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Hôtel-Dieu : que veulent-ils en faire ?

DEBAT - Le projet de rénovation de l'hôpital emblématique de Lyon fait la part belle à la préservation du patrimoine et à la venue d'un hôtel quatre étoiles. Mais plusieurs voix s'élèvent pour que soit mieux considérée la dimension santé et sociale des lieux. Après la prise de position publique de Mgr Barbarin, le débat est relancé.

Le projet de rénovation de l'Hôtel Dieu semblait tout tracé. En juin, le comité de pilotage avait retenu cinq équipes, composées pour chacune d'elle d'un promoteur et d'une enseigne hôtelière. Et le 1er octobre, deux tandems, Nexity/Hyatt et Eiffage/Intercontinental étaient retenus et devaient être départagés d'ici à décembre. S'imposait à eux un cahier des charges qui mentionne la préservation du bâti et la venue d'un établissement quatre étoiles. Quelques voix s'étaient émues contre la quasi-disparition de la vocation médicale des lieux, mais la contestation n'avait pas vraiment pris. Jusqu'à la charge de Mgr Barbarin. "Il (Gérard Collomb, ndlr) parle souvent de mixité sociale. Il ne va quand même pas faire un carré d'or en plein milieu de Lyon", s'est-il exclamé, en début de mois (lire ici). Apostrophant le maire de Lyon : "Tu n'as pas été élu pour que tu décides tout seul ". Le cardinal défend le projet de pôle régional de promotion de la santé, projet dans lequel est impliqué le père Duffé, délégué épiscopal à la Pastorale de la Santé (Cf ci-dessous). La prise de position du cardinal est en passe de relancer le débat. Plusieurs élus de droite abondent dans ce sens, demandant q'une plus grande place soit accordée à la solidarité. "Le sujet aurait été plié s'il (Mgr Barbarin, ndlr) n'avait pris la parole", assure un collaborateur du cardinal.

Nora Berra, conseillère municipale (UMP)
"Collomb emmène les projets droits dans le mur"

"Cela me désole de voir qu'un bâtiment aussi emblématique de Lyon puisse faire l'objet de polémiques. Je suis née à l'Hôtel-Dieu. J'y ai un attachement en tant que médecin. C'est un lieu qui incarne la santé publique. Ce projet de luxe nie l'histoire humaniste de la ville. Sur ce dossier, on ne peut pas décider seul. Pourtant, le PS connaît la démocratie participative, il parait qu'ils l'ont pratiquée. Le problème, c'est que Gérard Collomb décide seul et il emmène les projets droits dans le mur, comme OL Land ou Grôlée. Je voudrais voir perdurer la dimension sanitaire du site. Le musée qui peut valoriser Lyon comme capitale de la santé. Le Pôle de santé pour conserver une activité médicale. Moi je souhaiterais par exemple qu'il soit toujours possible de réaliser un test de dépistage pour le VIH, les hépatites et les maladies vénériennes dans ce lieu central de la ville où tout le monde peut se rendre. On pourrait aussi accueillir des chercheurs dans un centre de congrès. L'hôtel ne doit pas être majeur dans ce projet".

Jean-Michel Daclin, adjoint au maire en charge des relations internationales (PS)

"On réduit ce travail à l'hôtel quatre étoiles alors que celui-ci comprend seulement 120 chambres et occupe un espace réduit. Une enseigne haut de gamme va attirer des touristes. Il faut savoir que certains ne voyagent que dans des villes qui disposent de telle ou telle enseigne. On est dans un marché où l'offre créé la demande. Une étude du Grand Lyon montre que 25000 emplois dépendent du tourisme, contre 15000 en 1993. Les deux projets restants comportent des enseignes, Hyatt et Intercontinental qui sont très bien implantées en Europe, contrairement aux autres candidats qui présentaient des enseignes surtout américaines.Je voudrais aussi évoquer le projet de musée qui risque d'être un peu mort. Quand j'écoute leurs défenseurs, je vois plus la dimension patrimoniale. Aujourd'hui les musées modernes sont interactifs. Or je vois mal la vile de Lyon, compte tenu de ses finances, y faire des investissements lourds".

