The Crazies : Où sont les fous ?

Remake d'un des premiers films de George Romero, le pape des zombies, The Crazies avait de quoi convaincre dans le contexte d'un monde qui devient fou. Manquant paradoxalement de folie pour y parvenir, il pose néanmoins une question : à quoi sert un remake ?

De la même manière que Hollywood recuit systématiquement à sa sauce les succès populaires venus d'ailleurs (à voir bientôt le Dîner de Cons américain, en attendant le remake de Bienvenue chez les Ch'tis), on assiste également depuis quelques années à une vague d'adaptation des grands succès d'horreur des années 70-80. Il s'agit ici de replaquer sur nos angoisses actuelles des films calibrés pour celles d'il y a 30 ans. Et pourquoi pas, après tout ?

Problème, la plupart du temps ces classiques ont été réalisés par de futurs grands maîtres du cinéma d'horreur (Carpenter, Craven, Romero) quand leurs remakes ne sont souvent que l'oeuvre de tacherons pas toujours très inspirés. Rare exception à la règle : Zach Snyder qui, avec l'Armée des Morts, avait livré une superbe relecture du Zombie de Romero. Peut-être parce qu'avec leur puissance d'ancrage thématique dans la réalité du moment (Romero déroule sa saga des morts-vivants depuis 40 ans, et c'est toujours d'actualité), le vieux George et ses zombies se prêtent particulièrement à cette entreprise de rafraîchissement.

On attendait donc avec curiosité le remake du deuxième film de Romero, la Nuit des Fous Vivants, l'un de ses films les moins connus pour la bonne et simple raison qu'il ne met pas en scène des morts-vivants mais, comme son titre l'indique, des cinglés assoiffés de sang (ce qui revient un peu au même). Ici, donc, nous sommes à Ogden Marsh où une bactérie (d'origine accidentelle et gouvernementale) dans l'eau potable transforme petit à petit la population en tueurs sanguinaires. La ville bouclée et bientôt assaillie par l'armée chargée de nettoyer tout ça, c'est au shériff (et sa femme, médecin) de se débrouiller avec le merdier et surtout de sauver sa peau.

Patriot Act

La force du pitch réside dans le fait que les malades tueurs n'ont rien à envier aux militaires. Ni mêmes aux gentils du film : ainsi de l'adjoint du shérif qui a la gâchette de plus en plus facile et dont on ne sait au départ s'il sombre dans la folie meurtrière ou s'il fait simplement son travail en tant que « détenteur de la violence légitime ». Car de l'un à l'autre, la frontière est finalement assez ténue (toute personne s'étant cogné la tête sur un bâton de CRS peut en attester). Et on ne peut s'empêcher de voir une référence à la mandature Bush, à son Patriot Act (ici, on ne s'embarrasse plus de savoir qui est contaminé ou pas, on tire à vue) et à sa manie particulière de vouloir éteindre les feux avec un lance-flamme. Le film appuyant même le trait jusqu'à l'absurde dans un finale pour le moins radical.

Le fait que The Crazies se déroule au coeur de l'Amérique profonde, c'est-à-dire, là où le Bushisme a eu le plus de prises n'est sans doute pas innocent. On retrouve d'ailleurs là un élan qui va de la série Jericho au fameux Red Dawn de John Milius, film-étendard du Reaganisme triomphant.

Sève contestataire

Malgré tout, on reste sur notre faim et sans doute le film ne va-t-il pas assez loin. Si les acteurs sont à la hauteur (le trop rare Timothy Olyphant, ancien shérif charismatique et torturé de la série Deadwood, et Radha Mitchell aussi à l'aise chez Woody Allen que dans une série B), si l'on assiste à quelques belles scènes au sein d'une réalisation parsemée de bonnes idées (ou du moins de début de bonnes idées), la narration s'avère beaucoup trop systématique pour ne pas ennuyer. Or si la fin du monde nous ennuie, c'est qu'il y a un problème non ? Car ce qui manque à The Crazies c'est un peu de cette folie furieuse et paranoïaque qui faisait tout le sel de l'original et de son souffle libertaire.

Le problème de ces nombreux remakes est simple. En dévalisant ainsi les manifestes politiques d'une génération de petits génies un peu cramés, ils les vident de leur sève contestataire pour en faire un argument marketing à l'intention des ados d'aujourd'hui. Résultat, ces films jadis aperçus en catimini dans les salles miteuses de cinéma de quartier cacochymes ne hantent désormais plus que les multiplexes, une caisse de popcorns sous le bras.

On se demande donc bien ce que Romero peut faire au générique de The Crazies (en tant que producteur) à part tenter de garder un tant soit peu de contrôle sur son héritage. A quelques exceptions près, on préfèrera à ces remakes, des tentatives originales comme le récent Infectés où les dernières saillies de nos chers vieux héros. Car même fatigués, même quand ils s'autoparodient, ce sont encore eux qui font le mieux le boulot. Comme en témoigne Survival of The Dead, 6e sortie zombiesque de Romero, qu'on espère voir bientôt sur nos écrans.

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