Lyon : vers l’extradition d’un ex-ministre russe ?

Le parquet général de Lyon s’est prononcé ce jeudi en faveur de l’extradition vers la Russie d’un ancien ministre de la région de Moscou. Alexeï Kouznetsov est soupçonné d’avoir détourné des milliards de roubles. Il avait été arrêté en 2013 sur la Côte d’Azur.

À l'audience, l'avocate générale, Alexandrine Lenoir, a rejeté les arguments de la défense, qui dénonce une affaire politique, ainsi que des conditions de jugement et de détention en Russie qui ne seraient pas acceptables, explique l'AFP.

“J’ai peur pour ma vie”

L'avocat de l'ex-ministre, Me Grégoire Rincourt, a réclamé à la cour le visionnage d'un documentaire sur la colonie pénitentiaire n°6 de Briansk, où son client purgerait sa peine s'il était extradé puis jugé et condamné en Russie, mais sa demande a été rejetée.

"J'ai peur pour ma vie", a affirmé Alexeï Kouznetsov, évoquant la présence dans la salle d'audience du policier russe qui l'a traqué, Alexandre Filin. Ce même homme avait enquêté sur l'oligarque et opposant russe Boris Berezovski, retrouvé mort à son domicile en Angleterre en 2013.

"Le bras armé du Kremlin", selon Me Rincourt. L'avocat a donc dénoncé une affaire "purement politique", qui s'inscrirait dans une "prise de contrôle de la région de Moscou" par le pouvoir. À travers Alexeï Kouznetsov, c'est l'ancien gouverneur de la région, Boris Gromov, héros influent de la guerre d'Afghanistan, qui serait visé.

Un argument que le parquet général, comme à Aix en décembre, a balayé, soulignant que Boris Gromov a pu rester à la tête de la région jusqu'en 2012 alors qu'Alexeï Kouznetsov a quitté la Russie dès 2008. Et que Boris Gromov siège aujourd'hui à la Douma.

Persécution politique ?

"M. Kouznetsov n'a fait aucune démarche, si ce n'est depuis une semaine, pour obtenir le statut de réfugié politique", a ajouté l'avocate générale. "Comment peut-on parler de persécution politique ?" avait lancé avant elle le représentant du parquet russe, Denis Grunis, en demandant à la cour de s'en tenir à la convention d'extradition ratifiée par les deux pays.

"Il serait mieux pour moi qu'un procès ait lieu en France, a déclaré l'ancien ministre en fin d'audience. La justice française a une responsabilité sur ma personne." La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon a mis sa décision en délibéré au 17 octobre.

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