Un squat expulsé malgré l’appel des associations

Sans illusion, le collectif d’associations Rrom* a lancé un appel, mercredi 4 décembre, demandant l’extension de la trêve hivernale aux squats et bidonvilles de l’agglomération. Trois jours plus tard, treize Roms dont six enfants se faisaient expulser.

Sans surprise, vendredi 4 décembre à 7h, la police a procédé à l’expulsion d’un squat de la rue Péchoux à Villeurbanne (quartier des Maisons Neuves). Treize personnes d’origine Rom de Roumanie vivaient depuis six mois dans cette maison avec eau et électricité. Parmi elles, six enfants dont un bébé de trois mois. C’est l’aîné des enfants, âgé de 12 ans, qui a prévenu Giberte Renard de l’association CLASSES en charge de la scolarisation des enfants des squats.

Arrivée sur les lieux, elle n’a pu que constater l’absence de solution pour ces personnes : “Il y a un bébé et un père de famille qui souffre de grave pathologie cardiaque mais ils devront attendre lundi pour éventuellement trouver une place au 115”. Aujourd’hui à la rue, la famille va repartir à la recherche d’un nouveau squat.

Toujours aucune réponse du préfet

Pour la deuxième année consécutive, les associations ont pourtant écrit au préfet et aux représentants des collectivités territoriales pour dénoncer ces expulsions hivernales. Elles n'avaient toujours pas reçu de réponses deux semaines après l'envoi de leur courrier le 2 décembre. Il y a pourtant urgence, selon elles.

La mortalité néo-natale précoce des 600 Roms de l'agglomération est de 19 pour 1000, contre 2,2 pour 1000 dans la population française en général, selon les données de Médecin du monde. Leur espérance de vie se situe entre 50 et 60 ans, 15 ans de moins que l'espérance de vie moyenne dans les pays d'Europe de l'Est. Trente bidonvilles et squats sont continuellement présents en moyenne dans le Grand Lyon, majoritairement occupés par des Roms, qui ne disposent bien souvent ni d'eau, ni d'électricité. De fait, leurs conditions d'hygiène et de vie s'en ressentent.

La situation était déjà la même en 2008, elle sera à nouveau la même en 2010, si rien ne change“, s'est plaint Bernard Longin de médecin du monde. En 2008, les humanitaires disent avoir notamment multiplié le nombre de leurs interventions dans les squats et bidonvilles du Grand Lyon. Ils sont intervenus sur 23 sites dans le Grand Lyon en 2008, contre 17 en 2007, à cause des “expulsions à répétition“ déplore Bernard Longin de médecin du monde.

Vers des solutions ?

Et après la décision inédite du tribunal de Lyon qui a reconnu le statut de “domicile“ à un bidonville de la rue Paul Bert mi novembre, les humanitaires réclament maintenant l'extension de la trêve hivernale des expulsions locatives aux occupants de squats et bidonvilles, afin de venir en aide aux Roms dans la durée.

L'association Caravana Romilor, première association de Roms de l'agglomération demande quant à elle au préfet, l'accès à des terrains aménagés dans le Grand Lyon. Un moyen d'entrer en douceur dans la chaîne du logement, comme cela se fait à Lille notamment, “après des périodes de trois, six mois, un an, on pourrait ensuite sortir des familles pour les orienter vers du logement normal“, explique Onofrei Miklesku, Rom présent depuis quinze en France et président de l'association. Il attend lui aussi une réponse du préfet.

*Le collectif d'associations Rrom regroupe notamment Alpil, ATD-Quart-Monde, Cimade, CLASSES, Ligue des droits de l'Homme et Médecins du Monde

Lire aussi : Des Roms lyonnais s'associent pour défendre leurs droits

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