L'équipe de France a-t-elle besoin d'amour pour gagner ?

Avant chaque compétition, c'est la même rengaine. La presse et les supporters cherchent à savoir si les joueurs de l'équipe de France s'aiment d'amour tendre. Comme si l'amitié était la clé pour remporter une coupe du Monde. Fantasme ou réalité ?

Les journalistes en mal d'infos n'hésitent pas, en tout cas, à faire des articles sur des supposés clans et d'éventuelles luttes intestines qui mineraient la vie du groupe. A chaque fois, le lendemain de ses « scoops », les joueurs, en conférence de presse, minimisent les informations et expliquent invariablement « que le groupe vit bien et que l'ambiance est géniale ».

Henry, « l'homme qui n'avait que des amis »

Très vite, on monte une petite séance photo avec des joueurs hilares en train de chahuter gaiement. Le grand spécialiste du genre est Thierry Henry, l'homme qui n'avait que des amis.

En 2006, Titi plaisantait avec Franck Ribéry. Cette année, on le voit s'amuser avec Mathieu Valbuena. Il faut dire que la future star du soccer connaît le poids des images et qu'il sait changer d'amis en fonction de ses intérêts. Il est comme ça, Titi, toujours prêts à mettre de l'ambiance et du lien dans le groupe.

Toujours le premier à affirmer, la main sur le cœur, que les Bleus sont les meilleurs amis du monde et qu'ils s'échangent des morceaux de musique sur leur lecteur MP3, le soir, lorsque le coach les croit endormis… Pourtant, il ne faut pas se voiler la face : les 23 Bleus de 2010 ne sont pas les meilleurs amis du monde. Loin de là.

William Gallas s'isole de plus en plus, Yohann Gourcuff ne plaisante que très rarement avec Nicolas Anelka et Franck Ribéry. Et les moqueries sur le look de Djibril Cissé continuent de faire rire dans le vestiaire bleu.

Bref, si l'ambiance paraît moins délétère qu'en 2008 où tout le monde ou presque se détestait, il reste encore des hommes qui ne passeraient certainement pas leurs vacances ensemble. Reste que l'animosité qui peut exister entre des hommes ne leur barre pas toujours le chemin de la victoire.

Les rivalités n'empêchent pas (toujours) de gagner

Prenons l'exemple de la RFA en 1974. Günter Netzer et Franz Beckenbauer se déchirent depuis des mois. Au sein de la Mannschaft, la haine entre les joueurs du Bayern (Beckenbauer, Gerd Müller, Paul Breitner, Sepp Maier…) et ceux de Monchengladbach (Berti Vogts, Herbert Wimmer ou Gunter Netzer) est totale. Ces hommes se détestent.

Ils ne se parlent pas, et le sélectionneur Helmut Schön vit l'enfer. Netzer sera finalement sacrifié et ne participera qu'à une seule rencontre. Mais la violence verbale qui résonne dans le vestiaire n'empêchera pas les Allemands d'être sacrés champion du monde…

En 1998, dans l'esprit des supporters, le groupe ne faisait qu'un. Mais la vérité n'est pas aussi jolie. Si les joueurs d'Aimé Jacquet ne se détestaient pas, il est évident que certains n'existaient pas dans le groupe. Stéphane Guivarch », titulaire à la pointe de l'attaque lors de la finale dînait parfois sans que personne ne lui adresse la parole. C'était fait sans haine, les autres n'avaient tout simplement rien à lui dire…

Dans un groupe de 23 hommes qui vivent ensemble 24 heures sur 24, loin de chez eux et de leur agent, il est évident que des petites chamailleries vont apparaître. Le sélectionneur doit alors trancher au plus vite, crever l'abcès et remettre tout le monde sur le bon chemin.

Quoiqu'elles puissent, parfois, causer la perte d'une équipe

Car parfois les rancœurs peuvent tout de même causer la perte d'une équipe. En 1982, la haine entre Jean-François Larios et Michel Platini éclatera à quelques semaines du départ en Espagne. Michel Hidalgo choisira son capitaine et la plupart des observateurs s'accordent à dire que la présence du rugueux milieu défensif aurait pu changer la donne lors de la mythique demi-finale de Séville.

Au début des années 90, l'équipe de France était formée par deux clans : les Marseillais et les Parisiens. Ça chambrait, ça se frottait parfois un peu trop lors des entraînements. Et en 1993, quand le chevelu David Ginola a centré un peu trop vite à la dernière minute du France-Bulgarie, le clan des Marseillais ne s'est pas privé de lui remonter les bretelles…

Pour autant, doit-on forcément s'aimer pour gagner ?

Pour tenter de répondre à cette question, il suffit de regarder quatre ans en arrière. En arrivant à la coupe du monde, les Bleus sont divisés en plusieurs clans. Les Zidaniens, les Lyonnais, Trezeguet le solitaire, Dhorassoo l'homme de Raymond, les jeunes loups et les vieux de la vieille qui auraient pu en venir aux mains.

Mais avant le match couperet contre le Togo, ils se réunissent, sans Domenech qui s'amuse à diviser pour mieux régner, afin de se dire les choses. Et surtout pour se rappeler qu'il y a une chose plus fort que la haine : la victoire.

C'est bien beau de s'aimer et de se faire des bisous. Mais si c'est pour se prendre des volées, ça ne sert pas à grand-chose, sauf à se réconforter. En fait, en football, l'amitié ne se nourrit que de victoires. On peut gagner sans s'aimer, c'est une certitude. Mais pour s'aimer vraiment, il faut absolument gagner…

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