Christiane Taubira ou le fantasme d'une Obama française

C'est ce qui arrive à Christiane Taubira, la députée radicale de gauche guyanaise, sérieusement courtisée cet été, certains rêvant déjà de faire apparaître à la tête d'une gauche désunie une Barack Obama à la française. L'ancienne candidate à la présidence (2,32 % en 2002) a été l'une des vedettes de l'université d'été des écologistes, à Nîmes, bien qu'elle ait refusé une offre de Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, qui lui a proposé de diriger la liste Europe Ecologie en Ile de France pour les élections régionales de 2010.

Son flirt poussé avec les écologistes n'est visiblement pas terminé.

Elle semble elle-même (agréablement) surprise de se voir ainsi courtisée : écoutez là à Nîmes, sur cette vidéo de nos confrères de 20minutes.fr (voir vidéo).

Christiane Taubira se décrit comme une femme libre, et elle l'est. Son appartenance au Parti radical de gauche (PRG) ne doit pas faire illusion : cette formation est, de son propre aveu, de plus en plus fantomatique. Et elle a pris des positions personnelles, au fil du temps, sans trop se soucier des orthodoxies des partis.

Il fallait l'entendre, cet été, dans un dialogue avec Régis Debray sur France Culture, développer une vision personnelle et originale en ces temps de désert de la pensée politique...

Qu'est-ce qui fait d'elle une " femme providentielle " aujourd'hui ? Un double contexte : d'abord, c'est incontournable, l'élection de Barack Obama aux Etats-Unis, qui a fait sauter des verrous dans les têtes vis-à-vis de ce qu'on appelle pudiquement les " minorités visibles ".

La députée de Guyane en Obama française, femme, noire et libre ? L'affiche est séduisante.

Une personnalité comme Taubira peut profiter du désarroi à gauche

L'autre contexte, c'est évidemment le désarroi à gauche, et la concurrence née du résultat surprise des élections européennes. Qui peut aujourd'hui fédérer les différentes familles éclatées de la gauche tellement plurielle qu'on a cessé d'en compter les chapelles ?

Le PS a déjà du mal à sortir de sa guerre des chefs, des barons et des petits marquis pour imaginer, à ce stade, s'imposer à une gauche qui n'accepte plus des ambitions hégémoniques qui ne correspondent plus à la réalité.

Les écolos se sont imposés aux élections européennes mais n'ont pas non plus le chef de file fédérateur qui ferait l'unanimité, avec un Daniel Cohn-Bendit qui a déjà annoncé qu'il n'avait pas de telles ambitions, et les Verts pas tout à fait crédibles dans ce rôle. Quant au MoDem de François Bayrou, il est... ailleurs. Sans parler de la " gauche de la gauche ", elle aussi dans une autre logique.

Christiane Taubira, patronne de son propre parti en Guyane, " Walwari " (" éventail " en amérindien), a un profil de franc tireur dans une gauche qui ne manque pas de personnalités mais de rassembleurs. Elle s'agace, tout comme les Verts, de l'attitude du PS vis-à-vis de ses partenaires de gauche, tout en appelant elle-même au rassemblement.

Alors Taubira 2012 = Obama 2008 ? On est encore loin du compte, mais dans le maelström de la gauche française, la députée de Guyane est revenue au centre du jeu politique.

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