La Duchère : la méfiance des habitants

Malgré 10 années d'efforts des élus de la Ville de Lyon pour redorer l'image du quartier, la Duchère est passée en zone de sécurité prioritaire. Une mesure encore floue qui inquiète les habitants plus qu'elle ne les rassure.

"C'est dans ces quartiers que les gens subissent l'insécurité !", s'insurgeait Manuel Valls au micro de France Inter jeudi 16 août au matin. Le ministre de l'Intérieur défendait alors la création des 15 zones de sécurité prioritaires dont la Duchère fait partie. Pourtant cette mesure a provoqué la colère du maire de Lyon qui craint le côté stigmatisant du label "ZSP". Un sentiment qui semble partagé par les habitants que Lyon Capitale a rencontré.

S’ils n'ont rien contre le fond de la mesure prise par le premier ministre. La plupart des Duchérois interrogés restent circonspects."Plus de rondes de police ce n'est pas une mauvaise idée", estime un commerçant des nouveaux bâtiments du Plateau. "Mais pourquoi venir marquer le quartier au fer rouge comme ça ?", s'interroge-t-il.

L'insécurité, un vieux cliché ?

Comme lui, Madame Bon, la cinquantaine, se dit consciente des difficultés sociales qui gangrènent encore le quartier. Elle-même est au chômage, mais elle insiste : "Ici il fait bon vivre ! Regardez cette vue, on a la nature, la forêt, de la place pour se garer, et ça à seulement 5 minutes du centre-ville". Pourtant, elle habite au Château, la zone du quartier que les services de police considèrent comme la plus touchée par le trafic de drogue. Ozlem, 22 ans a grandi à la Duchère. Elle compare le quartier au centre de Montpellier où elle a fait ses études : "Sincèrement je me sens aussi bien à Balmont que là-bas, et pourtant ce n'est pas passé en zone de sécurité prioritaire. Il y aura toujours de vieux clichés, et c'est dommage parce que le quartier change".

Dans les trois autres secteurs de la Duchère, les témoignages se ressemblent : à Balmont, zone calme qui se distingue par ses petits bâtiments ; sur le Plateau, où ont été effectués les plus gros travaux de renouvellement urbain ; à la Sauvegarde, zone la moins réaménagée. À en croire les habitants, partout, le calme semble revenu.

Une évolution que Moussa, un lycéen de 17 ans qui vit à la Sauvegarde, a également constatée : "Il y a deux ans, quand je suis arrivé, ça craignait plus : voitures brûlées, agressions ... Je pense que c'est ça et les rondes de police qui ont tout changé", juge-t-il en pointant du doigt les caméras de vidéoprotection au sommet des lampadaires.

"Le quartier change"

Les efforts faits sur le quartier auraient-ils alors porté leurs fruits ? Le plan de réaménagement de la Duchère lancé en 2001 vise à faire passer de 80 % à 55 % la part des logements sociaux du quartier d'ici 2016. Depuis 2002, 1338 logements sociaux ont été démolis et 860 logements neufs ont été livrés. Le tiers des nouvelles constructions se concentre sur le Plateau. Des mesures de police supplémentaires ont également été mises en place pour renforcer la sécurité des habitants.Les fameuses caméras en font partie.

D'après la mairie du 9e arrondissement, le nombre d'interventions policières pour incendies et dégradations aurait presque été divisé par 3 de 1996 à 2011, passant de 1598 à 582. Entre 2001 et 2011, le nombre de vols de véhicules serait passé de 532 à 85 et les cambriolages de 516 à 40. La préfecture et le commissariat ne confirment pas ces chiffres. Un habitant des nouveaux logements témoigne  : "La seule chose dont on peut se plaindre, c'est du bruit des mobylettes. Mais à 2800 euros le m² au lieu de 4.800 en moyenne à Lyon, on peut bien mettre des boules Quies".

Une sécurité encore fragile

Des indices laissent penser que ce sentiment de sécurité reste encore fragile ; le silence des forces de l'ordre, de la Préfecture mais aussi la discrétion des habitants sur certains sujets. Un jeune homme qui a grandi et habite toujours les anciens bâtiments du plateau raconte : "Depuis que je suis entré en prépa je me suis fait agresser plusieurs fois. Dans la rue je ne suis pas tranquille. Je pense que c'est de la jalousie mais … les flics sont jamais là où il faut".

Éviter de faire parler de soi, pour plus de tranquillité, "c'est un peu la politique du quartier", explique le jeune homme. Il en va donc de la réputation des Duchérois comme de celle de leur quartier. Le commerçant des nouveaux bâtiments conclut inquiet  : "Ca fait 20 ans que l'insécurité a baissé aux Minguettes de Vénissieux, et pourtant on en parle encore, alors vous imaginez combien de temps il va nous falloir pour nous débarrasser de cette étiquette ?"

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