Procès Agnelet : la voix d’Agnès s’invite aux assises

Pour cette deuxième semaine du procès de Maurice Agnelet, la cour d’assises de Rennes examine les faits : la disparition d’Agnès Le Roux, située fin octobre 1977 au moment de la Toussaint. Parmi les éléments examinés par la cour depuis hier, deux types d’enregistrements : le répondeur téléphonique d’Agnès et les enregistrements réalisés par Agnelet lui-même.

La cour d’assises a littéralement plongé 37 ans arrière. Entendre les voix des amies, de la famille d’Agnès Le Roux, à cette époque, en 1977, avait quelque chose de presque irréel hier après-midi. Ses amies Colombe et Martine appellent Agnès et laissent un message sur son répondeur téléphonique : "Je suis inquiète, dit l’une, j’espère que tu vas bien." Un peu plus tard : "J’aimerais avoir de tes nouvelles." Même Jean-Dominique Fratoni, le nouveau propriétaire du Palais de la Méditerranée, s’interroge sur son absence.

“Tu me dois de me donner des nouvelles”, dit Renée Le Roux au répondeur d’Agnès

Son jeune frère, Jean-Charles, appelle lui aussi, plusieurs fois. L’incompréhension, un brin d’énervement aussi – "Agnès, c’est ton frère, j’aimerais vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup que tu m’appelles" – et enfin l’inquiétude se succèdent dans la voix du jeune homme de l'époque. Le dernier message est celui de la mère d’Agnès, Renée Le Roux : "Je ne sais pas ce que tu deviens, tu me dois de me donner des nouvelles", dit-elle, comme une prière.

La voix mutine d’Agnès Le Roux

En revanche, aucun appel ne provient de son ex-amant, en tout cas aucun message n’y est enregistré. Il avait l’habitude de joindre Agnès par téléphone. Comme en témoigne cet appel, un brin décousu d’ailleurs. La voix d’Agnès interpelle : une voix un peu aiguë, presque enfantine, mutine. "Tu viens quand ?" lui demande-t-elle. La voix d’une femme amoureuse.

Enregistrer ses conversations, la “manie” de Maurice Agnelet

Les premiers enregistrements effectués par Maurice Agnelet lui-même ont commencé à être écoutés ce mardi soir. Il avait en effet "cette manie", comme le dit si bien le président de la cour, d’enregistrer ses conversations. Les bandes ont été retrouvées dans un coffre de sa banque. Elles concernent seulement les conversations impliquant le Palais de la Méditerranée et l’histoire d’Agnès Le Roux. "Je les ai gardées car je savais qu’un drame était en train de se jouer", explique-t-il à la cour.

Les râles d’Agnès et le ton distant de Maurice Agnelet

Nous sommes lors de la deuxième tentative de suicide d’Agnès, le 7 octobre 1977 au matin. Deux jours plus tôt, elle a également tenté de mettre fin à ses jours. Les deux fois, Maurice Agnelet appelle les secours, le 17. Les deux fois, il se trompe d’adresse, donnant Saint-Roch. "J’ai fait une confusion, dans la précipitation, avec l’hôpital Saint-Roch. Je voulais que cela aille vite", indique-t-il à la cour.

L’écoute de son appel au médecin des urgences en charge d'Agnès est presque glaçant : "Oui, bonjour, c’est Me Agnelet, avocat. Une de mes clientes, Agnès Le Roux, vient d’être amenée chez vous." Alors que le médecin répond, on entend en fond les râles d’Agnès qui subit un lavage d’estomac. Troublant. "C’est Agnès qu’on entend", formule Agnelet au bout du fil. Le ton de l’avocat est froid, à peine angoissé par l’inquiétude, alors qu’Agnès est au plus mal. "Un ton d’avocat", défend son conseil, Me Saint-Pierre.

Aujourd’hui, d’autres conversations seront entendues, notamment celles entre Maurice Agnelet et Jean-Charles Le Roux, enregistrées après la disparition de la jeune femme.

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