A89BIS

Le Grand Lyon unanime contre le barreau entre l'A89 et l'A6

La totalité des élus de la communauté urbaine ont adopté lundi soir un avis défavorable au tronçon autoroutier A89/A6 qualifié d'"hérésie" par Gérard Collomb. L'enquête publique se terminera vendredi. C'est au premier trimestre 2014 que le commissaire enquêteur pourrait rendre son avis et le préfet déclarer l'ouvrage d'utilité publique.

"Il faudra toute notre force réunie". C'est ainsi que Gérard Collomb a accueilli, lundi soir, l'unanimité des élus de la communauté urbaine contre le tronçon A89/A6. Le projet, actuellement en phase d'étude publique, vise à achever la TransEuropéenne entre Bordeaux et Genève par la réalisation d'un barreau manquant de 5,5 km, entre l'A89 à son terminus de la Tour de Salvagny et l'A6 sur la commune de Limonest. Les travaux consistent à passer en 2X2 voies la RN 489 entre la RN7 et la RN6 (2 km), la construction d'un nouvel axe autoroutier 2X2 voies entre la RN6 et l'A6 (0,8 km) et la création d'un échangeur avec l'A6 à Limonest. Au total, il en coûterait 146 millions d'euros.

A89BIS ()

"Qui commande dans ce pays ?"

Le dossier est cependant miné : il a déjà essuyé un avis négatif en juillet 2009. Le tracé actuellement étudié est pourtant inchangé, seul le péage a été abandonné. Par ce vote, le président de la communauté urbaine veut mettre la pression sur le commissaire enquêteur qui rendra son avis au premier trimestre 2014 - l'enquête publique se terminera vendredi. Dans la foulée, le préfet pourrait prononcer une déclaration d'utilité publique. Il ne resterait que des recours judiciaires pour s'opposer aux travaux. La mise en service est prévue pour la fin 2017.

"Puisque l'Etat s'obstine, je pense que l'on a pas d'autre choix que de s'obstiner aussi", a exhorté Jean-Claude Desseigne (UDI), maire de Tassin la Demi-Lune, ce lundi soir en conseil communautaire. Son intervention a été suivie du cri d'autres maires de communes impactées. Le plus gros coup de gueule est venu de Max Vincent (UDI), maire de Limonest. "Est-ce que ce sont les administrations centrales relayées par le préfet de Région qui commandent ?" s'est-il écrié. "On a l'impression que l'administration centrale est un véritable rouleau compresseur. Qui commande dans ce pays ?". Il a été chaleureusement applaudi.

Havard apporte son appui à Collomb

Sa collègue de Dardilly, Michèle Vullien (MoDem) s'est interrogée sur la situation aux heures de pointe, s'attendant à ce que les voitures se déversent sur les routes secondaires des communes limitrophes. Vint enfin le tour de Michel Havard (UMP) dont on imaginait l'intervention plus politique, à moins de quatre mois du premier tour des municipales. Il a surpris ses collègues en souhaitant "donner de la force à cet avis défavorable", et ce pour que "le président de la communauté urbaine puisse porter au ministre le refus des élus locaux". Un appui que n'a pas refusé Gérard Collomb qui a qualifié "d'hérésie" ce projet. "Il faudra toute notre force réunie, il va falloir que nous poussions très fort", a-t-il estimé.

La collectivité regrette que les variantes au projet n'aient pas été étudiées sérieusement. "Bien qu'une part significative des trafics soit effectivement en lien avec Lyon/Villeurbanne (les deux tiers, ndlr), l'opportunité d'un barreau plus au nord se pose, non seulement pour le trafic de transit, mais également pour ce qui relevé de la desserte des autres secteurs de l'agglomération, notamment l'est lyonnais", souligne la communauté urbaine. Le Grand Lyon milite pour un tracé qui serait dans la continuité de l'A466 actuellement en travaux et qui devrait être inaugurée fin 2015. Cet itinéraire vers Les Chères avait été avancé en 1997 avant d'être abandonné en raison de son coût - il nécessite en effet le percement d'un tunnel de 4km.

A89 ()

"On fait en sorte que les voitures arrivent pile poil au coeur de l'agglomération", avait fulminé Gérard Collomb, lors de ses voeux aux élus l'an dernier. 15 jours après l'inauguration de l'A89 à la Tour-de-Salvagny, les chiffres lui donnaient raison, avec une augmentation de 3500 voitures supplémentaires chaque jour sous Fourvière. Nul doute que l'inauguration de ce nouveau barreau ne viendrait rien arranger.

Le barreau nord, complémentaire au tronçon A89/A6 selon l'Etat

Le préfet ne souhaite pas publiquement s'exprimer sur le dossier, il fait cependant savoir que "l'Etat et les collectivités locales concernées travaillent sur des études d'opportunité et de faisabilité d'un raccordement dit 'barreau nord'". Une première réunion a eu lieu en juin 2013, la date de la deuxième n'est cependant pas fixée. Selon l'Etat, cette liaison n'entrerait pas en concurrence avec le barreau en cours d'étude qui ne répond pas aux mêmes fonctionnalités et qui ne s'inscrit pas dans le même calendrier. "Cette seconde liaison serait complémentaire à la première", juge la préfecture.

Dans l'ouest lyonnais, les opposants ne désarment pas. Le projet actuel A6/A89 impacterait plusieurs espaces naturels, notamment le Bois-Dieu. Plusieurs pétitions sont en cours de finalisation. La concertation préalable menée en 2011 avait déjà recueilli 98 % d'avis négatifs. Deux appels à la mobilisation ont été lancés, le 2 décembre devant la mairie de Dardilly, le 7 décembre devant celle de Lissieu. "Il s'agit d'une TransEuropéenne Bordeaux-Genève, pas d'une autoroute Roanne-Lyon", proteste le collectif "Non à la liaison A89/A6". Qui note que le projet irait à l'encontre de la volonté de Gérard Collomb de déqualifier l'A6/A7 en coeur de Lyon.

Article mis à jour à 22h10

Les commentaires sont fermés

Faire défiler vers le haut