Biennale de la danse : Dada Masilo, une énergie mortelle !


Par Martine Pullara
Publié le 23/09/2014  à 12:59
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Après Swan Lake, son immense succès lors de la précédente Biennale, Dada Masilo revient avec Carmen, qu’elle transforme en figure féministe sud-africaine, nous assénant un véritable coup de poing par une fin choc et inattendue.

Carmen, chorégraphie de Dada Masilo © John Hogg
© John Hogg

Prônant une danse narrative avec le désir de raconter des histoires que tout le monde connaît, la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo s’empare de Carmen, qu’elle interprète elle-même. Si l’œuvre est mondialement connue, le contexte dans lequel elle la situe est différent puisqu’il s’agit de l’Afrique du Sud, avec son lot de violence et de sexisme. Comme une réponse à ce constat, la chorégraphe invente une Carmen de Johannesbourg qui revendique d’être une méchante fille, manipulatrice, jalouse, provocante, sensuelle et sexuelle… à la puissance 10.

Sensualité exacerbée

L’écriture de Carmen est plus simple que celle de Swan Lake, la chorégraphe l’ayant inscrite dans une sorte de mouvement circulaire continu, telle une arène qui se fait et se défait, à l’intérieur de laquelle elle est maîtrisée ou éparpillée dans une sorte de libération, de plaisir du jeu et de la confrontation. Sans doute est-ce dû au flamenco et à son occupation de l’espace en rond ou demi-cercle, à ses mouvements de bras et de buste, ses déhanchés, ses robes qui tournoient, mais aussi à l’urgence d’une situation qu’elle assimile à un tourbillon où la vie et la mort semblent rapidement se mêler.

La sensualité et la sexualité délibérément affichées tout du long amènent aussi des enroulements et ondulations de corps comme lorsque Carmen et Don José font l’amour dans une position avide et verticale. Dada Masilo provoque et si l’on est habitué en Europe à cette exacerbation des corps, on devine qu’elle prend une dimension plus politique en Afrique du Sud, qu’elle adoucit cependant par de l’humour et de réels clins d’œil adressés au public.

Scotchés

La chorégraphe jubile sur scène, menant sa troupe dans une danse rapide, ultra énergique, qui fonce dans l’espace pour devenir véritablement enragée. Alors on lui pardonne quand parfois elle devient trop belle, semblant hésiter entre concession esthétique et désir d’aller chercher au fond de ses tripes tandis qu’on aurait aimé la voir déraper un peu plus.

De ce qu’on aime dans son travail, on retrouve les frappes de pieds au sol qui lancent le corps vers le haut ou le font virevolter. Cette gestuelle magnifiée par un fondu de danse africaine, classique et de flamenco et qui nous émeut lorsqu’on la découvre, tels des éclats surprenants, au cœur de la danse. Et puis on est scotché par son parti pris final. Don José ne tue pas Carmen, il la viole. Cette fin résume à elle seule l’essence de ce spectacle, dont on ne sait pas véritablement si la vie et l’espoir l’emportent sur la négation de la femme !

Carmen – Jusqu’au 25 septembre à la Maison de la danse (mardi et jeudi à 20h30, merc. à 19h30), samedi 27 et dimanche 28 à 20h30 au théâtre du Vellein (Villefontaine), vendredi 17 et samedi 18 octobre au théâtre de Villefranche-sur-Saône. Réservations sur le site de la Biennale de la danse.

 

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