Francheville : 250 personnes ont protesté contre le futur barrage


Par Cléo Schweyer
Publié le 25/10/2015  à 16:07
7 réactions

Des élus, des associations et plusieurs centaines de riverains se sont réunis samedi 24 octobre à Francheville pour protester contre le projet de barrage. Annoncé pour 2019, il devrait mesurer 23 mètres de haut.

Jean Saraillon, président de Sauvegarde de la vallée de Francheville
DR

Inutile, le futur barrage de Francheville ? C'est l'avis des riverains et des élus de la commune. À l'appel de l'association Sauvegarde de la vallée de Francheville, 250 personnes se sont rassemblées ce samedi sur le site où la construction de ce gigantesque ouvrage (23 mètres de haut) devrait démarrer en 2019, en contrebas du quartier Bel-Air. Si la construction de ce barrage est un feuilleton qui dure depuis une vingtaine d'années, ses opposants n'ont pas l'intention de déposer les armes.

Un peu grand pour une seule commune

La saga du barrage de Francheville a véritablement débuté au début des années 2000. La vallée de l'Yzeron, cours d'eau qui serpente sur environ 25 kilomètres avant de se jeter dans le Rhône, est régulièrement inondée. Il faut trouver une solution, et l'idée de barrages capables de retenir les eaux en cas de crue est adoptée fin 1999. Deux barrages sont envisagés : l'un à Tassin-la-Demi-Lune sur le Charbonnières (un affluent de l'Yzeron), et l'autre à Francheville sur l'Yzeron. Il s'agit d'un barrage à retenue sèche, c'est-à-dire destiné à retenir provisoirement l'eau en cas d'augmentation du débit.

Le projet de Tassin semble passer un peu inaperçu malgré ses futurs 12 mètres de haut, sans doute parce qu'il se trouvera sur une zone en partie fermée au public. Mais celui de Francheville suscite une opposition franche de la part de la population : "Le barrage nous empêchera de nous promener le long de l'Yzeron, dans un coin qui est très fréquenté par les promeneurs et les sportifs", s'indigne Jean Saraillon, président de l'association Sauvegarde de la vallée de Francheville. L'impact sur la flore et la faune locales fait également l'objet de fortes inquiétudes, sans parler des nuisances : "Le barrage sera à 400 mètres des maisons, et des tirs de mine sont prévus chaque jour pendant les travaux", souligne Jean Saraillon.

"On parle d'un ouvrage de 23 mètres de haut, 200 mètres de long et 80 mètres de largeur au total, renchérit Gilles Dassonville, adjoint à la qualité de vie et à l'environnement à Francheville. Il est prévu par exemple un pertuis [sorte de tunnel] qui passerait sous la retenue sèche. Les déchets végétaux risquent de s'accumuler à cet endroit, avec des coûts d'entretien élevés : c'est un peu la double peine et ça fait beaucoup pour une seule commune." L'élu comme les habitants reprochent au Sagyrc, le syndicat de communes qui pilote le projet depuis 2002, de refuser d'envisager d'autres solutions malgré l'évolution des techniques et les travaux déjà en cours sur le cours d'eau. Sur le papier, pourtant, l'efficacité du projet semble convaincante : en cas de crue trentennale, à partir de 80 m³ d’eau par seconde, le barrage réduirait le débit pour ne laisser passer que 28 m³ d'eau/seconde en aval.

Encore un an avant l’enquête publique

Le Sagyrc reproche de son côté à la commune de Francheville son manque de "solidarité". Il faut dire que la crue de 2003, qui avait surpris tout le monde par sa rapidité et son intensité, a laissé de vifs souvenirs : 700 sinistrés et des dégâts estimés entre 8,3 et 10 millions d'euros par la préfecture, essentiellement à Sainte-Foy et Oullins. "On n'est pas opposé par principe, répond Gilles Dassonville, On dit juste qu'il y a peut-être d'autres solutions, d'autant plus que des travaux de réaménagement des cours d'eau ont déjà commencé et vont modifier le comportement de l'Yzeron et ses affluents."

C'est justement là que le bât blesse. L'élu estime que le barrage a été inclus pour de mauvaises raisons dans le projet de protection contre les inondations : "L'opération totale comprend la construction du barrage, qui coûtera autour de 15 millions d'euros, mais aussi de nombreux travaux de réaménagement et de recalibrage. Le tout est estimé à au moins 44 millions d'euros et aurait dû être financé par le Sagyrc si le projet n'avait pas reçu la labellisation PAPI [Programme d'action et de prévention contre les inondations]." L'élu craint donc que le barrage n'ait servi qu'à obtenir cette labellisation, grâce à laquelle les travaux seront subventionnés à 80 %.