Thierry Philip, conseiller régional délégué à la recherche et à l'enseignement supérieur (PS)
"Un projet unique en France et peut-être en Europe"

"Ce projet, ce n'est pas un hôtel de luxe, c'est un projet qui comprend un hôtel de luxe. Le projet c'est ouvrir l'Hôtel-Dieu aux Lyonnais, c'est l'ouvrir sur la ville. Faire des cours et des jardins des lieux de déambulation. Je connais les pétitionnaires qui portent le Pôle régional de promotion de la santé. Sous mon impulsion, le conseil régional a voté à l'unanimité une subvention de 150.000 euros pour réaliser des études. Une quinzaine d'associations ont un réel projet, de niveau unique en France et peut-être en Europe. Il s'articule autour de la prévention, du dépistage, de l'observance thérapeutique, de la lutte contre la dépendance au tabac ou l'alcool. Nous avons discuté avec les deux opérateurs du cahier des charges. Je regrette qu'il y ait à l'intérieur un interdit de soin, mais c'est une donnée du problème. On ne peut pas revenir dessus, en tous cas pas de suite. Le conseil régional est prêt à mettre de l'argent pour l'investissement. Mais il faut trouver une formule juridique. Il faudra voir si les associations seront en mesure de payer leur loyer".

Denis Broliquier, maire du 2e arrondissement (divers droite)
"Eiffage plus respectueux d'un équilibre global"

"Je n'ai pas approuvé le cahier des charges qui n'était pas assez directif pour conserver l'essence de l'Hôtel Dieu. J'ai ressenti deux logiques différentes dans les projets proposés. Les deux respectent le patrimoine. Ce qui intéresse Nexity, c'est que le projet soit viable financièrement. L'autre projet, Eiffage, est plus respectueux d'un équilibre global. Il fait la part belle à la tradition d'accueil de l'Hôtel Dieu, avec 3000 m2 pour le Pôle de recherche et de l'enseignement supérieur (PRES), 4000 m2 pour le pôle régional de promotion de la santé. Il a ma préférence.Je suis en questionnement sur l'hôtel. Selon les professionnels, il manque à Lyon un gros porteur de plus de 350 chambres. Or le projet compte seulement 120 chambres. Nexity propose des boutiques. On met des m2 qui viennent en concurrence avec des m2 existants mais non utilisées, à Grolée. Je crois que quelques boutiques autour de l'hôtel sont utiles mais doit-aller vers une logique de centre commercial ? L'Hôtel Dieu méritait un appel à projet, plutôt que de demander un projet à des promoteurs. La vocation première de l'Hôtel Dieu est le pôle santé que l'on va mettre sur moins de 10 % de la surface utile. L'Hôtel Dieu a quand même été créée pour que les pauvres et les malades ne soient pas dans la rue".

Régis Neyret, journaliste spécialiste du patrimoine lyonnais
"On a toute une histoire à Lyon de la chirurgie, de la pharmacie et de la médecine"

"Un hôtel quatre étoiles à l'Hôtel Dieu, ça ne me dérange pas. On aurait pu inventer autre chose mais à partir du moment où Lyon manque d'hôtels de classe internationale, le lieux s'y prête et je peux le comprendre. Cela dit l'hôtel n'occupera que la moitié de l'espace, ce qui est intéressant c'est ce qu'on va faire du reste. Aujourd'hui deux tiers des congrès qui se tiennent à Lyon porte sur la santé, la chimie, la pharmacie, la chirurgie ou la médecine, il y a donc à mon sens un marché pour ce genre de séminaires. Les très gros congrès peuvent se réunir au Palais des congrès, mais les plus modestes, ceux d'un millier de personnes, pourraient se réunir dans un centre de séminaires basé à l'Hôtel Dieu. Dans ce cadre, le musée de la santé serait un complément intéressant. On a toute une histoire à Lyon de la chirurgie, de la pharmacie et de la médecine. On ne sait pas très bien le vendre. Dans l'esprit des gens, ce sont Paris et Montpellier qui sont liées à la médecine. Paris sera toujours Paris, mais Lyon vaut largement Montpellier. Ce qui nous manque c'est quelqu'un pour vendre ça. Ce symbole, avec un hôtel à coté pourquoi pas, devrait être représenté dans le futur bâtiment".

René Mornex, pionnier de la radiologie à Lyon, vice-président des HCL
"Il faut rassembler les quatre musées lyonnais de la médecine à l'Hôtel-Dieu (Hospices civils, Histoire de la médecine, Anatomie et musée dentaire"

