Dr Saldmann

Dr Frédéric Saldmann : la prévention, c’est la vie !

Adoré par les uns, décrié par les autres, le docteur Saldmann, cardiologue, nutritionniste, spécialiste de la médecine prédictive et auteur de best-sellers, dérange. Médecin, il prône la prévention pour nous éviter de le consulter ainsi que ces confrères. Et, chose étonnante au pays de la Sécurité sociale, ses lecteurs aiment, les chiffres le prouvent, ce discours novateur, décalé, qui les responsabilise vis-à-vis de leur corps et de ses maux. Son dernier livre* s’est vendu à 400 000 exemplaires en trois mois. Un succès étonnant qui agace une partie de ses pairs qui trouvent ses propos réducteurs. Il est vrai que la méthode proposée par le docteur Saldmann semble reposer davantage sur du bon sens que sur des années d’études ! Quoique…

Les nombreuses données scientifiques qui étayent ses recommandations montrent que cette approche est prise au sérieux par de nombreux chercheurs. Et si c’était cela, la médecine de demain ? Une médecine préventive et pragmatique, grâce à laquelle nous éviterions à la fois la dégradation de notre santé – en prenant par exemple moins de médicaments aux nombreux effets secondaires – et le naufrage de notre système de soins auquel nous tenons tant. ENTRETIEN.

Lyon Capitale : Vous êtes praticien attaché aux hôpitaux de Paris, cardiologue et nutritionniste, vous êtes donc un médecin “sérieux”… Certains en doutent pourtant en lisant votre dernier livre : ils le disent trop simpliste, un peu fumeux… Que leur répondez-vous ?

Dr Frédéric Saldmann : Autrefois, le médecin de famille soignait les maux de ses patients et faisait très souvent, au cours d’une même consultation, de la prévention auprès des autres membres de la maisonnée. Dans ce livre, je n’invente rien. Je suis simplement dans mon rôle de médecin, qui est à la fois d’écouter, d’examiner, de diagnostiquer, de prescrire, et de faire de la prévention.
Nos sociétés modernes occultent cet aspect qui consiste à anticiper l’apparition des maladies en prenant en compte la manière de vivre et le terrain génétique des individus ; les interactions avec l’environnement ; les saisons. L’utilisation des antibiotiques et l’évolution de la médecine ont modifié, en profondeur, nos comportements. Traiter une maladie devenant, en apparence, de plus en plus facile, nous avons oublié que nous pouvions toujours les empêcher en continuant à faire de la prévention. Aujourd’hui, les choses changent. Nous connaissons et redoutons les effets secondaires des médicaments, et nous savons que leur usage parfois excessif et leur coût mettent en danger notre santé et notre système de soins. Toute une partie de la population et du corps médical en a désormais conscience et souhaite faire évoluer le fonctionnement actuel. Il n’est pas question d’attitude radicale, mais de faire mieux. Le cerveau et le corps humains possèdent des capacités inexplorées. Les activer permettra de soigner un nombre considérable de symptômes et de maladies. Ainsi que leurs causes. Ce qui diminuerait, de fait, le nombre de récidives. C’est ce que j’essaye de démontrer dans cet ouvrage : comment être en meilleure santé en se soignant soi-même !

N’est-ce pas utopique, voire irréaliste ? Les malades sont, souvent, de très mauvais patients ! Et, quand on est en bonne santé, on n’a pas toujours envie de changer d’habitudes de vie.

Utiliser une nouvelle méthode, changer ses habitudes, demande de faire des efforts. C’est certain. Ce n’est possible que si l’on comprend que l’on en retirera de grands bénéfices. Prenons un exemple simple. Les traitements pour le cholestérol, le diabète gras ou l’hypertension artérielle sont utilisés par des millions de patients. Ils contribuent à diminuer les risques cardiovasculaires associés à ces pathologies, mais leurs effets secondaires sont souvent importants et les causes ne sont pas soignées. On peut améliorer les choses en modifiant seulement quelques paramètres pour diminuer les traitements, voire s’en passer : mincir, manger plus équilibré, avoir une activité physique régulière… Autre exemple : 30 minutes d’exercice physique quotidiennes réduisent de 40 % les risques de cancer, d’Alzheimer et de maladies cardiovasculaires. Tout cela, les patients l’ignorent. L’information ne leur est pas donnée. Dès lors, comment peuvent-ils changer leurs comportements vis-à-vis de leurs pathologies ? Informer, éduquer, expliquer est essentiel pour aider les gens à entrer, activement, dans une démarche de prévention et les aider à se responsabiliser vis-à-vis de leur santé physique et psychique, et leur permettre d’aller mieux. Ce n’est ni utopique ni irréaliste, mais pragmatique et utile à la société et aux personnes.