En attendant l'enquête publique, annoncée pour 2016, le Sagyrc a proposé une réunion publique "à l'automne", tout en précisant que le projet de barrage ne serait pas remis en question. Elus et associations de Francheville ont donc décidé d'inviter Ségolène Royal, la ministre de l'Ecologie, à venir visiter le site. Ils espérent ainsi obtenir que le programme soit réexaminé et des alternatives recherchées. L'automne s'annonce convivial.

 

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7 commentaires

Ces élus n'ont pas d'imagination. Quelqu'un aura la clé de la vanne??

Signaler un abus | le 26/10/2015  à 01:36 | Posté par  paulsywalsy  

A quelques kilomètres va se poser , enfin on l'espère le même problème , la construction de barrages écrêteurs destinés à protéger les habitants de la Vallée du Garon, depuis Brignais jusqu'à Givors où la rivière rejoint le Rhône.ce sont des barrages qui laissent passer le débit maximum déterminé par les techniciens, le surplus s'accumulant dans le barrage lors de phénomènes de pluie intense , se vidant le phénomène passé avec une limite sa contenance, dans ce cas exceptionnel bien évidemment l'eau s'échappe par la crête du barrage mais des études ont montrées que dans 90% des cas ce type d'ouvrage permet d'épargner les résidents aval. Les opposants habitent bien sur la zone amont, bien à l'abri du risque d'innondation.

Signaler un abus | le 26/10/2015  à 09:08 | Posté par  Robes Pierre  

Suite: analyse des causes. Construction anarchiques de zones d'activités commerciales, artisanales, lotissements, parkings, routes permettant d'y accéder imperméabilisation systématique des terrains , autrefois terres agricoles, en cause le système de perception des taxes les communes ayant tout intérêt à construire sur leur secteur même si une friche à proximité immédiate mais sur la commune voisine ferait l'affaire.
également la gestion des eaux pluviales qui théoriquement doivent pouvoir s'infiltrer sur la zone de construction , sont rejetées dans le réseau d'eaux usées , en cas d'orage des déversoirs les conduisent à la rivière. Aucun réservoir tampon
Être opposé à un ouvrage de sécurisation des riverains situés en aval, , une position égoïste qui ne peut tenir dans le temps.

Signaler un abus | le 26/10/2015  à 09:25 | Posté par  Robes Pierre  

Justement : Le barrage n'est pas forcément la bonne solution à ces imperméabilisations et resserrements artificiels du lit de la rivière.
Il est déjà décidé de diminuer l'emprise de l'avenue de l'Aqueduc de Beaunant pour redonner de la place à l'Yzeron, et ce type de "remède" est plus censé.

Signaler un abus | le 27/10/2015  à 10:00 | Posté par  Bernard  

Engagé depuis la crue de 1983 pour des aménagements on l'on s’aperçoit que vous ne maitriser pas la réalité du phénomène, les barrages que l'on nomme écrêteurs portent bien leur nom, l'élargissement de l’emprise des constructions sur le lit de la rivière ne peut qu'améliorer la chose, autre solutions pour freiner la montée des eaux, les bassins de rétention mais très gourmands en surface, c'est l'addition de tous ces dispositifs qui permet de limiter l'action de l'eau, sans oublier le nettoyage annuel des rives.
Les barrages sur le Garon , notre arlésienne depuis 1986 ..tiens on va fêter ses 30 ans!! et la XXX?? eme étude de faisabilité, d'impact etc, etc. Vous savez l'étude ce truc vieux comme l'administration quand on veut " noyer" un projet.

Signaler un abus | le 27/10/2015  à 10:27 | Posté par  Robes Pierre  

L'Association pour la Protection des Vallées de L'Yzeron et du Chêne (http://www.aplyc.fr/) s'oppose au projet de Barrage à Francheville et propose des alternatives respectueuses de l'environnement pour gérer les crues de l'Yzeron

La prévention des crues ne doit pas mener à la destruction de l'environnement!
D'autres solutions existent qui protègent et valorisent les vallées de l'Yzeron et du Chêne. Certaines ont été enterrées dès le début de l'étude par le SAGYRC dans les années 90. Par exemple, celle de GM-sur-Yzeron, qui présente le double intérêt de lutter contre les crues mais aussi d'offrir des activités de loisirs autour de l'eau sur un site dont c'était la vocation au début du siècle dernier. (Voir le site du projet http://gm-sur-yzeron.fr/).

Signaler un abus | le 03/11/2015  à 01:56 | Posté par  APLYC  

Nouvelles fraiches ?????Article, paru et commenté à la mi-octobre!!!!!!!!!

Signaler un abus | le 29/11/2015  à 11:51 | Posté par  Robes Pierre  

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