Le traitement développé par le laboratoire installé à Saint-Priest vise à empêcher les entrées en réanimation de patients atteints du Covid-19. (Photo Hadrien Jame)

À Lyon, Fab’entech teste un traitement pour éviter les cas très graves de Covid-19, décryptage

La petite biotech installée dans la Métropole de Lyon, à Saint-Priest, travaille depuis 2020 sur la mise au point d’un traitement contre le Covid-19. Sa promesse ? Éviter les cas très graves de Covid-19 et donc les entrées en réanimation. Le projet s’apprête désormais à entrer en phase d’essai clinique sur l’homme, avant une potentielle mise sur le marché fin 2022.

À l’heure où les laboratoires et les grands groupes pharmaceutiques continuent de jouer des coudes pour commercialiser leurs vaccins contre le Covid-19, Fab’entech, une petite biotech installée dans la Métropole de Lyon depuis 2009, travaille à la mise au point d’un traitement contre le virus. En parallèle du développement d’un produit de biodéfense contre une toxine végétale, pour le compte de la Direction générale de l’armement (DGA), Fab’entech a donc lancé en 2020 son propre programme pour créer un traitement contre le Covid-19.

Un travail qui lui vaut aujourd’hui de prendre la lumière du fait de la crise sanitaire, mais, dans le milieu, l’entreprise spécialisée dans la lutte contre les maladies infectieuses est loin d’être anonyme. À ses débuts, elle a notamment travaillé "sur les virus H5N1 et Ebola", avant que les "marchés ne s’évaporent peu à peu", explique son directeur Sébastien Iva, et que la société ne se cherche un nouveau champ d’action, la lutte contre les toxines qui représente aujourd’hui son "plus gros programme".

L'administration du traitement se fait en 30 minutes à 1 heure et est relativement simple. Celle-ci est réalisée par voie intraveineuse, le produit étant dilué dans une poche de perfusion. (Photo Hadrien Jame)

Une efficacité accrue contre les variants

Pour autant, Fab’entech a toujours gardé un oeil sur les maladies infectieuses en raison de sa licence exclusive avec Sanofi-Pasteur pour développer et produire des anticorps polyclonaux, autrement dit un mélange d'anticorps qui correspond à la réponse naturelle de notre organisme contre un pathogène. Alors, "quand la crise du covid est arrivée, tout naturellement nous nous sommes dit il faut que l’on soit dans la course et nous avons donc lancé un programme de traitement", commente Sébastien Iva. 


"On fournit directement un mélange d'anticorps au patient pour gagner du temps par rapport à sa réponse immunitaire naturelle", Cécile Herbreteau-Delale directrice de recherche et développement chez Fab’entech


Utilisés depuis très longtemps pour lutter contre la rage, les anticorps polyclonaux sur lesquels s’appuie FabenCov, le traitement développé à Saint-Priest, ont la particularité de "pouvoir neutraliser le virus sur tous les fronts". Autrement dit, "si le virus change on va quand même pouvoir l’attraper, avec plusieurs bras, alors que les anticorps monoclonaux [aussi utilisés dans d'autres traitements contre le Covid-19, Ndlr] sont très puissants, mais ne visent qu’une partie du virus et si celui-ci mute ils deviennent inefficaces", synthétise de manière imagée le directeur du laboratoire.

Empêcher les cas graves à l’hôpital

Ce flacon contient une dose du traitement FabenCOV, qui pourra être administré en urgence à une personne hospitalisée, si l'étude clinique est concluante. (Photo Hadrien Jame)

Au regard de la taille de l’entreprise et de l’utilisation habituelle des anticorps polyclonaux dans les cas d’urgence, Fab’entech a fait le choix de ne cibler que les patients atteints de Covid-19 entrant à l’hôpital et présentant "un risque d’aggravation de la maladie ou de transfert en soins intensifs". Concrètement, une fois injecté, le traitement du laboratoire permet au système immunitaire d’un malade du Covid-19 de se défendre immédiatement contre le virus grâce à un apport d’anticorps, qui auraient pu mettre plusieurs semaines à se développer.

