suffisamment rentable", affirme Fabien Mallet, le secrétaire de la CGT.

Avant l’ouverture de négociations, le syndicat a donc décidé de mettre un "coup de pression" en organisant une journée de grève. Mais cette initiative n’a pas été suivie par les autres syndicats, dont FO (majoritaire). Résultat : une petite grève et un petit cortège d’une cinquantaine de personnes qui a parcouru dans la matinée de jeudi les rues de Neuville.

Où et comment changer de métier ?
"Bien au-delà de ces cinquante personnes, les gens ont peur", relativise Séverine Dejoux, déléguée syndicale CGT. "Car pour l’instant on n’a aucune garantie qu’il n’y ait pas de licenciements". Un de ses collègues complète : "Sanofi va proposer des postes à l’autre bout de la France. Si le salarié refuse deux offres de ce type, il sera licencié". Les cégétistes ne se font guère d’illusion sur la possibilité de faire revenir la direction sur sa décision de fermeture du site chimique. Après cette journée de grève, l’enjeu sera d’obtenir davantage de mesures sociales et de garanties pour le passage du médicament au vaccin. Avec pour objectif d’éviter les licenciements et les mutations forcées."Pour l’instant, aucune véritable formation diplômante et qualifiante nous est proposé pour passer d’un domaine à l’autre", explique un délégué du personnel CGT.

Certains salariés, parmi les plus en colère, ont déjà connu des changements de site et de métier, même si ça restait dans le domaine de la chimie. "On en a marre d’être déplacés d’un site à l’autre. Il y a trois ans, je travaillais à l’usine de Décines. Je suis arrivé à Neuville suite à une restructuration, témoigne un salarié. Maintenant, il va falloir que j’aille peut-être à Marcy l’Etoile. C’est un véritable gâchis industriel. Les corticostéroides pourraient continuer à être fabriqués sur le site et d’autres molécules pourraient être développées".

Contacté par Lyon Capitale, la direction du site de Neuville n’a pas souhaité confirmer le contenu du plan social avant sa présentation au comité d’entreprise le 13 avril prochain. Sa porte-parole a en revanche insisté sur les raisons principales de cette restructuration industrielle : la concurrence des pays émergents, les nombreux brevets qui vont tomber prochainement dans le domaine public et des échecs majeurs de nouveaux médicaments.

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