Karim Zéribi : "L'anti-sarkozysme n'a pas de sens dans les européennes"

L'occasion d'approcher la 'grande gueule' qu'est Karim Zéribi. Ancien footballeur professionnel, militant syndical et associatif, " grande gueule " sur RMC, il est aussi le numéro 3 sur la liste PS de Vincent Peillon aux élections européennes. Entretien.

Vous êtes en troisième position sur la liste PS menée par Vincent Peillon pour les européennes. Pourtant, vous êtes presque autant dans les médias que votre leader. Pourquoi ?
Je veux mettre mon dynamisme et mon énergie au service des causes et des convictions auxquelles je crois, et les médias sont toujours intéressés par ceux qui sont dans l'action. En plus, ma position est un peu originale et inédite : je ne suis pas adhérent d'un parti mais malgré tout très proche du parti socialiste.

Vous êtes ancré dans la région de Marseille. Sylvie Guillaume, la nème2 de la liste est de la région lyonnaise. Vincent Peillon quant à lui, a été parachuté dans le quart Sud-Est. Son parachutage ne pose-t-il pas de problèmes pour la campagne ?
Je ne considère pas qu'il y ait de parachutage aux élections européennes pour la bonne et simple raison que les élus siègent au Parlement européen. Les députés européens représentent la nation. Ensuite, nous sommes effectivement rattachés à une région, mais la dimension régionale ne prédomine pas. Une personnalité comme celle de Vincent, qui est un député européen sortant, nous fait bénéficier de son expérience et de sa connaissance des rouages. C'est un atout pour la région. C'était Michel Rocard qui tenait la liste en 2004. Il avait permis de focaliser l'attention sur le grand Sud-Est par sa personnalité. Cette fois, nous avons en plus quelqu'un qui n'est pas à la fin de son parcours politique. Vincent est en pleine ascension.

Gérard Collomb avait fustigé le parachutage de Vincent Peillon dans la grande région Sud-Est. Votre tête de liste n'a-t-elle pas ensuite été gênée de venir faire campagne à Lyon ?
Non. Il est venu défiler à Lyon le 1er mai, il est venu assister à la rencontre PSG-Lyon dans la loge de Gérard Collomb, et il est revenu sur le terrain pour voir des entreprises rhodaniennes. Le coup de sang de Gérard Collomb n'était pas simplement relatif à la liste du grand sud est. C'est une question de méthode relative au fonctionnement du parti socialiste. C'est du passé.

Le PS se positionne comme le parti d'opposition face à Nicolas Sarkozy. Cette stratégie ne dessert-elle pas votre campagne pour les élections européennes ?
Il y a deux sujets : un débat national d'une part et les élections européennes d'autre part. A mon avis, faire de l'anti-sarkozysme n'a pas de sens dans la campagne européenne. Il faut tout simplement parler d'Europe : de l'Europe dans laquelle on veut vivre et de ce qu'on peut faire avec. C'est porter une vision du continent sur lequel nous voulons vivre, et je fais campagne sur cette vision. Après, il y a un débat national concernant la politique du gouvernement qu'il est impossible d'éluder. Il y a parfois télescopage entre les deux sujets car le PS est effectivement dans la critique répétée des politiques menées par le président de la République. C'est normal, Nicolas Sarkozy est à la fois l'élément central de la politique intérieure, et celui qui représente la France sur la scène internationale. Mais il ne faut pas confondre ceux qui font une campagne européenne et qui parlent d'Europe, et ceux qui sont dans leur rôle en tant que député de la nation comme Jean-Marc Ayrault ou Benoît Hamon.

Pourquoi est-il si difficile de parler d'Europe aux Français ?
D'abord, je pense que les médias, qui sont chargés de relayer les messages politiques, ne mettent pas assez l'accent sur l'enjeu européen. Quand je parle d'Europe aux Français, ils me disent que c'est très loin, qu'ils ne sont pas concernés, ou que ça n'apporte que des contraintes : voilà comment les français vivent l'Europe. Les Français étaient pourtant assez pro européens au début de l'aventure européenne. Mais d'une Europe humaine, nous sommes passés à une Europe purement économique dans le sens capitalistique du terme. Nous n'avons pas construit une Europe de citoyens et nous avons eu l'impression que le pouvoir de décision échappait aux gens : ils l'ont très mal vécu. Cette Europe, si elle ne correspond pas à notre idéal, il ne faut pas s'en détourner pour autant. Il ne faut pas la subir car on peut inverser la tendance. Il faut donc dire aux Français de faire en sorte d'avoir des eurodéputés de combat pour faire entendre leur voix. 70 % des lois à l'assemblée nationale découlent de directives européennes. Aujourd'hui, le pouvoir se trouve à Bruxelles et à Strasbourg.

Quels sont les projets que vous allez défendre à Strasbourg ?

D'abord, la mobilité. L'Europe peut nous aider à nous développer en matière de transports. Il faut avoir des liaisons plus fortes à l'intérieur de la grande région Sud-Est entre le grand Lyon et le Grand Marseille mais aussi avec les régions voisines, en particulier avec l'Italie et avec l'Espagne. Nous allons aussi porter l'idée d'une coopération plus forte avec les pays de la Méditerranée, et d'un développement économique, notamment avec le tissu de PME. La défense des services publics sur notre territoire est également un enjeu majeur. Je pense à la santé, aux transports, à la Poste, à l'énergie et ça me tient à cœur de mener ce combat. Puis la Région Sud-Est devra jouer la carte de l'innovation et du développement durable. L'Europe soutient ce genre d'initiative, il faut qu'on le sache. Et mon rôle sera aussi de relayer les attentes de notre territoire à Bruxelles et à Strasbourg. Aujourd'hui on ne rêve pas quand on parle d'Europe. C'est ça qui est dramatique. L'Europe c'est aussi un plus, ce n'est pas un moins.

Vous êtes venus à plusieurs reprises à Lyon. Qu'est ce que vous appréciez dans cette ville ?
J'aime bien le modèle lyonnais parce que je vois des gens de droite et de gauche se parler et travailler ensemble. J'aime cette possibilité qui nous amène à transcender nos appartenances pour aller vers un projet commun. Cette ville m'intéresse. A chaque fois que j'y viens, je vois que les choses avancent. Je trouve que c'est une ville qui peut servir de référence pour une nouvelle approche politique. La social-démocratie comme je l'imagine est bien incarnée à Lyon.

Avez-vous l'intention d'adhérer au Parti Socialiste prochainement ?
J'aime ma liberté de ton, de mouvement, et de pensée. Les carcans ne me conviennent pas. Je veux être utile au PS et je crois que je suis plus utile à l'extérieur.

Propos recueillis par Cécile Mivière

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