Gérard Collomb de retour à Lyon après sa démission © Tim Douet
Gérard Collomb de retour à Lyon après sa démission © Tim Douet

Affaire Collomb : à Lyon “tout le monde savait”

Lyon Capitale a recueilli le témoignage de plusieurs anciens collègues ou supérieurs hiérarchiques des services municipaux de l’ex-compagne de Gérard Collomb. Ils dessinent le profil d’une employée pas comme les autres, gérée par le cabinet du maire et à l’assiduité pas toujours irréprochable. Ce qui est devenu “l’affaire Collomb” lève aussi le voile pudique que de nombreux élus avaient jeté sur l’embauche par la Ville de Lyon de l’ex-compagne du maire.

Depuis les révélations du Canard enchaîné de ce mercredi, confirmant des informations publiées dans Lyon Capitale, les langues se délient dans la classe politique. Jusqu'à ce mardi soir, l'emploi occupé par l'ex-compagne de Gérard Collomb était plutôt un sujet tabou. Ou d'embarras. “Je savais qu'elle était employée municipale. Je l'ai découvert quand je l'ai croisée à la fin des années 2000 dans une mairie d'arrondissement. Je suis tombé du placard ! Mais je n'ai rien dit”, confie un conseiller municipal qui a longtemps cheminé avec Gérard Collomb avant de prendre ses distances. “Le dossier de son ex-femme m'a été présenté à chacune des campagnes municipales depuis 2001, raconte un vieux routard de la droite lyonnaise. Mais aucun candidat n'a voulu s'en saisir. Tout le monde sait qu'elle était employée de la ville et qu'elle posait des problèmes. Il y a même eu des dénonciations dans les services où elle est passée.” Dans l'édition de mai 2019 de Lyon Capitale où nous évoquions la situation de l'ex-compagne de Gérard Collomb, un proche du maire de Lyon reconnaissait d'ailleurs qu'il s'agissait d'un serpent de mer. “C'est une histoire qui ressort à chaque campagne”, disait-il. Dans l'entourage de Gérard Collomb, on assure aujourd'hui que la situation de son ex-femme n'a jamais été cachée : “S'il avait voulu dissimuler son embauche, elle n'aurait jamais été au contact du public comme elle l'a fait pendant des années.” Mercredi soir, Gérard Collomb expliquait d'ailleurs dans un communiqué n'avoir “rien caché ni rien à cacher”.

Sureffectif

Au travers des éléments que nous avons recueillis, il se dessine toutefois que Meriem N., qui n’était pas joignable mercredi, n'était pas vraiment une employée comme les autres. Dominique Bolliet était maire du 4e quand l'ex-compagne de Gérard Collomb a travaillé dans cet arrondissement : “J'avais posé des conditions pour l'accueillir, raconte-t-il. Je voulais que son poste soit en sureffectif. C'est-à-dire qu'elle soit en plus de l'enveloppe allouée aux arrondissements pour les membres de cabinet. J'ai aussi demandé à ce qu'elle travaille réellement : elle faisait l'accueil au cabinet.” L'ancien élu PS se souvient qu'elle était “présente”. Après deux ans à la Croix-Rousse, elle fut affectée à la maison des chantiers du tunnel modes doux et du pont Schuman. Suivirent des postes dans d'autres missions sur des projets urbains, jusqu'en 2015. Un employé d'une de ces missions a accepté, sous couvert d'anonymat, de revenir sur “une collègue spéciale”. “À son arrivée, rapporte cet employé de la collectivité, elle nous a été présentée comme une simple secrétaire. Par son attitude, elle a éveillé nos soupçons : elle ne respectait pas ses horaires, elle venait une heure ou deux par jour ; parfois, elle était accompagnée de sa mère. Quand il y avait des réunions officielles à la mission, elle préparait la salle de réunion. Elle occupait un poste fantôme qui n'a pas existé avant et après elle. C'était un placard créé pour elle. Pour moi, elle ne faisait pas son travail. Elle posait des problèmes dans le service. Nous avons alerté notre hiérarchie sur cette différence de traitement. On nous a demandé de calmer le jeu puis ils l'ont exfiltrée.”

Gérée par le cabinet

“Elle posait beaucoup de difficultés partout où elle passait. Elle changeait régulièrement d'affectation. C'était le cabinet de Gérard Collomb qui gérait. Je l'ai eue pendant deux ans et à la fin le cabinet m'a félicité en me disant que j'avais le record !” rapporte un de ses anciens supérieurs hiérarchiques, qui avait eu affaire à quelques problèmes d'absentéisme sur la fin de son passage dans ses services. “Le fait qu'elle ait eu des postes en sureffectif dit globalement beaucoup de choses. Tout le monde savait pourquoi elle était là”, dit un élu d'un arrondissement dans lequel l'ex-compagne de Gérard Collomb a travaillé. Dans la mairie du 3e, où Meriem N. est actuellement en poste, les élus que nous avons contactés nous ont dit ignorer sa situation. “Il y a cinquante employés et je ne connais pas tout le monde. Je ne sais pas si elle a été affectée à mon arrondissement quand j'étais maire. Personne ne m'a prévenu et je n'ai jamais entendu parler d'elle jusqu'à mardi soir”, déclare ainsi Thierry Philip, maire du 3e arrondissement de 2008 à 2018.

Excès de zèle

Aujourd'hui, Nathalie Perrin-Gilbert s'amuse de la réaction de certains élus de la majorité : “Ils ont attendu que Gérard Collomb soit suffisamment affaibli pour dire des choses qu'ils savent ou ont accompagnées depuis longtemps. Ce sont pourtant des gens qui ont été en capacité de dire non à Gérard Collomb ou de lui signifier qu'il exagérait.” Pour d'anciens collaborateurs du maire de Lyon, cette affaire pourrait aussi être celle des phénomènes de cour qui régnaient autour de l'ancien ministre de l'Intérieur. “Je n'ai jamais entendu Gérard Collomb parler de son ex-compagne. On connaissait son existence et on savait que c'était une source de problèmes. Peut-être que certains ont pu faire preuve de zèle dans le traitement de son ex-femme”, explique un ancien du cabinet Collomb. Jusqu'à l'automne 2017, la situation professionnelle de Meriem N. semble avoir été un secret plutôt bien gardé. À cette date, quelques mois après le départ de Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur, une note du service de la direction des ressources humaines alerte sur le cas de Meriem N. pour la période 2015-2017. C'est aussi sur ce laps de temps que la chambre régionale des comptes a attiré l'attention de Gérard Collomb à son retour de Paris. Sur la base de ces éléments, le maire de Lyon a alors, d'après les éléments qu'il a communiqués à la presse, procédé à un signalement au procureur de la République. L'enquête préliminaire ouverte par le Parquet national financier doit justement faire la lumière sur cette période 2015-2017.

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En un mois, le maire de Lyon est passé de 52% de bonne opinion à son égard à 40%. Il semble prendre de plein fouet les effets de l’ouverture d'une enquête préliminaire sur un possible “détournement de fonds publics” au profit de son ex-compagne. 
2 commentaires
  1. vieux caladois - 6 juin 2019

    savoir...n'est pas une preuve

  2. JANUS - 7 juin 2019

    Comme ailleurs, il y aurait donc un système Collomb. Longtemps membre du Parti socialiste, il est député de 1981 à 1988, sénateur entre 1999 et 2018, maire de Lyon de 2001 à 2017 et depuis 2018, ainsi que président de la métropole de Lyon de 2015 à 2017. Il est vrai que cela ouvre les portes du copinage et des prébendes municipales !

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