---> Suite page 2 : Les bases de la médecine préventive et les conseils du Dr Saldmann

Lyon Capitale : Quelles sont les bases de la médecine préventive ? Et est-ce la médecine de demain ? Pourquoi ?

Dr Frédéric Saldmann : La nutrition, l’activité physique, ne pas fumer, boire modérément, bien dormir, éviter les situations de stress pathologique qui conduisent à la dépression, apprendre à se connaître sont les bases de la médecine préventive. C’est une manière de donner de bons matériaux à notre corps. Ceux dont il a besoin pour se construire sans développer de maladie. Notre organisme se renouvelle constamment. Chaque seconde, 20 millions de cellules se divisent pour remplacer celles qui sont hors d’usage. Les erreurs de copie peuvent entraîner des dysfonctionnements et l’apparition de cancer. La prévention aide à fabriquer de nouvelles cellules “en bonne santé” et à se maintenir en forme.

La médecine préventive consiste, d’une certaine manière, à faire preuve de bon sens ! Ce que vous montrez, en 10 chapitres thématiques, dans lesquels vous rappelez des règles de base. Exemple : guérir de l’excès de poids sans faire de régime.

En France, une personne sur trois serait en surpoids. Outre le problème de santé publique que cela pose, l’excès de poids constitue également un risque majeur pour la santé. Il détruit à bas bruit et doucement l’organisme. Quand les pathologies qui lui sont liées s’expriment, il est souvent difficile de revenir en arrière. Les régimes, nous le savons tous, ne sont pas la solution pour maigrir durablement. La meilleure chose à faire est de contrôler son alimentation tout en conservant le plaisir de manger. Il n’y a pas de secret, pour y parvenir, il faut manger moins. Ce qui suppose de diminuer son appétit. Pour cela, soit on accepte d’avoir faim : le phénomène va en s’atténuant progressivement mais c’est difficile. Soit on a recours à des coupe-faim naturels : le chocolat noir à 100 % (et pas à 90 ou 80 %), le safran, le blanc d’œuf, boire beaucoup d’eau ou de boissons non sucrées, apprendre à attendre qu’une sensation de satiété s’installe naturellement quand on mange (5 minutes après les premières bouchées)… et à savourer le moment présent !

Autre exemple, dynamiser son organisme pour être en forme toute l’année…

Faire de l’exercice est tout aussi indispensable que se nourrir de manière équilibrée. L’activité physique quotidienne, en brûlant des sucres et des graisses, permet de diminuer de 38 % toutes les causes de mortalité confondues, et de lutter contre l’obésité et le vieillissement. Si vous n’avez pas de temps à consacrer à un sport en particulier, faites de la marche rapide (3 km en 30 minutes sans s’arrêter), du vélo ou de la course à pied. C’est gratuit ou presque, et accessible à beaucoup de personnes. Autre méthode, très efficace : monter et descendre les escaliers 15 minutes par jour. Choisissez quelque chose qui vous ressemble et que vous puissiez faire, facilement, afin de vous y tenir.

Quelques conseils pour préparer l’hiver et aider ses enfants à lutter contre les maladies infectieuses ?

Il est important de savoir qu’une infection se développe le plus souvent chez une personne aux défenses immunitaires affaiblies. Y remédier suppose de faire attention à son hygiène quotidienne et d’adopter des habitudes salvatrices : se laver les mains avant de passer à table ou après avoir été aux toilettes, rabattre le couvercle des WC avant de tirer la chasse d’eau (pour éviter l’effet aérosol qui propulse les germes dans les poumons), changer son oreiller tous les deux ans en moyenne (10 % de son poids correspond alors à des acariens morts), laver son réfrigérateur 2 fois par mois, ne pas partager sa serviette éponge ou son gant de toilette avec le reste de la famille, etc.
Il importe de trouver un juste équilibre pour ne pas de développer des TOC, des comportements compulsifs. Si vous y parvenez et que vous enseignez à vos enfants ces méthodes, votre famille sera moins sujette aux infections, et développera moins d’allergies. Vos vies seront bien plus plaisantes.

