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© Robin Favier

Les “casseurs” en appel : le président du tribunal “se” diffuse la vidéo de l’hélico

Quatre personnes arrêtées durant les épisodes de violence du mois d’octobre comparaissaient, ce mardi, devant la cour d’appel de Lyon. Fait exceptionnel, le président a tenu, de son propre chef, à diffuser un enregistrement vidéo de l’hélicoptère de la gendarmerie. Ce qui a entraîné de vives réactions chez les avocats.

Ce mardi 30 novembre débutait une série de 19 procès en appel de personnes interpellées lors des six jours “émeutiers” qu’a connu le centre-ville en octobre. 19 personnes condamnées à de la prison avec sursis et pour lesquelles le parquet de Lyon a fait appel des décisions de première instance, espérant une sanction plus sévère.

Le premier cas étudié par la cour d’appel est celui de Soumia, élève de terminale BEP qui avait mis le feu à une poubelle devant son établissement villeurbannais, le 19 octobre. La lycéenne est appelée à la barre pour que l’on rappelle les faits. Jean-Paul Taillebot, président de la 4e chambre correctionnelle, lui demande ensuite de s’asseoir et fait mettre en marche l’écran qui dormait sur un côté de la salle. Il explique que des vidéos prises par les forces de l’ordre vont être utilisées afin de permettre à la Cour de se replacer dans le contexte des évènements.

L’avocat de la jeune lycéenne s’offusque. “Comment peut-on diffuser une vidéo qui n’a aucun rapport avec le cas de ma cliente ?” Demande Eric Dumoulin. "La Cour est libre de s’informer sur les évènements" tonne alors le juge Taillebot. L’assistance composée principalement des familles des victimes et de membres de collectifs de “soutien aux inculpés” (comme le Collectif du 21 octobre) est scandalisée : "Et pourquoi pas des images de 2005" entend-on dans le public. En signe de désapprobation, les avocats des autres prévenus quittent la salle.

Le président veut montrer les méthodes efficaces de la police

Deux séquences sont diffusées devant la Cour. Les deux extraites des enregistrements de l’hélicoptère de la gendarmerie qui a fait son apparition, au dessus de la place Bellecour, le mardi 19 octobre, au plus fort des scènes d’émeutes. La première dure une quinzaine de minutes. Il est 13h30, le 19 octobre. Pendant les premières minutes, on reconnaît que l’hélicoptère est en train de survoler la place en passant de groupe en groupe. La caméra finit par s’attarder sur un groupe de jeunes qui s’en prend à une petite voiture dans la rue de la Barre aux abords de la place Bellecour. Quelques minutes après, le feu est mis au véhicule. Pendant les longues minutes qui suivent, la caméra va alors se fixer sur l’un de ceux qui a mis le feu à la voiture.

Survêtement bleu, pull noir, écharpe de l’OL, il est assez facilement repérable au milieu de la foule. La seconde séquence montre son arrestation, probablement quelques minutes plus tard, de l’autre côté du pont de la Guillotière. Alors que tout le monde court dans tous les sens en voyant approcher des voitures banalisées remplies de policiers “interpellateurs”, le jeune homme concerné s’assied sur le bord des quais du Rhône. Les policiers sortent de la voiture et fondent sur lui pour l’arrêter. Le juge Taillebot conclut cette projection en déclarant que ces vidéos sont la preuve de l’efficacité des méthodes de la police.

Vive protestation des avocats

Les procès en appel des “émeutiers” commencent singulièrement. Dans tous les cas, dans un autre contexte que ceux de première instance. Le juge Jean-Daniel Piffaut, de la 14e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Lyon, avait en effet refusé la diffusion de cette même vidéo demandé par le procureur, expliquant qu’elle n’avait aucune lien avec les faits. “Le juge Taillebot a voulu se passer à lui-même un film qu’il connaît par cœur. C’est ridicule puisque c’est lui qui juge et qu’il a déjà vu cette vidéo qui n’a, en outre, rien à voir avec les faits”, commente Eric Dumoulin, l’avocat de Soumia.

Nicolas Bonnet est le défenseur de Mickaël, condamné à trois mois de sursis en première instance pour avoir retourné une voiture aux Terreaux, le 18 octobre, lors d’une de ces manifestation sauvage lycéenne. Cet avocat estime que la diffusion de cette vidéo est une atteinte aux droits de la défense et aux droits à un procès équitable” notamment parce que les avocats des prévenus n’ont pas été avertis. Pour expliquer cette diffusion, Nicolas Bonnet formule deux hypothèses : “Peut-être le président a-t-il voulu sensibiliser ses assesseurs qui n’ont pas forcément la même optique que lui. Cette vidéo est peut-être à destination du public pour justifier de futures peines plus sévères qu’en première instance”.

Sur le fond, rien de nouveau sous la neige

Concernant le fond des procès, il n’y a pas vraiment eu de nouveautés. Que ce soit pour Soumia, Mickaël, Lou ou Camille, tous déjà condamnés à de la prison avec sursis (à l’exception de Soumia qui avait été condamnée à cinq mois de prison avec sursis et un mois ferme mais sans mandat de dépôt, lire ici et ). L’avocat général a repris les mêmes réquisitions que le procureur en première instance. A chaque cas, il a demandé de la prison ferme. Pour la lycéenne Soumia, qui est accusée d’avoir brûlé une poubelle devant son lycée, six mois de prison ferme. Pour l’intérimaire Mickaël, accusé d’avoir renversé une voiture, deux mois fermes. Pour la lycéenne Camille, qui reconnaît avoir cassé une sucette Decaux et qui a refusé le prélèvement ADN, deux mois fermes. Et pour l’étudiant Lou, accusé d'avoir jeté un sac de feuilles mortes sur des policiers, trois mois fermes. Les arrêts de la cour d’appel seront rendus le 25 janvier 2011.

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2 commentaires
  1. Yvan, de Lyon - 1 décembre 2010

    Je m'interroge.Cette audience, s'est tenue à Lyon en France ou dans une 'république bananière' ?

  2. G. Weg - 3 décembre 2010

    Bonjour et merci pour votre article. Néanmoins il faut rétablir quelques erreurs, la vidéo projetée était bien une vidéo réalisée par les caméras policières depuis l'hélicoptère le 19 octobre, mais aucun des inculpés ne l'étaient au titre d'une participation à une manifestation ce jour-là. Pour cause ils avaient été arrêtés au début des évènements, les 14 et 15 octobre bien avant que cela ne dégénère place Bellecour ou au centre-ville (sauf peut-être un des jeunes, accusé d'avoir retourné une voiture ...). D'où la stupéfaction et la colère des avocats devant la volonté du juge de produire des images qui n'incriminaient aucun des inculpés et en particulier pas la jeune fille, Soumia, accusée à ce moment-là des audiences, d'avoir attisé (et non allumé) un feu de poubelle devant son lycée cinq jours avant. Par la suite et pour étayer sa plaidoirie, un des avocats a demandé que l'on projette 'Billy the Kid' de Charlie Chaplin car malgré le décalage chronologique ce film n'était pas sans rapport avec l'affaire qu'il défendait, demande rejetée immédiatement par le juge... Il faut aussi souligner la présence dans la salle notamment de membres du collectif du 21 octobre, de la Caisse de solidarité mais aussi de syndicalistes, CGT, Sud et SNASUB venus en soutien et toutes les familles des inculpés dans cette salle de correctionnelle du Palais des 24 colonnes.

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