"L'un des projets de réhabilitation de l'Hôtel Dieu prévoit simplement de maintenir le musée actuel de l'Hôtel Dieu d'une surface de 700 m2 , c'est le quart ou le sixième de ce que j'espère voir naître. En effet, si l'on maintient le musée tel qu'il est, il reste amputé de la collection de radiologie dont nous disposons dans les sous-sol de l'Hôtel-Dieu. Une collection remarquable parce qu'elle est composée d'objets qui remontent à 1896, au moment de la découverte de Roentgen des appareils de radiologie. Les clichés dont nous disposons remontent à cette période là. Je ne pense pas que l'on dispose de tels clichés ailleurs dans le monde. La radiologie osseuse était un peu une exclusivité à Lyon fin XIXe. Ailleurs en France, on faisait surtout des radios des poumons. Si on ne fait pas un grand musée de la médecine lyonnaise à l'Hôtel Dieu, il restera donc un petit musée qui est un cabinet de curiosités, avec des choses intéressantes je n'en disconviens pas, mais qui sera incomplet et qui l'entretiendra ? A partir du 1er janvier, les Hospices civiles de Lyon (HCL), eu égard à leurs difficultés financières, ne veulent plus mettre un sous dans le musée, donc il faut trancher sur cette question. Comme d'autre part, les deux musées qui sont implantés dans la faculté de médecine de Lyon sont voués à l'expulsion, et que le musée dentaire est un capharnaüm où personne ne va car il n'y a personne pour le faire visiter ; en un mot, si on ne réussit pas l'opération du grand musée que je projette, on met dans les caisses un trésor et on se conduit comme des imbéciles".

Bruno Marie Duffé, délégué épiscopal, représentant du diocèse pour les questions de santé.
"Un pôle d'accueil, de conseil et de formation à la santé"

"Quant on parle du projet de reconversion de l'Hôtel Dieu, plusieurs composantes entrent en jeux : il y a celle de l'hôtel de luxe qui a pour but de faire face au déficit des HCL, celle du musée qui a une visée éducative, et la visée sociale dans laquelle nous nous inscrivons. Celle-ci prévoit de développer un pôle d'accueil, de conseil et de formation à la santé. J'y crois parce que c'est un projet qui permet d'honorer un grand besoin actuellement dans la population et parce que ça n'existe pas encore. Il va falloir développer ce genre de choses à l'avenir. Je précise bien qu'il s'agit d'un lieu d'accueil et de formation, où des formateurs des vulgarisateurs et des chercheurs, vont pourvoir recevoir des acteurs en difficultés et les orienter. Et ça c'est innovant et déterminant dans une ville comme Lyon au XXIe. Siècle. On nous fait le reproche de ne pas être réalistes sur le plan financier, or nous sommes actuellement dans une phase de travail intensive du côté du collectif pour savoir comment nous pourrions créer une fondation Hôtel-Dieu dans laquelle pourrait se croiser des fonds publics (Région, Département et Europe) et privés (entreprises, groupes industriels privés et particuliers). Comme dans le passé, les Lyonnais ont donné pour l'Hôtel-Dieu, ils pourraient continuer à le faire".

Jean François Vallette, directeur de l'association A.I.D.E.S. Alcool située à l'Hôtel-Dieu et coordinateur du collectif Hôtel-Dieu qui milite pour créer un pôle régional de promotion de la santé (PRPS) à l'Hôtel Dieu.
"Donner à l'Hôtel Dieu une couleur très XXIe. siècle, signe que l'on passe à autre chose en matière de prévention de la santé"

"Notre projet s'oriente vers une approche sociale et sociétale de la santé. Par exemple, une infirmière scolaire pourra venir au pôle régional de promotion de la santé et elle trouvera quelqu'un qui l'aidera à mettre en place son programme sur une année. Elle fera un peu son marché d'outils, d'actions et de méthodes pour promouvoir la santé. Idem pour un DRH, un élu, quelqu'un qui travaille sur la question des lieux d'enfermement, avec les personnes âgées, etc. Des artistes pourront travailler en commun avec des acteurs de la prévention pour développer des programme autour de l'estime de soi dans les collèges. Des choses qui marchent extrêmement bien aujourd'hui. Sur place, il y aura des éducateurs, des sociologues, des psychologues et des acteurs de "première ligne" qui sont dans les milieux et qui feront alliance avec les spécialistes du pôle pour construire les programmes. Le PRPS sera aussi ouvert au grand public sous forme d'expositions un peu ludiques pour rendre accessible cette approche de la santé. La troisième dimension du projet, c'est de faire travailler ensemble des acteurs de terrain (animateurs, formateurs) avec des chercheurs universitaires (en sociologie, en psychologie sociale, en santé publique, en économie de la santé, en éthique) pour développer des recherches-actions.Ceci nous permettrait de sortir d'une vision archaïque de la prévention dans un bâtiment emblématique de la santé".

Pour aller plus loin :

http://www.petitionshoteldieu.fr

http://www.hoteldieudelyon.fr/

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