Autre sujet sensible : éviter le stress et la déprime…

Le mauvais stress qui résulte de tensions, de fatigue, d’un manque de sommeil, de difficultés relationnelles en famille ou au travail, se manifeste notamment par de l’anxiété, des insomnies, des maladies psychosomatiques, des troubles alimentaires… La liste est longue. Vous pouvez le gérer sans recourir à des médicaments. Comment ? Là encore, les moyens sont divers et adaptés à la personne que vous êtes. Cela peut être en vous faisant masser, en vous efforçant à sourire régulièrement (la détente ainsi créée est quasi immédiate), en ne laissant pas votre mental vous manipuler et ne vous montrer que le verre à moitié vide, en apprenant à dire non, en faisant de la relaxation pour vous endormir… De plus, connaître ses limites et savoir cultiver le bonheur en acceptant ce qui est – y compris ses échecs – aide à être moins stressé.

Vous dites qu’une meilleure connaissance de notre corps et de notre esprit permet à chacun de se responsabiliser, et de devenir plus autonome. Ce que l’on ne sait plus faire en Occident, où nous sommes très souvent assistés dans notre quotidien, pour plein de choses…

Prendre l’habitude d’être assisté n’aide pas à se prendre en charge sur le plan de la santé physique et psychique. La seule et grande question que nous devrions nous poser n’est pas “comment se donner les moyens d’être aidé” mais : Quelle direction prendre pour développer ses capacités physiques, sensorielles et intellectuelles ? L’idée est de se réaliser et d’être soi-même. Y parvenir suppose d’avoir une bonne santé grâce à une nutrition équilibrée (30 % de calories en moins c’est 20 % de vie en plus, dans la plupart des cas) et d’opter pour une activité physique quotidienne. On ne doute pas de l’importance de se laver les dents. Il devrait en être de même pour ce qui concerne nos choix alimentaires et sportifs.

Faire de la prévention, c’est appliquer une recommandation qui existe depuis des millénaires en Chine. Le médecin de l’empereur devait lui éviter toute maladie, sous peine d’être exécuté.

Au-delà de l’anecdote, cela signifie que nous devons apprendre à avoir recours au potentiel que nous détenons pour nous autoréparer et nous protéger des agressions extérieures. Les immenses progrès médicaux à venir reposent tous sur le même principe : apprendre à se soigner par soi-même. Ce sont nos propres cellules qui deviendront nos médicaments pour prévenir les maladies, nous permettre de régénérer notre corps et défier le temps.

Autre point important et méconnu : certaines maladies guériraient toutes seules si on laissait faire la nature ! Ce n’est pas très rassurant quand on sait tout ce que prennent certaines personnes au moindre frisson de fièvre !

Ce n’est pas rassurant si vous avez besoin de prendre des médicaments pour vous tranquilliser, car vous ne savez pas qu’il est normal et bénéfique d’avoir, dans certains cas, de la fièvre. La fièvre, c’est le signe que l’organisme lutte, sainement, contre un virus par exemple. La laisser agir dans certains cas renforce le système immunitaire. Si votre médecin est d’accord, il est très important de ne pas empêcher, systématiquement, ce processus. C’est le cas lors de certaines angines virales ou de la grippe.

En conclusion, nous n’exploitons pas les capacités que nous avons… Pourquoi ?

Sans doute par méconnaissance. Mais cela peut changer très vite. Il suffit de le vouloir et de s’y atteler. C’est notre responsabilité.

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* Le meilleur médicament, c’est vous ! éd. Albin Michel

1 commentaire
  1. mariage - mer 2 Oct 13 à 21 h 47

    Je suis tout à fait d'accord. Mieux vaut prévenir que guérir dit-on. La guérison n'est pas toujours possible alors que la prévention évite tout risque de guérison 🙂

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