Anne Brugnera et Collomb © Tim Douet_211
© Tim Douet

4e circonscription : et les marcheurs se mirent au pas de Brugnera

Très critiques dimanche soir sur la possible investiture d’Anne Brugnera dans la 4e circonscription du Rhône, les “marcheurs” de ce secteur envisageaient de proposer une candidature En Marche dissidente. Pourtant, ce jeudi soir, dans un restaurant du 3e arrondissement, ces militants se sont résignés à soutenir l’adjointe à l’éducation de Gérard Collomb. Quitte à se renier un peu.

Malgré la victoire, ils avaient déjà cette légère amertume au soir du second tour. Les “marcheurs” de la 4e circonscription, qui ont battu campagne durant l’élection présidentielle, pressentaient que le système Collomb trusterait toutes les investitures En Marche dans Lyon et offrirait leur périmètre à Anne Brugnera. Remontés, ils promettaient alors de se conformer aux idées de leur mouvement – le renouveau et la société civile – en présentant une candidature dissidente face à la candidate de Gérard Collomb. Leur pressentiment s'est avéré. L’adjointe à l'éducation du maire de Lyon a été investie par En Marche ce jeudi.

“Je n’ai pas l’âme frondeuse”

En réaction, les marcheurs de la 4e circonscription ont organisé une réunion ce jeudi soir à l'Asian Hall, un restaurant asiatique situé à la frontière des 3e et 6e arrondissements. À côté du buffet à volonté, ils étaient une soixantaine, venus entendre Anne Brugnera. Mais, en quatre jours, la trace d'une possible candidature dissidente avait disparu. "C'était plus une séance de thérapie collective après la déception", juge Davy Marchand-Maillet, animateur du comité des Brotteaux, présent ce jeudi soir. D'ailleurs, la légitimité de la candidate n'a pas été franchement remise en cause. Tout de même critiquée sur son appartenance au PS et son passé politique, elle a dû montrer patte blanche sur l'authenticité de son "macronisme". En conspuant au passage son ancien parti politique : "Je suis candidate En Marche. Je ne suis pas du tout dans le logiciel PS. J'ai défendu le programme d'En Marche et je le défendrai parce que je n'ai pas l'âme frondeuse et parce que mon programme n'est pas celui de Hamon. (...) Au sein du PS, on avait des idées très différentes. J'ai toujours été positionnée à l'aile droite du parti. J'ai toujours fait partie d'une gauche pragmatique et aujourd'hui je suis plus proche de vous que de ces gens-là, à la gauche du PS."

“J’ai tourné la page du PS”

"Comment ça se fait que, par collombisme, tu te retrouves du PS à En Marche en trois semaines ?" lui demande un militant. "N'exagérons pas. Ça ne fait pas trois semaines. Je me suis engagée en janvier. J'ai été investie par le PS en décembre, mais j'ai adhéré à En Marche et j'ai perdu l'investiture. J’ai aggravé mon cas en parrainant Emmanuel Macron, donc je n'ai pas l'impression d’être recyclée du PS. D’ailleurs, en janvier, j'ai tourné la page du PS. Ce parti vit sa vie, je vis la mienne", a répondu la présidente du groupe "Socialistes et républicains métropolitains" à la métropole de Lyon, avant de poursuivre : "Gérard Collomb ne m'a jamais demandé d'être En Marche. Je savais que lui l'était. Quand on est 2e adjointe et que votre maire fait le pari d'un ovni qui arrive, forcément ça interpelle. À la mairie, on s'est tous intéressés à ce qui se passait et on a vite compris que la ligne Macron, c'était celle de Gérard Collomb. Et là, soit on adhérait à En Marche, soit on continuait avec les clivages débiles qui ne font que mettre des barrières entre les gens. J'aurais pu dire “je ne peux pas le soutenir”, mais ça aurait été très compliqué de rester adjointe au maire, parce que ce n'était pas cohérent avec les idées de Gérard Collomb, qui sont les mêmes que celles d'Emmanuel Macron." À travers Anne Brugnera, c’est finalement Gérard Collomb, "premier des macronistes", qui a été critiqué par les militants du mouvement, même s'ils admettent que "ce n'est pas Gérard Collomb qui pose problème  : l'homme et son bilan sont plutôt bons, mais c'est son système et ses pratiques qui sont contestables".

La peur d’être “marginalisé dans le contexte lyonnais où le réseau Collomb reste dans l’entre-soi et s’appuie sur des militants quand il en a besoin”

Jusqu'ici, Najat Vallaud-Belkacem en tête, tous les candidats du maire de Lyon dans la 4e circonscription ont échoué face à la droite. Une perspective redoutée par les marcheurs. "Avec un candidat mieux choisi, plus à droite et société civile, on aurait pu gagner les doigts dans le nez", se désespère l'animateur du comité Brotteaux, qui redoute aujourd'hui d’"être marginalisé dans le contexte lyonnais le réseau Collomb reste dans l'entre-soi et s'appuie sur des militants quand il en a besoin". Pour les rassurer, et leur montrer qu'ils ne sont pas que des colleurs d'affiches, Anne Brugnera leur a expliqué vouloir organiser avec eux "des réunions pour utiliser [leurs] connaissances et compétences de terrain pour construire ensemble une argumentation collective". Pas suffisant. "Aujourd'hui, elle n'a pas été extrêmement convaincante. Elle aurait pu se préparer un peu plus", critique un marcheur, qui concède tout de même qu’"elle a marqué quelques points parce que beaucoup de gens la dénigraient sans vraiment la connaître, en la voyant comme un rejeton de Collomb".

Premiers reniements des marcheurs lyonnais

Pour beaucoup, les idéaux de leur mouvement ont été abîmés à Lyon. Mais, "bienveillance et exigence" en bandoulière, ils soutiendront tout de même l'adjointe de Gérard Collomb, quitte à se renier un peu. "On n'a pas plus envie de voir Nachury [Dominique Nachury, députée sortante et candidate LR dans cette circonscription] gagner la circonscription. On va rester sur les fondamentaux d’En Marche. La bienveillance en l'aidant à gagner et l'exigence parce qu'il va falloir qu'elle mouille le maillot comme nous. Si on l'aide à gagner, on sera toujours là pour lui dire que cette victoire sera aussi la nôtre." Quelque chose semble tout de même s'être cassé depuis les investitures. "Lyon, vitrine du mouvement En Marche en France, a dérogé aux principes du renouvellement. En même temps, aucun journal national ne parle de ce qui se passe ici. Finalement, peut-être que notre ville n'est pas la vitrine d'En Marche que l'on présente", conclut Davy Marchand-Maillet.

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