Ebola
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Ebola : “Retirer ses enfants de l’école est infondé”

Le professeur Peyramond, aujourd’hui consultant auprès des Hospices civils de Lyon, a été pendant 20 ans chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Croix-Rousse. Il explique pourquoi un risque d’épidémie en France n’est pas envisageable et déclare “infondé” le comportement de certains parents qui retirent leurs enfants de l’école. Entretien.

Lyon Capitale : Le premier cas de contamination par le virus Ebola a été détecté chez une aide-soignante d’un hôpital de Madrid. Doit-on craindre une éventuelle épidémie ?

Pr Peyramond : Non ! L'infection Ebola-virus ne peut en aucune façon évoluer vers un risque épidémique sur le sol français et dans les pays européens. C'est impensable compte tenu de la modalité de la prise en charge des patients et cela n'a rien à voir avec ce qui se passe dans les hôpitaux africains, où la promiscuité et le manque d'organisation décuplent les transmissions d'homme à homme.

En premier lieu, les personnels médicaux et paramédicaux sont fréquemment contaminés, au même titre que la famille du patient. En Afrique, un autre élément joue un rôle extrêmement néfaste dans la propagation de l'épidémie, ce sont les rituels funéraires. La manipulation du cadavre fait courir des risques énormes. Chez nous, cela est impensable.

Bruxelles a demandé à l’Espagne d’établir les conditions de contamination de l’aide-soignante. Comment cela a pu arriver ?

Je sais ce qu'il s'est passé : il y a une erreur commise à certains moments. Cette personne s'est occupée du missionnaire espagnol décédé à Madrid. Il y a eu une erreur dans le protocole de protection de l'infirmière. Elle n'aurait pas respecté, elle-même, les conditions de protection du patient décédé, soit, lorsqu'elle s'est déshabillée en sortant de la salle où elle donnait des soins, elle a touché les parties souillées de sa tenue de protection. Il n'y a pas d'autre explication.

Comment se transmet le virus ?

Le virus se transmet par contact avec les sécrétions d'un malade. C'est une maladie qui évolue en deux phases : la première phase ressemble beaucoup à un syndrome grippal sévère. Certains patients guérissent à cette phase et le sont définitivement. Pour d'autres patients, après 5 ou 6 jours d'évolution, des hémorragies buccales, nasales, pulmonaires ou digestives apparaissent et ils ont la diarrhée. C'est en faisant les soins auprès de ces patients que l'on peut se contaminer.

L’hôpital de la Croix-Rousse est en situation de soigner Ebola ?

Nous avons tout ce qu'il faut : une chambre d'isolement, un personnel et des médecins hautement qualifiés pour ce type de prise en charge. Nous avons des protocoles stricts d'habillage et de déshabillage, avec des tenues isolantes.

Selon des scientifiques britanniques, la maladie pourrait arriver en France d’ici à la fin du mois...

Nous aurons, peut-être, ce qui s'est passé à l'hôpital Bégin. Une infirmière qui travaillait pour le compte de MSF qui a été contaminée en Afrique, mais rapatriée et soignée en France. Est-ce que nous consommons des chauves-souris ou des singes ? Non. La maladie ne peut donc pas apparaître chez nous. Nous avons effectivement un trafic aérien soutenu. Des cas pourront apparaître en France, mais ils seront extrêmement isolés, 1, 2 ou 10 cas... mais cela n'ira pas plus loin. Depuis trois mois, les aéroports distribuent, si vous partez en Afrique, des documents qui vous alertent sur la situation.

À Boulogne, des parents ont décidé de retirer leurs enfants d’une école, car un jeune garçon arrivait de Guinée. Comment qualifiez-vous ces comportements ?

Ce type de comportement me paraît infondé. Depuis six mois, nous sommes confrontés à ce type de réaction. Des gens qui reviennent d'Afrique nous appellent, car ils ont 38 de fièvre. La règle est de soumettre le cas à la veille sanitaire et, dans tous les cas, le risque Ebola a été éliminé.

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