Administré par voie intraveineuse en 30 minutes à 1 heure au patient hospitalisé, le produit doit permettre "dans les minutes qui suivent son injection de réduire la charge virale du patient pour éviter un passage en réanimation. Cela permet de garder le patient sous contrôle pendant quelques jours en attendant que son propre système immunitaire puisse se mettre en place et se défendre", détaille Cécile Herbreteau-Delale, directrice de recherche et développement chez Fab’entech. 

Début des essais cliniques sur l’homme

Actuellement, le laboratoire aurait la capacité de produire 50 000 doses annuelles de son traitement s’il venait à être homologué à l’issue de ses essais cliniques sur l’homme. La cible de l’entreprise n’est donc pas de l’ordre du million de patients, mais plutôt de "plusieurs dizaines de milliers et au mieux de centaines de milliers", fait valoir Sébastien Iva. 


"Cela va nous permettre de prouver l’efficacité du traitement. Si elle est là où on l’attend, c’est à dire très élevée, on pourrait tout à fait demander un accès précoce en France pour que son utilisation se fasse le plus tôt possible", Sébastien Iva, directeur de Fab'entech


D’ici quelques jours ou semaines, Fab’entech doit franchir un cap majeur dans le développement de son traitement avec son entrée en Phase 2. En effet, après plusieurs mois de recherche, les anticorps produits par des chevaux vaccinés contre le Covid-19 vont pouvoir être administrés à l’homme, à l’issue d’un long processus de purification, réalisé à Saint-Priest, et qui les rend compatibles avec le corps humain. 

C'est ici que le plasma prélevé sur les animaux vaccinés contre le Covid-19 est purifié pour en extraire des anticorps, qui puissent être acceptés par le corps humain. (Photo Hadrien Jame)

À la veille des essais cliniques, qui se dérouleront sur un panel d’environ 400 patients, il est "encore trop tôt", estime Cécile Herbreteau-Delale, pour donner un pourcentage d’efficacité au traitement. Celui-ci "sera déterminé pendant l’essai clinique" assure la chercheuse. En revanche, concernant la sécurité du produit, qui sera évaluée lors d'une première phase de tests, avant que les scientifiques ne se penchent sur son efficacité dans un second temps, elle est catégorique : "le risque d’effets secondaires est très modéré. On utilise un procédé qui a déjà fait ses preuves et on sait que ce sont des produits très bien tolérés chez l’homme. On fait cette première phase sur 30 patients pour être sure, c’est une obligation réglementaire, mais il n’y a pas d’inquiétudes". 

Des opportunités au-delà du Covid-19

Dans le même temps, Sébastien Iva, qui espère une commercialisation d’ici la fin de l’année 2022 si "le recrutement des patients est rapide, que l’on a des résultats probants et que l’on obtient une autorisation précoce", sait le traitement de Fab’entech attendu. Par l’Europe, qui lui a accordé une aide de 9,5 millions d’euros pour financer cet essai clinique, mais aussi par la France qui l’a soutenu à hauteur d’environ 12 millions d’euros et qui possède d’ailleurs "une option sur nos premiers traitements", explique celui qui a pris ses fonctions à la tête de Fab’entech il y a un an et demi pour faire franchir un cap à l’entreprise lyonnaise. 


"On a une technologie qui permettrait de répondre dans un temps relativement court à des futures pandémies du type du covid", Sébastien Iva, directeur de Fab'entech


Au cours des prochaines années, la petite entreprise de 32 salariés ambitionne ainsi de devenir un acteur européen important dans la fourniture de solutions et de traitements contre de futures menaces et des pandémies. "On sent que c’est le moment d’aller chercher des fonds, des dispositifs d’accélération, pour transformer l’entreprise et la faire plus que doubler en taille. On a une technologie qui permettrait de répondre dans un temps relativement court à des futures pandémies du type du covid", analyse Sébastien Iva qui a bien senti, comme tant d’autres, que la crise du Covid-19 apportait aussi son lot d’opportunités pour la recherche et le développement. 

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