François Fillon
©François NASCIMBENI / AFP

François Fillon : les élus LR du Rhône sont “dans l’expectative”

Face à un électorat “ébranlé” par les soupçons d’emploi fictif de l’épouse du candidat sorti vainqueur de la primaire de la droite, François Fillon, les élus rhodaniens du parti Les Républicains ont comme l’impression de se trouver dans une impasse, à quelques mois de l’élection présidentielle.

"La situation est grave dans l'opinion. Sur le terrain, les gens sont déboussolés, notamment des électeurs de François Fillon", indique Renaud Pfeffer, suppléant à l'Assemblée nationale du député Georges Fenech, première personnalité du parti à demander le retrait de François Fillon de la campagne présidentielle. Renaud Pfeffer, également vice-président du conseil départemental du Rhône, explique que de son côté il raisonne avec trois questions : "François Fillon est-il capable de défendre son projet, de faire adhérer à ce dernier et de le mettre en œuvre ?" Des questions auxquelles pour le moment il ne peut pas apporter de réponses. "Je suis dans le doute le plus total, je suis inquiet, il faut que l'on se ressaisisse : le programme de François Fillon est bon, mais est-ce toujours lui qui peut le porter ? L'impasse, c'est que nous sommes très proches des élections et que la confiance des Français est atteinte. Si la justice ne tranche qu'à quinze jours de la présidentielle qu'est-ce qu'on fait, on n'a plus de candidat ?" s'interroge-t-il.

Image brisée et chasse à l’homme

Le problème n'est pas tant judiciaire, selon Renaud Pfeffer, que politique. "Je suis persuadé que François Fillon a agi dans un cadre légal, mais c'est à lui de le démontrer, nous sommes face à un problème politique : le candidat peut-il encore porter son projet ou va-t-il passer la campagne à se défendre ?" Si l'élu estime que les Français vont d'abord voter pour un projet politique, il s'inquiète du décalage entre les discussions des élus et des responsables qui ne "lâchent rien" et le ressenti des électeurs. "Les parrainages commencent le 17 février et François Fillon incarne quand même une chance pour le pays quand on est de droite, il est sérieux et porte un projet, mais les affaires parues dans la presse cassent totalement l'image qui fait que les gens pourraient lui faire confiance. Après, il y a aussi comme un acharnement médiatico-politique sur François Fillon", estime-t-il.

Patrice Verchère, député de la 8e circonscription du Rhône, est lui aussi dans "l’expectative" et précise ne pas avoir encore de "position arrêtée" sur le fait que François Fillon doive ou non continuer de porter la campagne du parti Les Républicains à la présidentielle. "Je suis dans l'attente de voir ce qu'il se passe cette semaine. Sur le terrain, l'électorat est ébranlé par cette affaire, nous sommes un peu esseulés et le ressenti de mes concitoyens est mitigé. Tout le monde est surpris car François Fillon avait une image sans "possibles affaires" et beaucoup considèrent que ça va être compliqué pour la suite pour lui car le soupçon est là. Il y a aussi ceux qui considèrent que c'est une chasse à l'homme et qui sont un peu en overdose car ils n'ont pas spécialement confiance dans ce que dit la presse. Je vais continuer le dialogue avec mes concitoyens pour voir ce qu'ils en pensent car je ne suis pas pour une décision hâtive, d'un côté comme de l'autre."

“Quelle légitimité aurait un candidat désigné au pied levé ?”

Le sénateur LR du Rhône Michel Forissier estime quant à lui que la décision de continuer à porter le projet pour le parti ou de se retirer appartient à François Fillon lui-même. "Nous avons organisé une primaire, avec sa logique, François Fillon est un candidat légitime par rapport à une désignation démocratique. Certains disent qu'il devrait se retirer, mais pour moi c'est à lui qu'appartient la décision. Ce qui me gêne, c'est d'anticiper sur le résultat d'une enquête préliminaire. Il faut regarder la légalité de l'affaire. Je n'en sais pas plus que ce qu'il y a dans les journaux et il y a des zones d'ombre. C'est évident que cela a un impact sur le corps électoral quand des informations sont faites pour troubler une campagne électorale. Ceux qui ont organisé l'opération ont réussi leur coup. Mais ce n'est pas à nous de condamner un candidat, c'est à la justice de le faire, dans le cas où ce qu'a fait François Fillon serait illégal. Pour l'instant, François Fillon n'est pas mis en examen. Pour la campagne, c'est une difficulté supplémentaire dont on se serait bien passé, mais de là à dire à François Fillon ce qu'il doit faire... Quelle légitimité aurait un candidat désigné au pied levé ? Par qui et comment le serait-il ? C'est un vrai problème. Je ne me permettrais pas de dire à quelqu'un choisi par plus de 4 millions d'électeurs, qui en plus ont fait le choix de participer financièrement à la campagne du candidat, que ce n'est plus à lui de porter son projet mais à un autre."

“L’important, c’est ce que la justice va dire”

Pour Michel Forissier, François Fillon reste le candidat officiel de son camp et il n'est mis en cause que par les médias, pas par la justice. "Ce qui me gêne, c'est que l'on puisse clouer au pilori quelqu'un en France avec une communication à charge. La seule manière de mettre un coup d'arrêt à cela c'est une conclusion de justice qui dise s'il y a faute ou s'il n'y a pas faute. Je suis un légitimiste, pour moi, c'est l'avis de la justice qui compte. Mais il y a un désarroi et un trouble chez les militants, cela sème un doute dans les esprits des uns et des autres. C'est compliqué pour nous. Il faut faire face à cette difficulté et la surmonter pour faire comprendre que notre camp est capable de diriger le pays. Aujourd'hui, la première difficulté, c'est de savoir s’il y a des faits qui sont délictueux ou pas. L'important, c'est ce que la justice va dire."

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1 commentaire
  1. Liliane - 5 février 2017

    'Après, il y a aussi comme un acharnement médiatico-politique sur François Fillon'La presse étrangère n'est pas tendre, elle est même parfois pire envers Fillion.Le journal Le Temps (Suisse) 'les correspondants internationaux basés à Paris n'ont, eux, aucune raison de vouloir «tuer» Fillon. Leurs médias ne sont pas partie prenante de la sphère politico-médiatique hexagonale.'A lui de se poser les bonnes questions (le Canard enquêtait depuis novembre 2016, au sujet de sa société de conseil 2F) :- Pourquoi n'a-t-il jamais répondu aux sollicitations du Canard (qui sont obligés d'avertir les personnes concernées lors d'une enquête) ? - Pourquoi n'a-t-il pas affuté sa communication et son système de défense ?Et j'ai l'impression qu'il n'en n'a pas fini... env. 15 cptes bancaires...

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