Roland Agret toujours à “deux doigts” de l’acquittement

Portrait – Roland Agret connaît bien l’erreur judiciaire, il en a été une victime. Depuis, avec son association, il se bat contre les dysfonctionnements de la justice.

La vie de Roland Agret s’apparente à un combat sans fin. Tout d’abord pour clamer sa propre innocence. En 1973, il est condamné à 15 ans de réclusion criminelle, reconnu coupable d’avoir commandité le meurtre de son patron et d’un autre employé à Nîmes. Il avait 27 ans.

“Pendant ma garde à vue, je me suis retrouvé entièrement nu, dans la nuit du 10 au 11 novembre, le matin j’entendais unedrôle de fanfare après avoir été molesté et avoir reçu des baffes, alors là j’ai commencé à voir la justice d’un autre œil...” Placé en liberté provisoire, il comparaît libre à son procès. “Je n’étais pas le même homme, j’avais une culture bourgeoise inculquée par mes parents et, pour moi, je n’avais rien fait, on ne pouvait pas me condamner. J’étais complètement anesthésié, mes avocats me conseillaient de ne pas ruer dans les brancards.”

“J’étais intenable”

“Ne t’en fais pas, je ferai du sport !” À l’annonce de sa condamnation, avant d’aller en prison, Roland Agret n’aura que cette phrase à lancer à son épouse, son éternel soutien.

Pour lui, la prison n’était censée enfermer que “des salauds”. Après une tentative de suicide par pendaison, il change et décide de mener son propre combat. Sept années derrière les barreaux, avant que son cas n’intéresse les médias. “J’étais intenable ; avec le recul, j’en ris. J’avais compris que la prison fonctionne sur l’abêtissement des gens, leur servilité : si tu es sage, tu auras une conditionnelle, si tu dévies tu vas au mitard. Alors, j’ai choisi : je ne voulais pas rentrer dans ce système car j’étais innocent.” Il a donc fréquenté le pire endroit, la cellule de force. “Tout ce que j’ai eu en prison, je l’ai arraché : par exemple, j’ai eu le droit de porter un survêtement aux Baumettes à Marseille, alors que c’était normalement interdit.”

Utilisant désormais à merveille la presse, Agret entame une grève de la faim mais aussi la grève de la parole et l’inertie. Elle durera un an et 28 jours. “J’ai été transfusé, à la fin je pesais 47 kilos.” Alerté, le président Giscard d’Estaing le gracie en 1977 : “Il ne l’a pas fait par acte humanitaire, mon affaire l’emmerdait beaucoup : ma mort aurait plus d’importance que ma vie.”

Gracier ne veut pas dire innocenter

En liberté, après avoir été soigné, Roland Agret souhaite avant tout la révision de son procès. Il l’obtient en 1985 où la cour d’assises du Rhône l’acquittera. Non sans souffrances... Il lui aura fallu se couper deux doigts pour faire avancer la procédure.

Auparavant, la Cour de révision avait annulé sa condamnation, lorsque l’auteur direct du crime est condamné pour subornation de témoin, un élément qui apparaît comme un fait nouveau. “Je connaissais par cœur mon dossier, j’ai autant parlé que mon propre avocat durant ce second procès.”

En parallèle, il crée l’association Action Justice, destinée à intervenir lorsqu’un dysfonctionnement judiciaire est repéré dans une affaire. L’association s’appuie sur un ensemble de consultants : experts, avocats ou magistrats.

Pour Roland Agret, s’il existe une affaire emblématique, c’est bien celle de Dany Leprince. Condamné à perpétuité pour le meurtre de son frère, de sa belle-sœur et de deux de leurs filles. Dossier étudié par la commission de révision, en 2010, mais retoqué par la Cour de révision. Depuis 2012, Dany Leprince est en liberté conditionnelle et a apparemment renoncé à faire réviser son procès. “Il est tranquille maintenant, il est chez lui, constate, amer, Roland Agret. Il ne veut plus entrer dans les rouages de la justice.” Voilà bien l’originalité de Roland Agret : si la plupart des victimes d’un dysfonctionnement judiciaire aspirent à recouvrer une vie tranquille, lui préfère s’engager complètement. Pour les autres aussi.

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Cet article est extrait d’un dossier paru dans Lyon Capitale n°727 (novembre 2013).

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Tout notre dossier sur les erreurs judiciaires et la révision de procès au pénal est en ligne ici.

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