Montage Maguy Marin Archipel 2016
BIT © Christian Ganet / Maguy Marin © Tim Douet

Danse : Maguy Marin, l’indispensable !

La Maison de la danse propose à partir de ce soir un focus sur trois œuvres phares de la chorégraphe : May B, chef-d’œuvre absolu de l’histoire de la danse contemporaine, BIT, sa dernière création, et Singspiele conçue pour l’acteur David Mambouch.

BIT © Christian Ganet / Maguy Marin © Tim Douet

BIT © Christian Ganet / Maguy Marin © Tim Douet

“Une des meilleures chorégraphes françaises”

Le moins qu’on puisse dire c’est que la directrice de la Maison de la danse n’est pas rancunière, car l’on sait que Maguy Marin pointe régulièrement du doigt les institutions comme celle dirigée par Dominique Hervieu, leur reprochant de ne pas programmer suffisamment d’artistes non bancables et de céder facilement au concept du spectacle divertissement.

“Cet Archipel, dit Dominique Hervieu, c’est d’abord une manière d’accueillir à nouveau Maguy, qui est revenue s’installer à Lyon*. Mais c’est surtout pour démontrer le parcours exemplaire d’une chorégraphe qui, tout en ne cessant de renouveler la forme de ses pièces, est toujours restée sincère et cohérente dans sa radicalité artistique et ses engagements politiques. C’est une des meilleures chorégraphes françaises et il est important pour moi dans tout le travail de sensibilisation que l’on va faire auprès du public d’aller notamment vers les jeunes générations qui ne la connaissent pas.”

* Maguy Marin avait quitté Rillieux et son centre chorégraphique national en 2011 pour Toulouse. Elle est revenue à Lyon il y a un an pour créer son projet Ramdam.

Quand Pina chamboulait les scènes et Maguy brisait les codes

Créée en 1981, May B, inspirée de l’humanité de Beckett, marquait le pas de la chorégraphe vers le théâtre, délaissant le corps sublimé d’une danse narcissique pour laisser la place aux corps déformés, miséreux, grotesques avec des personnages aux visages farineux oscillant entre l’enfant et le vieillard, traçant des lignes chaotiques qui cherchent le sens de leur histoire.

À cette époque, la danse française faisait sa révolution, l’Allemande Pina Bausch électrisait les scènes européennes avec son Tanztheater et Maguy Marin brisait définitivement les codes.

May B, “une matrice”

May B – Chorégraphie de Maguy Marin © D. Grappe

© D. Grappe
May B.

May B, ajoute Dominique Hervieu, c’est à la fois une matrice, un manifeste par rapport à la théâtralité, à la danse et à la non-danse, la maîtrise dramaturgique et chorégraphique. C’est une œuvre de maturité extraordinaire qui pose les grands principes de son travail et c’est émouvant de voir à la fois un des points de départ d’une œuvre et la plus actuelle, BIT. On mesure les liens, les prises de risques incessantes et son regard sur la société.”

BIT, le choc

À l’instar de Salves en 2010, BIT ne nous a pas épargnés lors de la dernière Biennale de la danse. Sous la forme d’une farandole (photo en haut), elle abordait les thèmes de l’exil, les puissances économiques, le choc Nord-Sud, la condition de la femme, les religions, avec des corps qui se tiennent, se lâchent, se violentent pour se retrouver dans des abîmes, en enfer ou en boîte de nuit.

Singspiele, la métamorphose d’un acteur

Et puis il y a Singspiele, la pièce avec David Mambouch, extrême, minimaliste et sans danse. Il est le seul acteur sur scène, chargé d’incarner tous les êtres, les connus, les inconnus, les anonymes et les méconnaissables. Il est question de marche, de rythme, de solitude et de métamorphose. Un vrai face-à-face avec le public.

Singspiele – Chorégraphie de Maguy Marin, avec David Mambouch © Stéphane Rouaud / Benjamin Lebreton (montage LC)

© Stéphane Rouaud / Benjamin Lebreton (montage LC)
Singspiele – Chorégraphie de Maguy Marin, avec David Mambouch.

“Pour moi, dans cette programmation, ajoute Dominique Hervieu, David Mambouch cristallise un peu le lien entre danse et théâtre, d’autant qu’il est très proche [du metteur en scène] Christian Schiaretti. Mais c’est malgré tout un acteur pris dans une logique de danse, touchant au sens de l’utilisation du temps et au sens de l’interprétation. C’est une pièce très forte qui m’a véritablement bouleversée.”

Un Archipel à ne pas rater donc, même si certaines pièces ont déjà été présentées. Car la force du travail de Maguy Marin réside aussi dans le fait de nous faire découvrir de nouvelles émotions ou réflexions qui nous auraient échappé la première fois.

May B – Du 29 février au 2 mars (lundi 29 et mercredi 2 à 19h30, mardi 1er à 20h30), à la Maison de la danse.
BIT – Vendredi 4 et samedi 5 mars à 20h30, au Toboggan.
Singspiele – Du 16 au 24 mars à 20h30 (relâche dimanche 20), au TNP.
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